Budget 2027: à peine sa copie présentée, le gouvernement sous le feu des critiques des oppositions

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David Amiel et Roland Lescure à l'Assemblée nationale, le 1er octobre 2026
David Amiel et Roland Lescure à l'Assemblée nationale, le 1er octobre 2026
par Raphaël Marchal, le Jeudi 1 octobre 2026 à 20:00

Auditionnés à l'Assemblée nationale, ce jeudi 1er octobre, dans la foulée de la présentation du projet de budget de l'État pour 2027, le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, et son collègue des Comptes publics, David Amiel, ont dû faire face aux critiques des députés d'opposition. 

C'est un rituel qui se répète année après année. Début octobre, après avoir dévoilé sa copie budgétaire, le gouvernement se rend à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, pour défendre les mesures qu'elle contient. Ce cru 2027 n'a pas dérogé à la règle : quelques heures après le Conseil des ministres de ce jeudi matin, Roland Lescure (Économie et Finances) et David Amiel (Action et Comptes publics) se sont présentés au Palais-Bourbon.

Devant les élus de la commission des finances, les deux membres du gouvernement ont défendu les 43 milliards d'euros d'effort nouveau prévu par le projet de loi de finances, le caractère "réversible" des mesures de gel qu'il contient pour ne pas pénaliser le prochain exécutif, et ont insisté sur la nécessité de contenir le déficit public. Tout en se montrant ouverts aux négociations, ils ont jugé indispensable d'adopter un budget pour l'année prochaine. "Le plus tôt possible", a précisé Roland Lescure.

Face à une Assemblée nationale sans majorité absolue, les ministres de Bercy savent que la bataille budgétaire sera rude. Leur audition a donné un avant-goût des débats qui vont se dérouler au cours des prochaines semaines. Sans surprise, la copie gouvernementale n'a pas convaincu les oppositions, qui ont fustigé les choix de l'exécutif contenus dans cet ultime budget de l'ère Macron.

"Vous avez tout raté"

C'est une forme de bilan de ces dix dernières années auquel s'est livré Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national). "Vous êtes incapables, au bout de dix ans, de pouvoir macroniste, (...) de savoir faire la moindre économie structurelle. (...) Vous continuez à embaucher des fonctionnaires, dont vous ne pouvez même pas honorer les salaires", a-t-il cinglé. "Vous avez tout raté, vous avez tout ruiné. La meilleure preuve, c'est vos résultats. Si vos politiques économiques fonctionnaient, les caisses seraient pleines."

"Le misérabilisme est votre fond de commerce", lui a rétorqué Roland Lescure. "La France ne va pas très bien, mais ne va pas si mal non plus", a argué le ministre de l'Économie. "La France n'est pas la Grèce. (...) Mais il ne faut pas nier l'existence de l'iceberg vers lequel nous allons" a néanmoins commenté le rapporteur général du budget, Philippe Juvin (Droite républicaine). Tout en indiquant que selon lui, il était encore possible de changer de trajectoire.

D'autres élus ont questionné la pertinence des choix de l'exécutif. "À part les ultra-riches, je vous mets au défi de trouver une personne dont la contribution n'augmentera pas l'année prochaine", a lancé le président de la commission des finances, Éric Coquerel (La France insoumise), face aux engagements du gouvernement. Et de citer les mesures concernant la fiscalisation des arrêts maladie ou le rabot sur certaines pensions de retraite.

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Ou de pointer, en pleine mobilisation lycéenne, les centaines de millions d'euros en moins pour les collèges, lycées et universités. "La plus grosse augmentation, hors défense, dans le budget présenté, c'est pour l'éducation nationale", lui a cependant opposé Roland Lescure. "Vous jetez de l'huile sur le feu quand vous annoncez en pleine mobilisation que l'entrée en BTS et en prépa deviendra payante", s'est pour sa part indignée Marianne Maximi (LFI).

"Vous nous avez mis dans le mur"

"Vous nous avez mis dans le mur", a de son côté accusé Éva Sas (Écologiste et Social), déplorant un budget frappé par "l'injustice fiscale et l'inaction climatique". Plus tôt, dans la journée, le groupe présidé par Cyrielle Chatelain avait promis la censure, évoquant un budget en "total décalage avec la situation économique, sociale et environnementale du pays".

Et contrairement à ce qui s'est passé pour le budget 2026, un accord de non-censure semble peu vraisembable avec le Parti socialiste. "Dans ce budget, il n'y a aucune main tendue, il n'y a absolument rien qui nous permette d'aller chercher un compromis", a estimé Estelle Mercier (Socialistes) lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale. "Il n'y a qu'une certitude : vous ne serez plus là au mois d'avril", a ajouté Philippe Brun, toujours suspendu du PS, durant l'audition des ministres. 

Alors que l'enjeu pour le gouvernement est de réussir à faire passer un budget sans être censuré, le projet présenté aujourd'hui - dans des circonstances politiques et économiques très contraintes - n'enthousiasme pas non plus le camp présidentiel. "Cette copie est insatisfaisante. Ce n'est pas le budget que nous ferions si nous avions une majorité absolue", a ainsi concédé Paul Midy (Ensemble pour la République). Ajoutant cependant : "Il vaut mieux un mauvais budget, un budget insatisfaisant que pas de budget".

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Roland Lescure a sacrifié à une autre tradition, en ramenant quelques victuailles aux députés de la commission. Cette année, le Franco-Canadien a fait dans le sucré, en présentant des trous de beigne aux élus, une spécialité frite du Canada. "Ils n'ont pas de sucres ajoutés, ni d'additifs, et ne seront pas taxés", a plaisanté le ministre de l'Économie, en référence à une mesure contenue dans le projet de budget.