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ENERGIE

Écologie : devant les députés, François de Rugy garde son cap

Le ministre de la Transition écologique a évoqué jeudi matin la décision du gouvernement de suspendre en 2019 les hausses de taxes sur les carburants. Accusant La France Insoumise de "raser gratis", il a par ailleurs demandé une évaluation de la "fiabilité technologique" et de la "compétitivité économique" des EPR.
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"Notre politique ce n'est pas celle de l'immobilisme et du statu quo." Jeudi, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a présenté aux députés la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la période 2018-2028.

"Ce n'est pas facile de gérer tout cela dans la situation qui est celle de la France aujourd'hui", a reconnu le ministre, qui a profité de l'audition pour rappeler les propositions de l'exécutif pour sortir de la crise des gilets jaunes.

"Plan de sortie du chauffage au fioul"

François de Rugy a tout d'abord évoqué la "double transition" que le gouvernement souhaite mener dans "les dix ans qui viennent" : basculer vers un "modèle de plus en plus sobre en émission de CO2 et de gaz à effet de serre" et devenir "moins dépendant du nucléaire dans la production électrique".

Alors qu'Emmanuel Macron a affirmé fin novembre qu'il souhaitait ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici 2035, le ministre a affirmé jeudi que l'exécutif voulait engager un "plan de sortie en dix ans du chauffage au fioul".

La PPE prévoit également 70 milliards d'euros sur la période 2018-2028 pour développer les énergies renouvelables.

"Pas une programmation de sortie du nucléaire"

Autre engagement : la fermeture de la centrale de Fessenheim, prévue "d'ici 2020", ne sera pas conditionnée à "l'ouverture de la centrale de Flamanville". L"ancien président de l'Assemblée nationale prévoit aussi la fermeture de huit réacteurs d'ici 2030.

Pour autant, précise-t-il, "cette PPE n'est pas une programmation de sortie du nucléaire". François de Rugy estime toutefois nécessaire d'évaluer la "fiabilité technologique et la compétitivité économique" des EPR, évoquant les "difficultés rencontrées à Flamanville".

EDF devra fournir "d'ici 2021" les éléments qui permettront à l'exécutif de trancher sur "l'avenir de la filière" et notamment sur le choix de "commander ou non de nouveaux réacteurs". Le ministre note toutefois que dans le contrat de l'EPR d'Hinkley Point en Angleterre, le prix du mégawattheure est fixé à 100 euros alors que "le prix du marché est fixé à 60 euros"...

"Revenir sur terre"

L'intervention du ministre de la Transition écologique a été accueillie avec sarcasme par le député Les Républicains Fabien Di Filippo : "Avant de sauver la terre, il s'agit surtout de revenir sur terre", a raillé l'élu de Moselle.

Ce dernier juge "irréaliste", dans le contexte actuel, de "prévoir toujours à horizon 2022 quinze milliards de hausse de taxes sur les carburants", "c'est-à-dire, si on déduit les hausses de l'année 2019, douze euros supplémentaires par plein de 50 litres".

De son côté, le ministre de la Transition écologique a réaffirmé la décision du gouvernement de ne pas augmenter les taxes sur le carburant en 2019 : "Pour la suite, nous verrons une fois que l'apaisement sera revenu", a ajouté François de Rugy, évoquant ainsi le grand débat délocalisé de trois mois que souhaite engager l'exécutif.

"Raser gratis"

Avant de prévenir : le "moratoire d'au moins un an sur la taxe carbone" correspondra à "des recettes en moins pour le financement des collectivités, des projets etc".

François de Rugy a prôné la poursuite des réformes face à la "bonne grosse démagogie que l'on a faite pendant des années" :

Si demain les prix du pétrole réaugmentent brusquement sur les marchés qu'est-ce que l'on dira aux Français ? Débrouillez-vous ?François de Rugy

Accusant La France Insoumise de "raser gratis", le ministre de la Transition écologique a eu un échange musclé avec Mathilde Panot (LFI), qui l'accusait d'avoir trahi ses promesses de la campagne de la primaire de gauche.

"Je ne sais pas ce que cela va donner l'insoumission généralisée (...) Quand on appelle à l'insoumission généralisée c'est contre tout, on envoie tout valser, et là je peux vous dire on ne mènera pas beaucoup de transition énergétique et écologique, ça c'est sûr et certain", a-t-il affirmé.

François de Rugy a par ailleurs précisé que la Haut conseil pour le climat, créé fin novembre par Emmanuel Macron, devra rendre tous les ans un rapport.