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PORTRAIT - L'ascension fulgurante de Lydia Guirous chez les Républicains

Membre de l'UMP depuis le mois de janvier, la jeune femme, âgée de 30 ans, vient d'être nommée porte-parole du parti dirigé par Nicolas Sarkozy.
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En janvier, elle était encore membre du parti radical valoisien. A la fin du même mois, elle était nommée secrétaire nationale de l'UMP, chargé des valeurs de la République et à la laïcité. A 30 ans, Lydia Guirous vient d'être désignée porte-parole des Républicains, le nouveau nom de la formation dirigée par Nicolas Sarkozy.

Retour sur le parcours d'une jeune femme à la parole parfois dure sur les questions de laïcité et auteure du remarqué "Allah est grand, la République aussi".

Les féministes traditionnelles sont "démodées"

Née en Algérie en 1984, Lydia Guirous est arrivée en France à l’âge de 6 ans. Ses parents ont quitté l’Algérie pour échapper, selon ses propres dires, à "l’islam radical" qui sévit alors dans le pays. Même si elle est la nièce de l’écrivain franco-algérien Jean Amrouche, elle revendique, au Figaro, des origines populaires : "Mon grand-père était ouvrier dans le nord de la France."

"Je n’attends pas qu’une nana se fasse brûler dans les cités pour faire le buzz !"

Diplômée de l’université Dauphine et d’une grande école de commerce parisienne, Lydia Guirous préside un temps les "Jeunes sarkozystes du 92", dans les Hauts-de-Seine, avant de fonder en 2010 le club "Future, au féminin", qui prône "un féminisme Républicain". Un féminisme "pragmatique", qui estime que le combat des militantes féministes traditionnelles est "démodé, pas adapté, basé sur d'anciens schémas ou un travail ciblé et trop réducteur, les femmes battues ou violées..."

Un engagement qui lui vaudra en 2011 des critiques virulentes de la part de Caroline de Haas, la fondatrice de l'association "Osez le féminisme". Des attaques auxquelles elle répondra, violemment, sur Rue 89.
"Les associations féministes passent leur temps à énumérer des chiffres : femmes battues, viols. A les entendre, c’est horrible d’être une femme. Moi, je n’attends pas qu’une nana se fasse brûler dans les cités pour faire le buzz !" Après ces propos, Elisabeth Guigou démissionnera de "Future, au féminin".

Sa tante compare Roubaix à Bab el Oued : elle assume

En 2012, Lydia Guirous rejoint le parti radical valoisien et se présente aux élections législatives dans la 6e circonscription de Paris, où elle sera éliminée dès le premier tour avec seulement 0,77% des voix.
Chargée de la thématique "égalité homme-femme", elle se fait particulièrement remarquer en octobre 2014, à l’occasion de la parution de son livre "Allah est grand, la République aussi" (éditions JC Lattès).

"Un laboratoire de l'offre halal en France"

Le livre, qui se vendra à 30.000 exemplaires selon Le Figaro, adopte un ton décomplexé. Il devait s’appeler "Colla-beur", relève encore Le Figaro, en référence au nom donné aux maghrébins accusés de "renier leurs origines". Une idée finalement abandonnée par précaution. Lydia Guirous ne fera d'ailleurs aucune séance de dédicace.

Et pour cause. Dans son livre, elle écrit notamment, à propos de Roubaix, cette ville déshéritée dans laquelle elle a grandi : "Roubaix est devenu un laboratoire de l’offre halal en France. D’ailleurs, une tante venue d’Algérie (…) était tellement surprise et déçue de ce spectacle qu’elle nous a dit ‘j’ai pas pris l’avion pendant trois heures pour me retrouver à Bab el Oued... Elle est où la France, ici ?’"

"On ne peut pas me faire le procès de racisme"

Sur Europe 1, invitée de l’émission de Jean-Marc Morandini, elle s’oppose, parfois violemment, à Raquel Garrido, secrétaire nationale du Parti de gauche. "J’enlève de la matière au Front national (…) J’ai cette possibilité de dire les choses sans que l’on me fasse ce procès de racisme", revendique Lydia Guirous. Aux auditeurs roubaisiens blessés par ses propos, elle répond, très tranquille : "Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir."

Ses mots sont durs ? "Mon livre est aussi dur que la situation que l’on a dans certains quartiers populaires", répond-elle, pourfendant "le communautarisme, gangrène du vivre ensemble". Lors de cette émission, diffusée en octobre 2014, elle souligne le problème des "départs vers le djihad". Les attentats de Charlie Hebdo, trois mois plus tard, lui donneront à nouveau l’occasion de s’exprimer.

"Les musulmans sont parfois restés trop silencieux"

Au lendemain du drame de Charlie, elle répète son credo sur le plateau du Grand Soir 3. "Depuis de nombreuses années (…) on a laissé tomber les valeurs républicaines. On les a laissé tomber pour ne pas stigmatiser, on les a laissé tomber pour ne pas faire le jeu du Front national ", explique-t-elle, ornant un t-shirt "Je suis Charlie".

"Quand on fait cela, on est juste un républicain"

Lydia Guirous n’hésite pas à fustiger la "lâcheté des responsables politiques" et la "responsabilité" des médias, qu’elle accuse d’avoir "voulu ignorer la montée du communautarisme, de l’islam radical". Avant d’aller plus loin : "On ne peut pas parler de la montée de l’islam radical sinon on est montrés du doigt, on est considéré comme fascistes ou islamophobes. Quand on montre du doigt ces personnes-là, on est juste un républicain, on est juste un humaniste !" Et d’appeler les musulmans à prendre la parole, eux qui sont, selon elle, restés "parfois trop silencieux".

Sa carrière bascule à la fin du mois de janvier. Après une rencontre avec Nicolas Sarkozy, elle quitte l’UDI pour l’UMP où elle est nommée directement secrétaire nationale aux valeurs de la République et à la laïcité. Le 30 mai, elle assiste à la refondation de sa nouvelle famille politique. Elle prend même la parole pour dénoncer la réforme du collège, attaquant au passage Najat Vallaud-Belkacem et Manuel Valls.

Trois jours plus tard, Nicolas Sarkozy la promeut porte-parole des Républicains. En mars dernier, dans le Figaro, un proche de l'ancien chef de l'Etat estimait que "si elle veut continuer avec nous, il faudra qu’elle accepte de commencer par le terrain". Son irrésistible ascension au sein du parti pourrait faire grincer des dents.