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Affaire Alstom : Montebourg dégaine à tout-va et cible Macron

L'ancien ministre de l'Économie a livré mercredi sa version de la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric en 2014. Face à la commission d'enquête sur la politique industrielle de l'État, il déplore le manque de soutien politique de l'exécutif de l'époque et accuse Emmanuel Macron, qui l'a remplacé à Bercy, d'avoir laissé l'entreprise américaine prendre le contrôle du fleuron français.

"Nous ne sommes pas dans une petite histoire..." Dans un euphémisme dont il a le secret, Arnaud Montebourg annonce d'emblée la couleur : il a décidé de tout dire sur le dossier Alstom à la représentation nationale.

En retrait de la vie politique depuis l'élection présidentielle, l'ancien ministre de l'Économie a été entendu pendant plus de 2h30 par la commission d'enquête sur la politique industrielle française.

Au cours de cette audition fleuve, il pointe les failles, les zones d'ombre, voire la désertion du gouvernement devant les manœuvres américaines pour s'approprier la branche énergie d'Alstom en 2014. Un secteur pourtant stratégique pour les intérêts français... Morceaux choisis.

Le double-jeu de l'État-major d'Alstom

Alstom compte-t-il se vendre ? C'est la question qu'a posée Arnaud Montebourg à Patrick Kron dès l'hiver 2013-2014. Alors que Bouygues veut se retirer du capital de son groupe, le PDG d'Alstom répond au ministre qu'il peut "dormir tranquille".

Un rapport commandé en février 2014 confirme d'ailleurs à Arnaud Montebourg que l'entreprise va plutôt bien et qu'il n'y a pas d'urgence à se restructurer... Le ministre ne cache donc pas sa stupeur quand l'agence Bloomberg annonce, le 24 avril 2014, qu'Alstom a entamé des discussions avec General Electric (GE) !

Patrick Kron aurait-il joué un double-jeu ? Mais pour quelle raison ? Le dirigeant aurait subi la pression des autorités américaines, croit savoir Arnaud Montebourg. Le Department of Justice enquêtait alors depuis 2010 sur les pratiques de corruption du champion français, qui a versé des pots-de-vins pour remporter des marchés à l'étranger. Un des cadres du groupe est même emprisonné dès 2013.

C'est dans ce contexte que Kron aurait mené, en toute discrétion, les discussions avec le géant américain de l'énergie, pour se vendre ensuite sous la contrainte.

Arnaud Montebourg estime également qu'il ne pouvait pas faire le lien entre la procédure ouverte par le ministère de la Justice des États-Unis et les appétits de GE, car il n'a pas été mis au courant par le service interministériel d'intelligence économique :

Les alertes ne sont pas parvenues jusqu'à moi. Elles étaient allées ailleurs, je le sais, mais pas au ministère de l'ÉconomieArnaud Montebourg, le 12 décembre 2017

Faille dans le système de renseignement ? Marginalisation du ministre ? Arnaud Montebourg se dit prêt à détailler d'autres informations à huis-clos. Olivier Marleix, président LR de la commission d'enquête, a accédé à sa demande. Une audition sera programmée ultérieurement.

Les grandes oreilles de l'Oncle Sam

Arnaud Montebourg pense que les écoutes massives mises en place outre-Atlantique sont monnaie courante pour contribuer au rachat de fleurons de l'économie européenne :

Le sommet de l'État mis en cause

Mais l'"affaire Alstom", comme il l'appelle, est aussi le récit d'un exécutif qui aurait laissé faire.

Montebourg met en cause à plusieurs reprises le manque de volontarisme de François Hollande :

Monsieur le président de la République ne voulait pas affronter les Américains. C'est un choix politique.Arnaud Montebourg, 13 décembre 2017

"Je pense qu'aucun d'entre eux [Manuel Valls et François Hollande] n'avaient le désir d'affronter les Américains pour des affaires géopolitiques et géostratégiques", ajoute-t-il.

Macron dans le viseur

Arnaud Montebourg a œuvré, en vain, pour un rapprochement avec l'Allemand Siemens ou une nationalisation temporaire d'Alstom, comme Nicolas Sarkozy l'avait fait en 2004.

Il accuse Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l'Élysée, d'avoir laissé lui aussi les Américains prendre le contrôle des activités énergies d'Alstom.

Sans vrai soutien, Montebourg estime avoir malgré tout avoir obtenu "le meilleur accord possible" avec General Electric. Mais il déplore que cet accord n'ait pas été défendu après son départ de Bercy en août 2014, lorsqu'il fut remplacé par Emmanuel Macron :

"Alstom peut encore racheter des activités profitables"

Parmi les clauses favorables à Alstom, la création de trois coentreprises entre les deux groupes, dans les réseaux, les énergies renouvelables et le nucléaire.

En théorie, un rachat des parts américaines peut encore être décidé. La joint-venture dans les énergies renouvelables, profitable, devrait notamment être rachetée, plaide Arnaud Montebourg.

Elle comprend le site de Grenoble, spécialisé dans l'énergie hydraulique, où General Electric a annoncé un plan social d'ampleur.

Preuve d'ailleurs, selon l'ancien ministre, que l'Américain ne respecte pas la clause qui prévoyait la création de 1000 emplois net.

Devant la même commission d'enquête, l'état-major de General Electric France a au contraire assuré jeudi que cet objectif de création de 1000 emplois net serait atteint avant la fin 2018.

Une heure plus tard, Henri Poupart-Lafarge, PDG d'Alstom, a confirmé de son côté aux députés que le groupe comptait céder ses parts dans les trois coentreprises.

Revoir le documentaire "Guerre fantôme : la vente d'Alstom à General Electric"