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Don du sang : homos et hétéros pas (encore) sur un pied d'égalité

Les socialistes ont proposé jeudi de supprimer la période d'abstinence obligatoire d'un an pour que les homosexuels puissent donner leur sang. Une partie de la droite, La France insoumise ainsi que le MoDem ont soutenu la mesure. Mais pas La République en marche, qui a préféré suivre la position de la ministre de la Santé. Agnès Buzyn a toutefois promis de "retirer ce critère" avant la fin de l'année.

Depuis juillet 2016, les homosexuels peuvent théoriquement donner leur sang. Mais un arrêté pris dans la même année ajoute une condition : avoir vécu une durée d'abstinence d'une durée de douze mois. Une différence de traitement manifeste par rapport aux hétérosexuels (quatre mois d'absence de relations avec plusieurs partenaires).

À l'occasion de l'examen d'une proposition de loi Les Républicains, le socialiste Hervé Saulignac (PS) souhaitait supprimer cette "discrimination". Validée en commission, sa proposition s'est heurtée en séance au refus de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, et par conséquent à celui d'une large partie des députés LREM.

"Stopper l'hypocrisie"

"L'abstinence de douze mois n'a aucun fondement ni juridique ni scientifique", a estimé le député socialiste, en fustigeant "une erreur politique" du gouvernement. Le député a reçu le soutien d'élus de tous bords, à commencer par celui du rapporteur Damien Abad (LR).

"Le critère d'exclusion doit être celui des comportements à risque et non de l'orientation sexuelle", a estimé Jean-Luc Lagleize (MoDem), tandis qu'un des deux "marcheurs" qui a voté la mesure, Xavier Paluszkiewicz, à appeler à "stopper l'hypocrisie".

La ministre de la Santé Agnès Buzyn avait déposé un amendement de suppression, avant de le retirer pour ne pas donner l'impression de s'opposer "sur le fond". Elle a néanmoins appelé au "bon sens" des députés avant le scrutin.

La ministre a beaucoup insisté sur un argument juridique, considérant que la modification des critères des donneurs relevaient davantage du règlement que de la loi.

Comme vous, je me suis étonnée, pour ne pas dire émue, du critère d'abstinence de un an (...) Mais n'inscrivons pas dans la loi des critères de sélection qui nous feraient prendre un risque un jour par rapport à un nouvel agent pathogène ou un risque d'épidémieAgnès Buzyn, le 11 octobre 2018

Vendredi, dans un tweet, la ministre a toutefois réaffirmé qu'elle prendrait bien l'engagement de "retirer le critère des douze mois d'abstinence".

Devant la promesse de rouvrir le débat "avant la fin de l'année", Thomas Mesnier a appelé ses collègues LREM a voté contre la proposition d'Hervé Saulignac. La mesure a finalement été rejetée par 29 voix contre 23.

Baisse de l'âge légal

Dans cette proposition de loi de "consolidation du modèle français du don du sang", les députés ont par ailleurs voté l'abaissement de l'âge légal ouvrant droit au don du sang de 18 à 17 ans pour s'aligner sur le droit européen.

Le texte entendait en outre inciter davantage les dons en entreprise par les salariés en leur laissant deux fois deux heures par an pour donner sur leur temps de travail. Mais l'Assemblée a rejeté cette mesure.