Fin de vie, violences sexuelles, migrants, IA... Ces sujets et messages politiques sur lesquels le pape est attendu lors de sa visite en France

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Le pape Léon XIV en 2025 (© Wikimedia)
Le pape Léon XIV en 2025 (© Wikimedia)
par Raphaël Marchal, le Jeudi 24 septembre 2026 à 18:20

Le pape Léon XIV sera en France à partir de demain, vendredi 25 septembre, et jusqu'à lundi 28 septembre. Cette visite devrait être l'occasion pour le souverain pontife s'exprimer sur des sujets sur lesquels il est attendu et de délivrer des messages sur des thèmes qui font l'objet de débats politiques. 

C'est un programme chronométré qui attend Léon XIV en fin de semaine. Le pape atterrit à Paris ce vendredi à 10h à Paris et repartira pour Rome lundi soir depuis Metz. Entre ses deux vols, le chef de l'Église catholique multipliera les visites, célébrations, messes, rencontres et veillées. Durant cette succession d'évènements, la parole du souverain pontife américain est attendue sur différentes thématiques et pourrait revêtir des accents politiques.

Léon XIV est particulièrement attendu sur le sujet des violences sexuelles, alors que l'Église de France - et ailleurs dans le monde - est secouée par de nombreuses affaires. Un rapport de 2021 estimait à 330 000 le nombre de victimes mineures depuis 1950. Et des révélations particulièrement retentissantes ont encore eu lieu ces dernières années, dans le cadre de l'affaire Bétharram et à propos de l'abbé Pierre.

Le pape rencontrera dimanche sept victimes de violences sexuelles à Lourdes, dont un ancien élève de Bétharram, selon Ouest France. Le format retenu a toutefois été critiqué par plusieurs collectifs, dont celui de Bétharram, qui a dénoncé début septembre un "mépris institutionnel". L'Église a, quant à elle, fait valoir la volonté du pape de priviléger les échanges interpersonnels, lors d'une rencontre privée, loin des caméras.

Fin de vie et intelligence artificielle

C'est un sujet de tension entre l'Église et les responsables politiques favorables à la loi sur le droit à l'aide à mourir, définitivement adoptée en juillet dernier. Après un long processus législatif, le texte a été promulgué cet été, en dépit des critiques et des doutes de l'institution religieuse. Dans ce contexte, le choix de la devise retenue pour le voyage du pape - "Pour que le monde ait la vie" - a pu être vu comme une critique indirecte de la l'évolution législative souhaitée par Emmanuel Macron et votée par le Parlement. 

Selon Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions interrogé par l'AFP, Léon XIV, même s'il choisit d'évoquer le sujet, ne devrait pas émettre de critiques frontales. "Il pourrait par contre clairement évoquer la nécessité de prendre soin des personnes âgées et fragiles."

Par ailleurs, le chef de l'Église catholique pourrait évoquer l'intelligence artificielle, un sujet qu'il a déjà abordé dans sa première encyclique dévoilée en mai, et intitulée Magnifica humanitas (Magnifique humanité). Dans celle-ci, le pape appelle à préserver la "dignité humaine" face à la révolution que constitue l'intelligence artificielle. Le 16 septembre, depuis le Vatican, il a de nouveau mis en garde contre la tentation de déléguer à l'IA des décisions qui devraient seulement relever de la responsabilité humaine et s'est en outre inquité de l'impact de cette technologie sur les relations humaines.

Une attention particulière aux migrants

Samedi matin, le pape se rendra dans le 18e arrondissement de Paris, au centre d'accompagnement et d'intégration sociale Maison Bakhita, dédié aux personnes exilées. Un choix fort selon les responsables de la structure, alors que l'immigration est un thème qui anime déjà largement la campagne présidentielle française. Le pape américain, petit-fils d'immigrés, a pris à plusieurs reprises la défense des migrants depuis son arrivée à la tête de l'Église. 

Six personnes de nationalité et de confession diverses rencontreront Léon XIV dans les locaux de cette association rattachée au diocèse de Paris. La Maison Bakhita, qui porte le nom d'une esclave soudanaise devenue religieuse puis canonisée, voit dans cette visite une "reconnaissance de son action" en faveur de l'accueil des migrants. 

"Ce n'est pas anodin. En cette année qui s'annonce chahutée en France, face aux difficultés financières et aux réponses simplistes et brutales qui touchent les personnes exilées, le pape vient dire aux Français que, quelles que soient nos convictions politiques, nous avons en commun d'être tous des êtres humains et le droit à la dignité", a déclaréà l'AFP la présidente de l'association, Valérie Moniod.

Multilatéralisme et dialogue interreligieux

Vendredi après-midi, après une matinée à l'Élysée, Léon XIV se rendra au siège de l'Unesco, l'organisation des Nations unies qui promeut la coopération dans des domaines aussi variés que l'éducation, la science, la culture et la communication.

Cette visite constitue un "message politique pour défendre le multilatéralisme", a estimé le directeur général de l'Unesco, Khaled El-Enany, dans un entretien à l'AFP. Le choix du pape n'est en effet pas anodin : sa visite intervient alors que deux pays membres, dont les États-Unis, vont quitter l'organisation le 31 décembre. L'administration de Donald Trump, a notamment accusé l'Unesco de "parti pris anti-israélien" et lui reproche de promouvoir des causes "sociales et culturelles clivantes".

Depuis le début de son pontificat, Léon XIV insiste beaucoup sur le rôle de l'Europe par rapport à l'impérialisme de certains États. Le pape achèvera sa visite à Metz, sur les traces de Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Union européenne. Il devrait saluer la mémoire de l'ex-ministre des Affaires étrangères français - dont l'Église a entamé le procès canonique en vue de sa béatification.

Dans la ville lorraine, le souverain pontife rencontrera les responsables des principaux cultes en France, avec lesquels il signera une déclaration commune. Dans la foulée, il prononcera un discours sur les "racines de l'Europe pour la paix et l'unité", qui sera introduit par Emmanuel Macron. Les dirigeants des 26 autres pays de l'Union européenne ont été conviés, a annoncé ce mardi la présidence de la République.

Cette séquence placée sous le sceau de la coopération et du dialogue interreligieux marquera la fin de la visite de Léon XIV : après une déambulation à Metz et une ultime messe donnée dans la cathédrale Saint-Étienne, le chef de l'Église catholique s'envolera vers Rome dans la soirée du lundi 28 septembre.