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Immigration clandestine : une tragédie européenne

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Ils ont observé une minute de silence. A la mémoire des migrants morts en mer Méditerranée. Réunis à Bruxelles en urgence pour un conseil européen extraordinaire, les vingt-huit chefs d'Etat et de gouvernement étaient sommés d'agir, de prendre des mesures rapides, après le naufrage d’un chalutier, un de plus, qui a coûté la vie à plusieurs centaines de personnes au large des côtes italiennes.

Ils renforceront la présence en mer de l’Europe. C’est la réponse. Plus de moyens financiers, pour mettre en œuvre plus de bateaux. Le budget des opérations de surveillance maritime « Triton », dans les eaux italiennes et « Poseidon », aux abords de la Grèce, sera triplé. « Décision extraordinaire », selon François Hollande. La France s’est engagée à envoyer un navire-remorqueur de haute-mer et des avions de surveillance. Le Royaume-Uni prêtera lui aussi des forces au dispositif. Le HSM Bulwark de la Royal Navy sera déployé au large des côtes méditerranéennes, ainsi que trois hélicoptères et deux autres navires de patrouilles. Une frégate et deux bateaux au moins pour l’Allemagne. La Belgique, la Suède, la Norvège et le Danemark un navire chacun. Au total, une quinzaine de pays membres sur vingt-huit ont promis de s’engager en Méditerranée. Avec une part de flou sur leur contribution exacte. Les dirigeants européens espèrent que ces mesures permettront de prévenir de nouveaux drames, de sauver des vies humaines.

Opération militaire ?

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, veut aller beaucoup plus loin. Il souhaite une action militaire en Méditerranée, pour détruire les bateaux des passeurs, sur le modèle de l’opération Atalante, déclenchée en 2008 pour combattre les pirates des mers actifs autour de la Somalie. S’attaquer à la source. Mettre fin aux trafics qui profitent de la faiblesse humaine pour mener leur commerce criminel. « Toutes les options » seront présentées « pour que les navires puissent être appréhendés et annihilés », assure François Hollande. « Dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU », précise-t-il. Oui, mais comment ? Porter secours aux migrants, puis couler les bateaux ? Sans faire de morts ? Et sur quel fondement de droit international, attaquer un bateau qui n’a pas d’attitude hostile ? Opération périlleuse. D'ailleurs, une majorité de pays y est hostile.

Confronté à un afflux massif de réfugiés sur ses côtes, Rome fustige aussi l’égoïsme de certains pays européens. Ces derniers mois, le pays a du affronter seul l’arrivée massive d’hommes, de femmes et d’enfants sur ses côtes. Avec l’aide financière de l’UE, mais sans la solidarité. Ses partenaires lui reprochent, de leur côté, de laisser « filer » un certain nombre de migrants hors de son territoire, pour ne pas avoir à prendre en charge leurs demandes d’asile. Faute de réponse, Chacun se renvoie la responsabilité du problème, et les migrants, pratiquant une politique de « la patate chaude » ou du chacun pour soi. Les pays d’accueil ne sont pas légion sur un continent plus forteresse que terre d’asile. Ces migrants, dont tout le monde déplore le sort, personne ne veut les accueillir. A l’instar du britannique David Cameron, d’accord pour « prêter » son navire de guerre mais à une condition : que les migrants recueillis en Europe ne demandent pas l’asile à Londres mais soient renvoyés automatiquement vers Rome …

Aux sources du problème : la Libye, « bombe » migratoire

Il n’existe pas de politique commune de l’asile, qui permettrait de mieux répartir la charge de l’immigration entre les vingt-huit pays de l’Union européenne. Sur cette question, comme sur d’autres, l’Europe est désunie. Et donc encore plus démunie. Pourtant la vague ne cessera pas. Parce qu’il y aura toujours des candidats au départ. Encore plus, même. Trois fois plus qu'en 2013. Syriens, Somaliens, Erythréens, partis pour fuir les violences, les persécutions, ou juste pour chercher du travail. Prêts à tout pour partir, à s'entasser en surnombre sur des barcasses de fortune, jusqu'à mourir, échoués avec leurs rêves, aux portes de la forteresse Europe.

« Personne ne se fait d’illusions. Les problèmes ne seront pas résolus aujourd’hui », a admis le président du Conseil européen, Donald Tusk. Ni facile, ni rapide, la réponse miracle n’existe pas. Mais il n’est de solution que politique. Diplomatique. Elle passe notamment par une discussion avec les autorités de Tripoli. La décomposition en cours de l’Etat libyen constitue en effet une menace directe pour les pays européens. Le pays, objet d’affrontement entre clans, milices et djihadistes, est la principale voie de l’immigration clandestine vers le littoral européen. Une « bombe migratoire » au sud de l’Europe. Terrain d’action privilégié pour les passeurs, les trafiquants d’êtres humains, et aussi pour les terroristes de Daech, qui ont ouvertement averti qu’ils utiliseraient l’immigration comme arme de combat, promettant de marcher sur Rome, « si des forces étrangères envahissent la Libye ».

Opérer dans les eaux libyennes ? Refaire une intervention en Libye ? Sur quelle base ? Avec ou sans résolution de l’ONU ? Peut-être l’ordre du jour du prochain sommet européen extraordinaire. En espérant que, d’ici là, de nouveaux naufrages n’auront pas lieu en Méditerranée.