Cancer du sein: la France est le deuxième pays le plus exposé au monde et on ne sait pas pourquoi, pointe un rapport parlementaire

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Image d'illustration. CC Michelle Leman via Pexels
par Maxence Kagni, le Mercredi 21 octobre 2026 à 17:35

Dans un rapport parlementaire sur la santé des femmes rendu public ce mercredi 21 octobre, les députées Sandrine Rousseau (Écologiste et Social) et Prisca Thévenot (Ensemble pour la République) insistent sur la prévalence du cancer du sein en France, extrêmement élevée, et demandent un "vaste programme de recherche" pour comprendre les raisons de ce "triste record".

S'agissant du cancer du sein, la France "fait figure de triste exception" dans le monde. Les députées Sandrine Rousseau (Écologiste et Social) et Prisca Thévenot (Ensemble pour la République) dévoilent, ce mercredi, les conclusions de leur rapport d'information "sur la santé des femmes". "Selon le Centre international de recherche sur le cancer, la France occupe désormais le deuxième rang mondial pour l’incidence du cancer du sein, devant la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, qui la devançaient jusqu’alors", écrivent-elles. 

En 2024, la France a enregistré 103,4 cas pour 100 000 habitantes : seule l'Australie fait pire, avec 103,5 cas pour 100 000 habitantes. La mortalité liée aux cancers du sein est également "supérieure aux moyennes mondiale et européenne" : "Elle dépasse de 45% celle de l’Espagne chez les 0-85 ans, et de 82% celle de la Norvège et de la Suisse chez les moins de 49 ans", indiquent Sandrine Rousseau et Prisca Thévenot.

L'explication, "on ne la cherche guère", déplorent les députées

"Comment donc expliquer ce triste record français ?", interrogent les deux parlementaires, qui ajoutent que les spécialistes qu'elles ont interrogé "ne cachent pas leur désarroi". "Personne ne sait comment l'expliquer, c'est bien là le problème", leur a répondu le docteur Jérôme Barrière, membre du conseil scientifique de la Société française du cancer. 

Les deux élues écartent d'emblée l'hypothèse d'un dépistage qui serait plus efficace en France et qui expliquerait pourquoi on détecte autant de cancers en France : "La France a le taux d'incidence le plus élevé [en Europe] chez les femmes de moins de 50 ans, qui ne sont pourtant pas visées par le dépistage automatique", notent d'ailleurs Sandrine Rousseau et Prisca Thévenot. La consommation d'alcool et le tabagisme ne peuvent pas non plus, selon les deux rapporteures, expliquer la "singularité française" étant donné que cette consommation est plus importante qu'en France dans d'autres pays. 

La courbe des cancers du sein et celle de l'exposition aux pertubateurs endocriniens semblent se suivre. Docteur Emmanuel Ricard, porte-parole de la Ligue contre le cancer, cité dans le rapport 

Le surpoids ne peut pas non plus être la raison de ce taux élevé de cancers du sein, puisque les Françaises sont les femmes les moins en surpoids de toute l'Union européenne. "Les principaux facteurs de risques identifiés des cancers du sein que sont l’alcool, le tabac et le surpoids ne permettent pas d’expliquer la prévalence accrue du cancer du sein en France par rapport aux autres pays européens", soulignent en conséquence Sandrine Rousseau et Prisca Thévenot.

"L’explication est donc à chercher ailleurs et pour le moment on ne la cherche guère, alors qu’il s’agit là d’un enjeu majeur de santé publique", déplorent les deux députées, qui proposent notamment - parmi les 26 recommandations relatives au cancer du sein qu'elles formulent - de "financer un vaste programme de recherche à caractère pluridisciplinaire afin d'identifier les causes de la prévalence supérieure du cancer du sein en France". Elles préconisent en particulier de "mettre l'accent sur les facteurs environnementaux, à commencer par les perturbateurs endocriniens et les pesticides".

Renforcer l'information sur les perturbateurs endocriniens

Afin de prévenir la survenue de cancers, Sandrine Rousseau et Prisca Thévenot souhaitent aussi "renforcer l'information des consommateurs" en indiquant "obligatoirement la présence de perturbateurs endocriniens" sur l'étiquetage des produits. Et proposent d'interdire la présence de perturbateurs endocriniens dans les produits de consommation et les bâtiments publics "sauf quand leur utilisation est reconnue essentielle à la société".

En outre, les corapporteures recommandent de "mettre en place une taxe pollueurs sur tous les produits pesticides" et de l'étendre aux industries chimique, cosmétique et à agroalimentaire pour les produits contenant des "polluants chimiques toxiques". Autre recommandation : "Mettre fin à l’exception française permettant d’utiliser des engrais phosphatés avec des taux de cadmium s’élevant à 90 mg/kg alors que la limite fixée à l’échelle de l’Union européenne depuis 2019 s’élève à 60 mg/kg". Une mesure qui "n'aura des effets que sur le long terme", précisent-elles cependant.

Des progrès à faire en matière de dépistage

Dans leur rapport, la députée écologiste et sa collègue du parti présidentiel notent que le taux de participation aux campagne de dépistage recule : il était de 46 % en 2023, un chiffre en baisse de 6 % depuis 2011 et loin de l'objectif de 70 % fixé par l'Union européenne. Sandrine Rousseau et Prisca Thévenot proposent donc de rendre obligatoire la participation au dépistage pour les centres d'imagerie, de développer le parc des unités mobiles de dépistage (les "mammobiles"), ou encore de "prévoir des campagnes de sensibilisation annuelles à l'autopalpation des seins, y compris dans les établissements scolaires".

Les deux députés constatent, par ailleurs, que souffrir d'un cancer du sein coûte cher: "Le reste à charge reste très élevé : 1 549 euros en moyenne, selon l'évaluation de la Cour des comptes portant sur la période 2015-2025", soulignent-elles. Un montant qui "pousse les patientes les plus modestes à renoncer à certains soins". En conséquence, Sandrine Rousseau et Prisca Thévenot jugent plus nécessaire que jamais d'"adopter d'urgence les décrets et les arrêtés permettant de rendre effectives les mesures" de la loi de 2025 "visant à améliorer la prise en charge des soins spécifiques au traitement du cancer du sein", mais aussi d'"élargir l'offre de reconstruction mammaire dans le secteur public", ce qui permettra de réduire les délais d'attente et d'en abaisser le coût pour les patientes.

Les principales autres recommandations du rapport relatives ç la lutte contre le cancer du sein :

  • prévoir un financement ambitieux de la recherche sur l'exposome, c'est-à-dire le cumul des expositions à des facteurs environnementaux (non génétiques) que subit un organisme ;
  • porter le soin psychique au cœur de la cancérologie ; 
  • orienter dès la fin du traitement les patientes vers le
    dispositif Mon soutien psy ; 
  • prévoir des consultations de fin de traitement ; 
  • assurer une liaison systématique entre la médecine du travail et les services ressources humaines des entreprises en cas de reprise du travail après un cancer du sein :
  • promouvoir la prévention en milieu de travail.