Le vote pour le premier tour de la primaire sociale-démocrate est ouvert à partir de ce vendredi matin jusqu'à samedi, 20 heures. Il doit départager Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, tous prétendants à la candidature pour l'élection présidentielle. Entre nuances programmatiques et fractures assumées, voici les différentes lignes politiques qui se dégagent au travers des cinq candidats.
Des gauches "irréconciliables" ? Si un certain nombre de positions des candidats à la primaire se rejoignent dans un logiciel commun propre à la gauche sociale-démocrate, leurs différences se sont données à voir durant la campagne en amont du scrutin pour les départager. Et si tous se sont engagés à soutenir le vainqueur de la primaire, certaines divergences paraissent désormais difficiles à surmonter.
C'est une proposition qui lors du deuxième débat télévisé opposant les candidats à la primaire, a fait l'unanimité contre elle. Raphaël Glucksmann propose de baisser la CSG sur les salaires, ce afin de "rapprocher le salaire net du salaire brut". Lors du débat du 1er octobre sur France 2, Ségolène Royal a aussi dénoncé un dispositif "dangereux", revenant à "transférer vers le budget de l’État une cotisation sociale", un constat partagé par Emmanuel Maurel et Olivier Faure, ce dernier allant jusqu'à qualifier cette mesure de "vieille lune de la droite".
Le Premier secrétaire du PS souhaite pour sa part réformer la fiscalité en taxant davantage hauts patrimoines et grandes entreprises, et générer davantage de recettes pour l'Etat. "Oui il y aura une taxe Zucman", a-t-il affirmé lors du deuxième débat à propos de cet impôt plancher de 2 % par an sur les patrimoines excédant les 100 millions d'euros. Ségolène Royal souhaite pour sa part instaurer un "ordre juste fiscal", en rétablissant notamment l'impôt sur les grandes fortunes (ISF).
Pour redresser le pays, il faut investir massivement : au cœur de mon programme, il y a l'idée d'un grand emprunt national pour décarboner, réussir la transition écologique et réduire la fracture territoriale. Emmanuel Maurel le 21 septembre 2026
Emmanuel Maurel, ancien représentant de la gauche du PS siégeant désormais à l'Assemblée dans le groupe Gauche démocrate et républicaine aux côtés des députés communistes, se veut pour sa part le représentant d'"une gauche authentique". Il prône la "démondialisation" et la "démarchandisation" tout en plaidant pour la relance de la production française. Il propose notamment un "grand emprunt national" pour financer la transition écologique et "redresser le pays".
Jérôme Guedj, spécialiste en tant que député des questions liées au financement de la Sécurité sociale et au grand âge, met en avant son idée d’instaurer une "grande Sécu" du soin et de la protection. Cette couverture dite "intégrale" prendrait en charge à 100 % un panier de soins considéré comme essentiel, pour lequel les assurés n’auraient plus besoin de souscrire une complémentaire santé.
Quand on dit quelque chose, on le tient. Oui, il y aura abrogation immédiate de la réforme Borne. Olivier Faure le 4 octobre 2026
Si une mesure suscite l'unanimité parmi les candidats, c'est bien l'abrogation définitive de la réforme de 2023 sur les retraites. Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel sont pour un retour de l'âge légal de départ à 62 ans. Seul Jérôme Guedj ne défend pas le principe d'un âge pivot, plaidant pour une nouvelle réforme dans laquelle le nombre de trimestres sera modulé au regard de la pénibilité.
Lors du dernier débat, Olivier Faure s'est fendu d'un avertissement à ses concurrents : "On ne peut pas prétendre rassembler le pays quand on a la volonté de rendre les uns et les autres irréconciliables." Une référence aux "deux gauches irréconciliables", théorisées en son temps par Manuel Valls et dont Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj se font aujourd'hui les relais.
Si notre stratégie est de dire que tous les gens qui ont voté Emmanuel Macron sont des pestiférés, on va se faire plaisir entre nous, mais on ne gagnera jamais une élection. Raphaël Glucksmann le 3 septembre 2026
"Nous avons une divergence de ligne, de doctrine, de stratégie", avait lancé le 4 octobre le fondateur de Place publique à l'égard du Premier secrétaire du PS, disant ne vouloir ni des "compromissions" avec La France insoumise, ni "d'une alliance avec la droite". En septembre 2025 déjà, Raphaël Glucksmann disait la nécessité d'"assumer la rupture" avec les troupes de Jean-Luc Mélenchon. Dans un entretien accordé à Libération, il considérait en outre que "la gauche doit apprendre à ne pas être sectaire". "Si notre stratégie est de dire que tous les gens qui ont voté Emmanuel Macron sont des pestiférés, on va se faire plaisir entre nous, mais on ne gagnera jamais une élection", poursuivait à l'époque Raphaël Glucksmann.
