Les députées Sandrine Josso (Les Démocrates) et Élise Leboucher (La France insoumise) présentent, ce mardi 29 septembre, leur rapport "sur le coût des violences sexistes et sexuelles et l'accompagnement des victimes". Elles prônent une augmentation massive des moyens consacrés à la lutte contre les VSS et alertent au sujet du coût financier supporté par les victimes.
Sandrine Josso (Les Démocrates) et Élise Leboucher (La France insoumise) l'assurent : "Il n’y a pas de lutte qui vaille sans les moyens humains et financiers correspondants." Les deux députées présentent ce mardi leur rapport "sur le coût des violences sexistes et sexuelles et l'accompagnement des victimes" devant la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale.
Dans leur texte, que LCP a pu consulter, les deux députées préconisent "d'augmenter massivement les moyens financiers consacrés à la lutte contre les VSS" faites femmes et aux enfants, afin de faire face à une hausse exponentielle des "besoins d'accompagnement". Si le coût total de ces violences pour l'économie française ne peut pas être chiffré avec certitude, Sandrine Josso et Élise Leboucher mettent en garde contre l'argent que doivent débourser les victimes elles-mêmes dans leur parcours.
"Le coût des violences sexistes et sexuelles pour notre société est encore trop méconnu et donc sous-estimé", écrivent les deux parlementaires. Dans son avant-propos, Sandrine Josso explique ainsi que les VSS ont "un coût considérable" : "Elles coûtent à la santé, à la justice, à la police et à la gendarmerie, aux entreprises, à la protection sociale, aux associations. Elles coûtent surtout aux victimes, qui en supportent les conséquences physiques, psychologiques, sociales, professionnelles et financières."
Or, il n'existe pas à l'heure actuelle d'"évaluation suffisamment globale, harmonisée et consolidée du coût des violences sexistes et sexuelles", pointe Sandrine Josso. "Ce qu'on n'arrive pas à établir, c'est le coût global dans toute une vie pour des victimes, notamment les impacts qu'il y a sur le travail, où il peut y avoir des arrêts longs, des démissions, des incapacités à reprendre un poste", complète Élise Leboucher, auprès de LCP.
Malgré cette absence de données chiffrées, Sandrine Josso estime le coût annuel des VSS à 100 milliards d'euros par an, "une estimation minimale qui reste encore approximative". Pour avancer un tel chiffre, forcément parcellaire, l'élue, interrogée par LCP, rappelle que la Ciivise avait estimé en 2023 le coût des seules violences faites aux enfants à "près de 10 milliards d'euros par an" : "Au regard du déni sociétal sur ce sujet, nous pensons que ce premier chiffre est minoré", considère la députée.
Sandrine Josso ajoute qu'en mai 2026, l'anthropologue Pascal Picq, dans son livre Anthropologie des violences faites aux femmes au XXIe siècle (Odile Jacob), a estimé "à 20 à 90 milliards d'euros le coût des violences faites aux femmes en France". Afin "d'objectiver l'ensemble des coûts directs et indirects engendrés par les VSS, tant pour la société que pour les victimes", Sandrine Josso et Élise Leboucher proposent donc de mener une "étude nationale" sur ce sujet. C'est la première recommandation de leur rapport.
Face à l'ampleur des enjeux, les corapporteures proposent aussi d'"augmenter massivement les moyens financiers consacrés à la lutte contre les VSS". Les deux élues indiquent que l'ensemble des moyens consacrés par l'État à cette lutte était de 184,4 millions d'euros en 2023. Et que, sur cette somme, seulement 12,7 millions d'euros étaient consacrés aux violences sexuelles.
"Bien que ce budget ait augmenté de 50 M€ entre 2018 et 2023, il est encore loin d’être suffisant", écrivent Sandrine Josso et Élise Leboucher. En outre, elles notent dans leur rapport "une apparente stagnation des crédits depuis 2024, amorçant en réalité un recul". En matière de moyens, les députées reprennent à leur compte le chiffrage de la Fondation des femmes, qui estime le budget nécessaire entre 2,6 et 5,4 milliards d'euros.
