Présidentielle 2027: derrière le phénomène des réseaux sociaux, qui est David Lisnard?

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David Lisnard
David Lisnard - AFP
par Pierre Levrel, le Mardi 13 octobre 2026 à 13:35, mis à jour le Mardi 13 octobre 2026 à 20:50

Le maire de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard, candidat à l'élection présidentielle sous la bannière "Nouvelle Énergie", rencontre une campagne dynamique en ligne. Réseaux sociaux, site de paris financiers, institut de sondage… Le président de l'Association des maires de France (AMF) parvient à se faire une place dans les conversations, mais doit encore convaincre de sa capacité à traduire cette notoriété virtuelle dans les urnes.

"Quelque chose se passe". Le hashtag, désormais populaire sur TikTok et sur Instagram, aurait pu relever de la méthode Coué pour le maire de Cannes, parti en position d'outsider dans la course à l'Elysée. Mais des centaines de contenus dépeignant David Lisnard en sauveur du pays (parfois au second degré) l'ont inscrit sur la liste des prétendants identifiés à l'élection présidentielle, ces dernières semaines.

Pour alimenter sa campagne, engagée en mars 2026, David Lisnard peut compter non seulement sur des relais locaux actifs, mais aussi sur des formats moins orthodoxes. Sur TikTok, des dizaines de vidéos façonnent sa stature d'homme providentiel, sur des musiques entêtantes, soulignant qu'il a pleinement adopté les codes de la plateforme.

Cette visibilité se traduit par une forte hausse de ses abonnés et de l'engagement qu'il suscite en ligne. David Lisnard compte environ 400 000 abonnés sur Instagram, soit quatre fois plus que Bruno Retailleau, pourtant patron des Républicains. En quelques semaines, la communauté du maire de Cannes a doublé sur ce réseau social. Sur TikTok, il atteint près de 80 000 abonnés, soit quatre fois plus qu'à la fin de l'été. Une progression qui mesure l’intérêt suscité par ses contenus, sans pour autant préjuger d’une adhésion à son projet.

Star des marchés prédictifs

Autre manifestation de sa visibilité : les marchés prédictifs. Sur Polymarket par exemple, plateforme de paris dont l’offre n’est pas autorisée en France, les anticipations des parieurs ont placé David Lisnard devant Jean-Luc Mélenchon pour une victoire à la présidentielle. Ces hypothèses, sur lesquelles les participants engagent de l’argent sous forme de cryptomonnaie, ne constituent toutefois pas un sondage d’opinion, ni une mesure du soutien électoral assuré au maire de Cannes.

Or, ces événements trouvent un écho puissant dans le paysage médiatique : Le Figaro, Le Point, BFMTV, La Dépêche… Plusieurs rédactions se sont penchées sur l'ascension de l'ex-LR sur les réseaux sociaux. Peu testé dans les sondages aux côtés des candidats pour 2027, David Lisnard a trouvé une place dans le dernier baromètre Ifop-Fiducial. Selon l'enquête, il collecterait 3,5% des intentions de vote.

Thierry Devars, docteur en sciences de l'information et de la communication au Celsa, s'étonne : "On pense à la pièce En attendant Godot : quelque chose se passe, mais quoi ?". Le chercheur rappelle que les campagnes en ligne ont occupé une place croissante en politique, à partir de 2007, avec la candidature de Nicolas Sarkozy. Progressivement, le numérique a acquis une position "de centralité dans la communication politique", consacrant "une porosité entre les pratiques politiques et les industries culturelles". S'il est difficile de déterminer si David Lisnard pourra capitaliser sur ce moment, il est placé de facto sur la liste "des premiers de cordée" - une trajectoire encore légitimée par sa reprise dans les médias traditionnels, qui "labellisent" sa candidature.

La question d'une alliance

Pour Sophie Mouysset, en charge des médias pour le parti Nouvelle Energie, de David Lisnard, cette viralité salue d'abord un "travail de fond" engagé depuis vingt ans. La campagne en ligne ? "Pour nous, c'est tout benef' !", assume-t-elle. L'opportunité pour des internautes de découvrir le candidat et son engagement.

La notion de "bulle informationnelle", ou la dimension artificielle de la viralité en ligne, seraient contredites matériellement. Nouvelle Energie serait passé "de 30 000 à 55 000 adhérants payants" depuis un mois. Par ailleurs, ses nombreuses apparitions médiatiques du moment auraient été programmées "il y a plusieurs mois", en particulier l'entretien fleuve donné au Crayon, le 11 octobre. 

Fort de cette notoriété, le maire de Cannes se fait l'avocat toujours plus pressant d'une primaire de la droite et du centre, qui réunirait "tous les candidats qui se reconnaissent dans cette dénomination" - jusqu'à Eric Zemmour, si tel était son cas. "Mathématiquement, personne ne plie le match sans primaire", défend encore Sophie Mouysset. L'union derrière un candidat unique permettrait d'éviter "ce que propose le Rassemblement national [...] et ce que propose l'extrême gauche", a martelé David Lisnard le 10 octobre, sur BFMTV. 

Partisan d'un libéralisme "illibéral"

Sur le plan politique, le président de l'AMF se revendique d'une ligne "libérale", qui vise à lutter contre la bureaucratie française. En ce sens, il s'inscrit dans l'idéologie du président argentin, Javier Milei. En janvier, il avait rédigé une tribune au JDNews saluant les résultats économiques enregistrés à Buenos Aires. La recette du succès, pour le pays sud-américain ? "Une vision cohérente à travers la condamnation du wokisme, de l’étatisme, du collectivisme et de l’égalitarisme qui sont intrinsèquement liés et partagent une matrice commune." Le candidat se revendique encore de Margaret Thatcher, de Charles de Gaulle ou encore Georges Pompidou, auquel il a consacré un livre.

Raphaël Morisset, docteur en science politique, chercheur à la George Washington University, détaille : "On peut adopter une certaine réserve vis-à-vis de l’emploi de [l']étiquette 'libérale' concernant David Lisnard, puisqu’il s’agit d’un 'libéralisme' qui est très illibéral sur le plan politique et sociétal". Pour l'universitaire, le maire de Cannes "s’inscrit dans la continuité d’un courant du libéral qu’on qualifie de  'conservateur' qui fait de la lutte contre l’Etat-providence un impératif politique voire une nécessité existentielle pour la survie de la 'nation'". Le recours au terme "libéral" le distingue néanmoins de ses opposants à droite, qui se qualifient plus volontiers de conservateurs ou d'illibéraux.

En parallèle de la course à l'Elysée, le président de l'Association des maires de France (AMF) se présente à sa succession, fin novembre. Il a pour concurrent le maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent. Reste à savoir si David Lisnard pourra transformer cette visibilité numérique en soutiens électoraux et s’imposer dans une droite où il plaide pour une candidature commune.