Jérôme Guedj ancre également sa candidature dans l'opposition à Jean-Luc Mélenchon, qu'il n'avait pas hésité à traiter de "salopard antisémite" le 14 juin 2025. Le 27 août dernier, il avait appelé sur Franceinfo à la constitution d’une "dream team" de la "gauche républicaine, universaliste, laïque", là aussi en opposition à La France insoumise. Ségolène Royal et Emmanuel Maurel plaident à terme, pour le rassemblement de toute la gauche qui implique de prendre garde à ne pas ostraciser les Insoumis.
Sur un sujet historiquement cher à la gauche, à savoir le rapport à la Palestine, les candidats ont fait montre de leurs divergences, voire de lignes de fracture profondes. Alors qu'Olivier Faure n'a eu de cesse de plaider, lors des trois débats télévisés, Convention de 1948 à l'appui, pour la reconnaissance du génocide à Gaza, Raphaël Glucksmann a qualifié son attitude d'"obscène".
"Ton combat, c'est de nous faire utiliser un mot qui n'est pas reconnu par la Cour pénale internationale", a ainsi reproché Raphaël Glucksmann à Olivier Faure, lui opposant son propre "combat", à savoir "que Nétanyahou paye pour ses crimes, qu'il soit déféré devant la justice internationale". Là encore, c'est en creux la proximité avec la position des Insoumis, qui ont été parmi les premiers dans la sphère politique à faire usage du terme de "génocide" pour qualifier la situation à Gaza, qui a exacerbé les tensions entre les deux candidats.
Si les mots sont importants, il faut reconnaître le génocide. Ségolène Royal le 23 septembre 2026
Ce même sujet a été l'objet d'un autre échange tumultueux durant les débats, mais cette fois entre Jérôme Guedj et Ségolène Royal. Reprenant à son compte le terme de "génocide" lors du premier débat, la finaliste de l'élection présidentielle de 2007 avait appelé à ce que davantage de “voix israéliennes et juives” s’élèvent pour soutenir la Palestine, provoquant l’indignation de Jérôme Guedj. L’accusant de “dérive”, il avait estimé que Ségolène Royal se livrait à une forme d’”essentialisation”.
“Il faut faire attention aux mots que l’on emploie. Les Juifs ne sont en aucun cas responsables de la politique de Netanyahou”, avait également fait valoir Raphaël Glucksmann à l’adresse de Ségolène Royal. “Si les mots sont importants, il faut reconnaître le génocide”, lui avait répondu sa concurrente.
"Il faut maintenir la défense de l’Ukraine, mais il faut faire le même effort pour arrêter cette guerre", a défendu Ségolène Royal le 4 octobre, plaidant pour le dialogue et ne fermant pas la porte à la négociation avec la Russie pour tenter de mettre fin au conflit. "C'est un discours que je trouve naïf", lui a répondu Jérôme Guedj, pointant le risque d'une "paix munichoise", expression dont il avait déjà fait usage lors du précédent débat. Une référence historique à laquelle Emmanuel Maurel n'a pas souscrit, disant comprendre la position de Ségolène Royal tout en estimant que "Poutine est un prédateur qui ne veut pas négocier".
Évidemment, la guerre est effroyable, mais l'histoire européenne nous a appris qu'il y a des paix munichoises qui préparent des guerres encore plus effroyables. Jérôme Guedj le 1er octobre 2026
Élément fort de sa candidature et de son incarnation politique, Raphaël Glucksmann, qui estime avoir "prêché dans le désert" des années durant, souhaite renforcer l'aide à l'Ukraine. Considérant que "ce qui se joue, c'est l'avenir de l'Europe", il propose de saisir les avoirs publics russes pour financer ce soutien, mesure également défendue par Olivier Faure. Tous les candidats plaident d'une même voix pour ne pas remettre en cause le soutien à l'Ukraine et pour renforcer les moyens de la défense européenne.