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Affaire Benalla

Affaire Benalla : la commission des lois bloque sur le calendrier des auditions

Après une journée de folie la veille, les débats sur le projet de loi de révision constitutionnelle ont été encore très perturbés vendredi. En cause, l'irruption dans l'hémicycle de l'affaire Alexandre Benalla, ce collaborateur de l'Élysée filmé en train de violenter un manifestant le 1er mai. En début de soirée, la commission d'enquête parlementaire n'a pas réussi à trouver une méthode de travail commune. L'opposition réclame l'audition de Gérard Collomb sans délai et la publicité des débats.
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L'essentiel

  • Suite aux révélations du Monde mercredi soir sur Alexandre Benalla, le "Monsieur Sécurité" d'Emmanuel Macron, soupçonné d'avoir pris part à des violences contre des manifestants le 1er mai, l'Assemblée nationale, la présidence de la République et l'appareil d'État sont en pleine tempête.
  • Vendredi dans la soirée, la commission des lois, doté des pouvoirs d'une commission d'enquête parlementaire, a échoué à trouver un accord sur le calendrier des auditions. Le ton est vite monté entre majorité et opposition, déterminée à obtenir une audition au plus vite de Gérard Collomb ainsi que la publicité des débats.
  • Édouard Philippe s'est exprimé en marge du Tour de France. Alors que l'opposition le somme de s'expliquer sur le sujet, il a donné rendez-vous mardi à l'Assemblée, lors des questions au gouvernement. Il n'exclut pas de s'y rendre avant si la commission d'enquête parlementaire lui demande.
  • L'examen du projet de loi de révision constitutionnelle pour une démocratie "plus représentative, plus responsable et plus efficace" est toujours au point mort. Si le Palais-Bourbon est habitué à ce qui s'apparente parfois à des guerres de tranchée entre majorité et opposition, les quelque 160 rappels au règlement et autres suspensions de séance dénotent une atmosphère particulièrement délétère au sein du pouvoir législatif.


Une matinée électrique

Toute la matinée, la tension est restée extrême entre une opposition survoltée, la majorité et la ministre de la Justice, vivement chahutés.


L'opposition cible Gérard Collomb

Pour les députés Les Républicains, Gérard Collomb aurait menti lors de ses déclarations au Sénat en n’évoquant pas les informations qu’il avait à sa disposition depuis le 2 mai. Selon France Inter, le ministre de l'Intérieur était en effet au courant des violences d'Alexandre Benalla dès le lendemain du 1er mai.

Jean-Luc Mélenchon considère que le ministre de l'intérieur est désormais "hors d'état de commander la police". Il en appelle à "l'esprit républicain des policiers" qui, dit-il, "ne se laisseront pas couper la gorge" pour épargner le pouvoir politique :

Un appartement de fonction pour Benalla : "Une compensation ?", s'interroge Marc Le Fur (LR)

Nouvelle révélation du Monde : Alexandre Benalla serait domicilié depuis le 9 juillet - soit deux mois après la fin de sa mise à pied pour les violences commises sur deux étudiants - dans une dépendance de l’Elysée, quai Branly, dans le VIIe arrondissement de Paris.

Un député LR y voit "une compensation" accordée par Emmanuel Macron à son collaborateur :

"Le gouvernement, sur ordre d'Emmanuel Macron, fait un bras d'honneur au Parlement", s'emporte Christian Jacob, le président du groupe LR :

Philippe, Castaner : des absences remarquées

Ciblant tous azimuts les représentants du gouvernement, l'opposition a déploré l'absence d'Édouard Philippe - invité aujourd'hui sur une étape du tour de France :

Autre absence remarquée : celle de Christophe Castaner, le secrétaire d'État aux relations avec le Parlement

Premier échec pour la commission d'enquête

La commission des lois s'est dotée jeudi des pouvoirs d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur l'affaire Benalla et les violences du 1er mai. La présidente de la commission a réuni dans la soirée les membres de son bureau. Les députés devaient se mettre d'accord sur une méthode de travail. Mais, très vite, les discussions ont achoppé sur la publicité et le timing des auditions.

Pour l'opposition, l'audition du ministre de l'intérieur dès samedi matin est un préalable à une reprise sereine des débats dans l'hémicycle. Mais la majorité a fait une contre-proposition : convoquer Gérard Collomb lundi matin, créneau actuellement libre dans l'agenda de l'Assemblée, et continuer l'examen de la révision constitutionnelle jusque dimanche - et, accessoirement, donner deux jours de plus à l'exécutif pour préparer ses réponses.

Outre ce point de blocage, un deuxième front s'est ouvert quand Guillaume Larrivé, corapporteur LR, a exigé que toutes les auditions soient publiques. Les députés LREM s'y sont opposés. L'ancienne avocate Naïma Moutchou a plaidé que le secret des auditions, comme lors de certains procès, "changeait par nature" la qualité des échanges.

Ce fut ensuite l'alliance des contraires, le LR Guillaume Larrivé et le LFI Ugo Bernalicis unissant leurs forces pour exiger la publicité des débats. Le premier a menacé de démissionner et a évoqué le boycott de son groupe politique, le second a dit, et répété plus tard dans l'hémicycle, qu'il était prêt à faire fuiter les auditions qui ne seraient pas filmées.

La présidente de la commission Yaël Braun-Pivet, aussi corapporteure de l'enquête, a acté les désaccords. Vers 22h30, elle a annoncé dans l'hémicycle l'échec de la réunion, mais promet de réunir dès samedi matin la commission pour remettre le sujet sur la table...

La séance est levée vers 23h10 sans qu'aucun nouvel amendement de la révision constitutionnelle ne soit discuté.


>>> L'affaire Benalla s'invite dans l'hémicycle, revivez la folle journée de jeudi

Après des demandes répétées, l’opposition avait obtenu gain de cause, jeudi soir, avec la création d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur l'affaire Benalla. Session extraordinaire oblige, la commission des Lois sera dotée des mêmes prérogatives qu’une commission d’enquête. Cette décision avait réussi à apaiser les débats dans l’hémicycle. Mais ce n'était que temporaire...