Un montant à comparer au 1,5 milliard d'euros annoncé par le gouvernement pour financer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en 2027, auquel s'ajouteraient 2,6 milliards d'euros pour la protection de l'enfance. La somme, équivalente à celle engagée en 2026, a provoqué le mécontentement des associations féministes, qui demandent des moyens supplémentaires. "3 milliards d'euros, c'est vraiment le plancher", commente Élise Leboucher, auprès de LCP.
Sandrine Josso (Les Démocrates) et Élise Leboucher (La France insoumise) expliquent par ailleurs que "bien que le budget consacré par l’État à la lutte contre les VSS ait augmenté dans la période récente, il peine à suivre la hausse rapide des besoins d’accompagnement". Ainsi, les deux parlementaires assurent que le nombre de femmes dénonçant des violences conjugales a "quasiment doublé entre 2018 et 2023".
Ce manque de financements a une conséquence : "Les victimes sont, bien souvent, contraintes de financer, au moins en partie, les soins et la procédure judiciaire sur leurs deniers personnels", regrettent les corapporteures, qui alertent vis-à-vis de "la face immergée de l'iceberg" que constituent ces "conséquences financières des VSS".
Dans son avant-propos, Élise Leboucher note, par exemple, que selon une enquête de l'association Nook Care, "le reste à charge pour les victimes de violences sexuelles dans l’enfance [équivaut] en moyenne à 21 000 euros". Avec sa collègue, l'élue insoumise précise dans le rapport que "selon la Fondation des femmes, le coût des frais d’avocat oscille en moyenne, pour une femme victime de violences sexuelles, entre 4 000 et 6 000 euros". Elles proposent donc de "prendre en charge financièrement l'ensemble du parcours de soins nécessaires pour les victimes de VSS".
"Les violences faites aux femmes bouleversent de manière irrémédiable la vie des victimes et peuvent changer radicalement leur trajectoire de vie tant sur le plan personnel que professionnel", écrivent-elles aussi. Et Élise Leboucher de pointer le "coût caché" des VSS sur la carrière professionnelle des victimes du fait de pertes de concentration, de retards ou de certaines absences.
Les députées évoquent le cas d'une victime qui "relate avoir été licenciée de son dernier emploi à durée indéterminée pour cause de comportement instable lié aux différents traumatismes qu’elle a subis". Elles évoquent également le cas de certaines femmes victimes qui sont obligées de déménager pour s'éloigner de leur agresseur, ou cessent de prendre les transports en commun et doivent payer le taxi pour se déplacer pour ne pas croiser leur agresseur.
"Moi, j'ai rencontré des victimes qui étaient auparavant très grande cadre dans des entreprises et qui aujourd'hui font des petits bouts de CDD à droite à gauche, en tant que caissière, que serveuse, il y a une perte de revenus et bien sûr sur la retraite après", témoigne Élise Leboucher.
Pour faire face à ces problèmes, Sandrine Josso et Élise Leboucher proposent d'ouvrir un droit au congé ou à une autorisation d'absence rémunérée pour les victimes, mais aussi d'interdire le licenciement des "victimes de VSS justifiant d’un état de santé physique ou psychologique dégradé du fait des VSS subies".
Et elles souhaitent que l'employeur puisse prendre à sa charge les frais de justice et de soins d'une victime pour des violences sexistes et sexuelles subies sur le lieu de travail. Élise Leboucher propose que cette prise en charge soit automatique, tandis que Sandrine Josso propose que celle-ci ne soit possible que si "un manquement de l'employeur à ses obligations de prévention ou de protection est reconnu par la justice".
Parmi les autres préconisations figurent la création d'un statut de "victime experte", proposée par Sandrine Josso, la construction d'un "protocole d'accueil et de soins unifié des victimes de VSS pour les professionnels de santé", ou encore l'idée d'"évaluer la possibilité de mettre en place un socle standard d’actes d’enquête en matière de VSS".