Alors que leur consommation est en essor, les députés Sandrine Runel (Socialistes) et Yannick Neuder (Droite républicaine) présentent ce mercredi leur rapport sur l'exposition des jeunes aux boissons énergisantes et aux boissons alcoolisées prêtes à boire. Dressant le constat de stratégies marketing particulièrement ciblées en dépit d'effets délétères de ces boissons sur la santé des jeunes, ils formulent des mesures visant à limiter cette exposition.
Petites bouteilles colorées, canettes tape-à-l'oeil, goût "lemon" ou "tropical"... De nouveaux breuvages ont envahi les étals et l'espace numérique depuis plusieurs années, qu'il s'agisse de boissons énergisantes ou de mélanges alcoolisés prêts à boire. Les deux ayant un point commun : leurs fabricants ciblent tout particulièrement un public jeune, relayés en cela par des influenceurs et en dépit d'une consommation non dénuée de risques sur la santé. Un sujet dont Yannick Neuder (Les Républicains) et Sandrine Runel (Socialistes) se sont emparés au travers d'une mission d'information qui présente ses conclusions ce mercredi.
En toute logique, le travail des co-rapporteurs a commencé par un effort de définition. Les boissons dites "énergisantes", terme essentiellement commercial, regroupe ainsi des breuvages revendiquant des propriétés stimulantes tant au niveau physique qu’intellectuel. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), il s’agit de sodas enrichis en diverses substances déjà présentes dans l’alimentation telles que la caféine, la taurine, les vitamines, le sucre ou des extraits de plantes comme le ginseng. Ces derniers ne doivent pas être confondus avec les boissons énergétiques, dont la composition est spécifiquement conçue pour répondre à des besoins nutritionnels dans le cadre d’activités sportives.
En France, les boissons énergisantes les plus connues et les plus vendues appartiennent aux marques Red Bull et Monster Energy.
Sandrine Runel et Yannick Neuder se sont par ailleurs penchés sur les boissons prêtes à boire, de l’anglais ready-to-drink, lorsqu’elles étaient alcoolisées. Il s’agit de produits prêts à la consommation, généralement composés d’un mélange entre un spiritueux et un soda, un jus ou encore une boisson énergisante. En France, les principaux acteurs du marché sont Cody’s Drinks, Lavish, Damoiseau, Féfé ou Smirnoff. De grandes marques telles que Pernod Ricard ou Campari ont récemment lancé leur propre gamme de boissons alcoolisées prêtes à boire.
Au même titre que les sodas et en tant que produits alimentaires ultra-transformés, la consommation de boissons énergisantes augmente le risque de maladies chroniques, relèvent les députés, notamment en raison des additifs présents dans ces produits. "Outre les édulcorants, arômes ou autres substances, les boissons énergisantes contiennent une importante quantité de sucre, dont les effets sur la santé humaine ne sont plus à démontrer", soulignent les co-rapporteurs dans leur rapport.
Par ailleurs, sur l'incidence des substances excitantes présentes dans ces boissons, le rapport cite une étude allemande ayant mis en évidence que près de la moitié de la cohorte d'adolescents suivis et consommateurs de ces boissons avaient témoigné d’effets indésirables tels que "des palpitations, des accélérations du rythme cardiaque, des troubles du sommeil, des maux de tête ou des sensations d’oppression dans la poitrine". L’Autorité européenne de sécurité des aliments indique pour sa part qu’à court terme, la caféine peut "affecter le système nerveux central" et avoir des conséquences en termes de sommeil, de comportement, d'anxiété, en particulier chez les adolescents.
Mais c'est surtout sur le risque associé à la consommation de boissons alcoolisées prêtes à boire que les députés sonnent l'alerte. Une nocivité avant tout liée à l'alcool, ces boissons "atteignant ou dépassant bien souvent la dose quotidienne recommandée en un seul contenant". Une cannette de la marque Vody titrant à 22 % contiendrait ainsi, à elle seule, "plus de quatre unités standard d'alcool", les rapporteurs relevant que "dans une seule canette de Vody se trouve autant d’alcool pur que dans quatre doses de vodka, quatre demis de bière blonde – soit un litre de bière – ou encore quatre verres de vin rouge standards à 12 %".
Les députés pointent par ailleurs la combinaison de l'alcool aux autres substances présentes dans certaines de ces boissons. "Les produits excitants, avec lesquels elles peuvent être associées, réduisent la perception d’ivresse", notent-ils aussi, alertant sur le risque d'une consommation d'autant plus excessive qu'elle peut passer inaperçue.
Sandrine Runel et Yannick Neuder portent plusieurs recommandations pour remédier à cette exposition spécifique des jeunes. Ils souhaitent notamment "interdire la vente de boissons énergisantes aux mineurs de moins de 16 ans et, par voie de conséquence, la vente de boissons énergisantes dans des distributeurs automatiques".
Ils proposent par ailleurs de "faire véritablement respecter l’interdiction de la vente d’alcool aux mineurs en renforçant les contrôles et la responsabilité des vendeurs". Il s'agirait notamment, sur le modèle allemand, d'instaurer une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 euros en cas de vente d’alcool à des mineurs.
Les co-rapporteurs préconisent également d'étendre la taxe "prémix", qui existe déjà, à tous ces produits présentant un titre alcoométrique volumique supérieur à 12 %. Ils souhaitent en outre rendre obligatoire l’apposition du message de prévention "l’alcool est dangereux pour le santé" sur tous les contenants de boissons alcooliques titrant plus de 18 %, et mettre un terme à l’autorisation de publicité en ligne au bénéfice de ces boissons.
Si ces différentes recommandations devraient se traduire par des amendements au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, les députés comptent également déposer une proposition de loi spécifique afin de limiter l’exposition des mineurs et jeunes adultes à ces boissons.