La proposition de Gabriel Attal d'une "grande primaire des démocrates", faite mercredi 28 octobre au soir, en vue de l'élection présidentielle a été accueilli froidement dans les camps d'Édouard Philippe et de Bruno Retailleau. Seul David Lisnard, partisan d'une telle compétition, a appelé à "se dépêcher" pour l'organiser.
La proposition de "grande primaire des démocrates" émise mercredi soir par Gabriel Attal a été froidement accueillie par ses concurrents du bloc central et de la droite, directement concernés par l'appel du candidat de Renaissance à l'élection présidentielle. "Ce n'est pas ce 'en même temps' aussi cafouilleux qu'hasardeux qui permettra d'éviter un second tour mortifère entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon", a réagi sur X le patron des députés Horizons, Laurent Marcangeli.
"Qui en a compris le périmètre ? Est-on assuré que les perdants accepteraient de soutenir le vainqueur ?", s'est interrogé ce proche du maire du Havre, qui devance Gabriel Attal dans les sondages d'intentions de vote pour l'élection présidentielle de 2027.
Interrogé sur BFMTV, ce mercredi matin, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, qui soutient Edouard Philippe, a déclaré ne pas avoir "bien compris ce que proposait Gabriel Attal". "J'entends qu'on parle d'une primaire qui irait de quelque part à gauche, à quelque part à droite. (...) Qui pense sérieusement qu'on pourrait mettre dans un même programme, un même meeting, une même primaire, Raphaël Glucksmann et Bruno Retailleau ?", a-t-elle ajouté.
Bruno Retailleau justement. Son entourage a assuré à l'AFP que le projet de Gabriel Attal était "mort-né parce qu'il ne borne pas clairement le champ de la primaire et n'exclut pas Raphaël Glucksmann", le candidat issu de la primaire de la gauche sociale-démocrate. "Pour nous, une primaire qui irait de Raphaël Glucksmann à Bruno Retailleau, c'est repartir pour cinq ans de 'en même temps'", a ajouté cette source.
"Si on veut faire élire Le Pen, c'est la meilleure manière, parce que personne chez nous ne votera Raphaël Glucksmann", complète l'entourage du candidat Les Républicains, qui tacle l'initiative : "C'est la stratégie d'Emmanuel Macron sans la finesse d'Emmanuel Macron."
Il va falloir que ceux qui continuent de s'y opposer donnent un seul argument valable. David Lisnard (Nouvelle Énergie)
La seule réaction positive est venue de David Lisnard (Nouvelle Énergie) qui s'est félicité, auprès de l’AFP, que l'idée d'une primaire ouverte qu'il "propose depuis deux ans, progresse". "Il va falloir que ceux qui continuent de s'y opposer donnent un seul argument valable. (...) Mais il faut se dépêcher car bientôt il sera trop tard", a poursuivi le maire de Cannes.
"On a le temps de l'organiser", a également estimé Hervé Morin (Les Centristes), qui avait lancé fin août une pétition pour une primaire dont la "charte des valeurs" exclut implicitement Reconquête, le parti d'Eric Zemmour et de Sarah Knafo, en exigeant un engagement "pour la construction européenne" de la part des candidats.
Anticipant les diverses réactions, l'entourage de Gabriel Attal expliquait mercredi soir qu'il "n'y aura probablement pas de consensus immédiat", mais que la primaire est "une idée qui infuse, qui progresse dans les esprits". Sont concrètement sollicités par Gabriel Attal : Edouard Philippe, Bruno Retailleau et David Lisnard. Concernant le camp social-démocrate, "je ne pense pas que Raphaël Glucksmann, qui sort d'une primaire, s'engagera dans cette voie-là", affirme un proche du candidat Renaissance.
A gauche, l'accueil de cette "grande primaire" n'a pas été meilleur. "Chaque semaine, Gabriel Attal propose à tout le monde de s'allier avec lui. Chaque semaine, tout le monde dit non", a écrit sur X le patron des députés socialistes, Boris Vallaud. "Ce n'est plus de la stratégie, c'est du démarchage téléphonique", a aussi critiqué celui qui a apporté son soutien à Raphaël Glucksmann, dans le cadre de la primaire sociale-démocrate.
De son côté, le député Arthur Delaporte, proche du premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, a parlé sur X de "primaire-bouillie" et dénoncé la poursuite du "en même temps", à savoir "un conservatisme libéral sans boussole morale (...) au point de vouloir s’allier avec le mileiste Lisnard ou le villiériste Retailleau".
(avec AFP)