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Passage à 80 km/h : droite et gauche attaquent, la majorité fait bloc derrière le gouvernement

Dans l'hémicycle, l'opposition a proposé jeudi de décentraliser l'application (ou non) de la limitation de vitesse sur le réseau secondaire. Mais la majorité a rejeté la proposition de loi avant même l'examen des amendements. Récit d'une matinée agitée.

Les Républicains ont tenté de contourner l'une des mesures les plus contestées du quinquennat, mais la voie s'est révélée sans issue. Jeudi, en séance, la majorité LREM-MoDem a rejeté leur proposition de loi visant à moduler le passage à 80km/h sur certaines routes.

À dix jours de l'entrée en vigueur du décret pris par Édouard Philippe qui entérine le passage de la vitesse maximale autorisée de 90 à 80km/h sur les routes à double sens sans séparateur central, l'opposition a tenté de faire vivre un débat dont elle s'estimait jusque-là privée. Il faut dire que cette mesure impopulaire, soutenue par à peine un quart des Français, a réveillé la colère des campagnes contre Paris.

Des vies contre la vitesse ?

Les quelques 400.000 km de routes concernés sont considérés comme les plus mortels par l'exécutif qui s'appuie sur les préconisations du comité interministériel de la sécurité routière. Celui-ci estime que 300 à 400 vies seront sauvées chaque année en agissant directement sur la vitesse, facteur présenté comme le plus "accidentogène".

La ministre Jacqueline Gourault a résumé d'une phrase l'état d'esprit des conducteurs sur ces routes :

C'est une loi bien connue de la sécurité routière : le danger commence quand on croit qu'il n'y en a pas.Jacqueline Gourault, le 21 juin 2018

L'objectif du texte défendu par le député de droite, Vincent Descoeur (LR) : confier aux préfets et aux départements le soin d'appliquer (ou non) le passage de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes. Une façon de redonner le pouvoir aux élus locaux qui pourraient décider "au cas par cas", selon la dangerosité des routes. Une façon, in fine, de court-circuiter le décret d'Édouard Philippe.

Vincent Descoeur regrette ce texte qui est, selon lui, en contradiction avec la philosophie d'Emmanuel Macron qui s'est fait le chantre de la mobilité.

"Âne" et "dos d'âne"

Fervent défenseur de la baisse de la limitation de vitesse, Philippe Latombe (MoDem) dénonce l'attitude de ses opposants : "Les mêmes élus qui n'hésitent pas à installer des dos d'âne à l'entrée de leur commune afin de protéger leurs administrés des risques d'accidents sont hostiles à la mesure décidée par le premier ministre ? (...) Je ne peux m'empêcher de penser que cette logique cache des mesures purement électoralistes." Indignation de la droite... qui reçoit, chose singulière, le soutien des trois groupes de gauche, du PS au PCF en passant par LFI.

Hervé Saulignac (PS) moque la limitation de vitesse à tout crin, en poussant la mesure à son paroxysme :

Savez-vous que si l'on passe de 80 à 70, nous gagnerons encore quelques vies (...). Et on peut demander à Vincent Descoeur d'acheter un âne si vous voulez, parce que là au moins le résultat sera meilleur.Hervé Saulignac, 21 juin 2018

Le président du groupe Gauche démocrate et républicaine André Chassaigne (PCF) se montre plus virulent encore. Il affirme que la baisse de la vitesse conduira paradoxalement à plus d'accidents :

Quand vous aurez un véhicule coincé derrière un poids lourd qui sera dans l'impossibilité de monter à 90 km/h, on va multiplier les accidents.André Chassaigne, 21 juin 2018

En appui du gouvernement, le groupe LREM a défendu une motion de rejet, adoptée par 95 voix contre 68. L'examen du texte s'est donc aussitôt arrêté, sans poursuivre l'examen des amendements et le vote sur l'ensemble de la proposition de loi.

Mardi, le Premier ministre avait déjà fermé la porte à tout changement de plan : "Non, nous changerons pas d'avis", avait-il lancé aux députés Les Républicains.

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