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environnement

L'écologie selon François de Rugy

Quelles sont les convictions environnementales du successeur de Nicolas Hulot au gouvernement ? LCP.fr s'est replongé dans le programme de François de Rugy lorsqu'il était candidat aux "primaires citoyennes" organisées par le PS début 2017.
5 min
AFPAFP

De l'Assemblée nationale au ministère de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy n'aura que quelques pas à faire pour rejoindre l'Hôtel de Roquelaure, situé au cœur du VIIe arrondissement de Paris. Le chemin risque cependant d'être plus tortueux si le nouveau ministre, qui remplace Nicolas Hulot, souhaite rester totalement fidèle à ses convictions écologistes.

En effet, en janvier 2017, François de Rugy a publié un programme de 73 pages qui résume sa vision pour réformer le pays, avec un volet environnemental particulièrement fourni. Un positionnement logique pour celui qui a débuté sa carrière chez les Verts (rebaptisés depuis EELV), avant de quitter le parti en 2016 et de créer son propre mouvement, Écologistes !.

"Construire un projet qui met l'écologie au centre", c'était d'ailleurs la promesse numéro une de François de Rugy pour l'élection présidentielle, qui a préféré miser sur Emmanuel Macron plutôt que sur Benoît Hamon.

Désormais en charge de mener la politique écologique du gouvernement, Rugy pourrait rapidement constater l'écart entre ses ambitions de l'époque et les objectifs poursuivis par l'exécutif aujourd'hui.

Transition énergétique et nucléaire

  • Ce que prônait François de Rugy

Dans ses engagements phares pris en 2017, François de Rugy souhaitait "mener la transition énergétique à son terme" dès 2050, soit une production d'électricité à 100% d'origine renouvelable. Exit donc le nucléaire du mix énergétique français, dont il imaginait pouvoir se passer dès 2040.

  • Ce que fait le gouvernement d'Édouard Philippe

En début de quinquennat, le gouvernement d'Édouard Philippe a décidé d'abandonner l'objectif de passer la part du nucléaire dans la production électrique de 75 à 50% en 2025, pourtant inscrit dans la loi de transition énergétique votée en 2015. La nouvelle échéance se situerait désormais entre 2030 et 2035 : autant dire que l'abandon définitif de l'atome n'est pas à l'ordre du jour. D'autant que la feuille de route précise du gouvernement sur le sujet, à travers la révision de la programmation pluriannuelle de l'énergie, se fait toujours attendre.

Transports

  • Ce que prônait François de Rugy

Proscrire la vente de véhicules diesel dès 2025, tout en visant à la même date la vente "à 100%" de véhicules électriques ou hybrides, c'était l'engagement de l'ancien candidat à la primaire citoyenne. François de Rugy voulait également une "loi d'orientation de la mobilité intérieure". Objectif : "Remettre à plat les pratiques, favoriser les déplacements doux et collectifs." Enfin, il a formulé l'idée d'une "compagnie ferroviaire low-cost" pour faire "baisser le coût des billets".

  • Ce que fait le gouvernement

Sur la vente de voitures, Nicolas Hulot a bien formulé un objectif (qui n'a pas encore été inscrit dans la loi) : en finir avec les véhicules diesel et essence, mais d'ici à 2040. Sur les transports doux, comme le vélo, le gouvernement doit faire des annonces en septembre, mais elles pourraient être moins ambitieuses qu'annoncées.

En matière ferroviaire en revanche, le nouveau ministre devrait se sentir à son aise : la réforme de la SNCF, votée cette année, a préparé le terrain pour la concurrence et la fin du monopole public du transport des voyageurs.

  • Quand Rugy critiquait Ferrand sur la taxe poids lourds...

François de Rugy, candidat à la primaire, était favorable au rétablissement de l'écotaxe sur les poids lourds afin de "rembourser la dette de la SNCF". Sur LCP, il n'avait d'ailleurs pas manqué de critiquer Richard Ferrand - à la tête d'En marche à l'époque - qui a définitivement sorti cette mesure de la loi par un amendement, après l'abandon de sa mise en oeuvre par Ségolène Royal.

Bien-être animal

  • Ce que prônait François de Rugy

Tout comme il existe le Défenseur des droits pour les citoyens, De Rugy imaginait la création d'un défenseur des droits des animaux. Nommé pour cinq ans, celui-ci pourrait formuler des propositions, fermer des abattoirs aux pratiques contestables et accélérer l'application du droit européen.

  • Ce que fait le gouvernement

Dans son plan pour la biodiversité, Nicolas Hulot avait annoncé, début juillet, plusieurs mesures en faveur des animaux, comme la lutte contre le trafic des espèces sauvages ou la hausse du budget européen consacré à la biodiversité. Dans les faits, le vote de la loi sur l'agriculture, en première lecture en mai à l'Assemblée, n'a pas amélioré le bien-être animal. Ni l'interdiction du broyage des poussins mâles, ni la castration à vif des porcelets n'ont été retenus.

Fiscalité écologique

  • Ce que prônait François de Rugy

François de Rugy souhaitait lister, avec la Cour des comptes et les ONG, "toutes les niches fiscales anti-écologiques" et les supprimer en cinq ans. Il comptait aussi fixer une "obligation de critères écologiques dans les marchés publics".

  • Ce que fait le gouvernement

Si les niches fiscales, de manière générale, ont encore un bel avenir devant elles, le gouvernement s'est tout de même attaqué à l'avantage fiscal du diesel sur l'essence. En quatre ans, le bonus dont le diesel a bénéficié sera complètement gommé, avec 30 centimes de taxes en plus par litre en 2022.

Sur les marchés publics, Nicolas Hulot a aussi émis le souhait d'y intégrer des critères environnementaux avant la fin du quinquennat. François de Rugy devrait donc logiquement reprendre ce dossier à son compte.

Diplomatie verte

  • Ce que prônait François de Rugy

Création d'une organisation mondiale de l'environnement en France et lancement d'une initiative française pour une "COP" de la biodiversité à Paris, François de Rugy ne manquait pas d'ambition pour la diplomatie française. Il voyait même la France prendre la tête d'une "coalition internationale" des pays les plus en pointe sur ces sujets.

  • Ce que fait le gouvernement

En défiant Donald Trump avec son "Make Our Planet Great Again", Emmanuel Macron a voulu dès le lendemain de son élection se faire le garant des engagements mondiaux pris lors de la COP21 à Paris en faveur du climat. S'il en a récolté les fruits en termes d'image, notamment auprès de la communauté scientifique américaine, invitée à rejoindre les centres de recherche français, la France ne pourra être leader qu'en montrant qu'elle tient ses propres objectifs. Or, comme l'a reconnu lui-même Nicolas Hulot lors de son interview-démission, le pays n'a pas encore commencé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre...