Premier à être auditionné par la commission d'enquête créée à la suite des violences du 17 octobre, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a réaffirmé que cette journée constituait "un échec", dont il a assumé la responsabilité. Ce mardi 3 novembre devant les députés, il a également évoqué un phénomène "inédit" au travers de la "conjonction de risques qui sont arrivés au même moment", simultanéité dont il a reconnu qu'elle n'avait pas été suffisamment anticipée.
"Je le redis, le bilan de la journée du 17 octobre est un échec". Rappelant avoir proposé sa démission dès le lendemain de cette journée de mobilisation sociale en marge de laquelle plusieurs villes ont été frappées par des scènes de violences et de pillages, Laurent Nuñez a réaffirmé, ce mardi 3 novembre, qu'outre la responsabilité première des casseurs, cet échec lui incombait. "Quand il y a des troubles aussi graves, un ministre de l'Intérieur est responsable par principe", a-t-il ainsi estimé, toujours en fonction puisque le président de la République, Emmanuel Macron a refusé sa démission.
Sous le feu roulant des questions des membres de la commission d'enquête consacrée aux événements survenus lors de cette journée, le locataire de la place Beauvau a évoqué un "défaut d'anticipation" ne pouvant être réduit "à un simple sujet de chiffres", pointant au-delà du volume de "casseurs" et de "pilleurs", ainsi que de celui des forces de l'ordre pour y faire face, "une conjonction de risques qui sont arrivés au même moment".
"Le 'delta' ne se jouait pas tant dans la prévision du nombre de participants attendus que dans l'intensité des violences de ce jour-là", a expliqué Laurent Nuñez, ajoutant qu'"un dispositif policier plus étoffé en volume d'effectifs déployés n'aurait sans doute pas permis à lui seul d'empêcher les incidents constatés".
Disant avoir été informé par le renseignement, et notamment par la note des services territoriaux produite le 15 octobre, du "potentiel insurrectionnel" de la mobilisation, il a indiqué qu'il n'ignorait pas que "la mouvance d'ultra gauche prévoyait de se glisser dans ce mouvement pour fédérer autour d'elle, et le transformer progressivement en émeute et en insurrection".
"Le risque de pillages par des militants radicalisés, mais également par de jeunes délinquants, est également évoqué", a-t-il fait savoir aux députés au regard de cette note, tout comme la résurgence, "sous une forme différente", du mouvement des gilets jaunes. En somme, "l'ensemble des risques qui étaient attendus se sont avérés", a résumé le ministre de l'Intérieur, ce qu'il a qualifié d'"assez inédit" à l'aune des mouvements sociaux de ces dernières années.
Il y a eu un défaut d'anticipation qui est d'abord le mien. Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur
En plus du maintien de l'ordre qu'il fallait assurer autour du principal cortège de manifestants, Laurent Nuñez a fait valoir qu'à Paris, les forces de l'ordre avaient été mobilisées "tout l'après-midi" sur la place de la République lors d'affrontements face à des "black blocs", tandis que des "cortèges sauvages" souhaitaient se diriger vers les lieux de pouvoir. A cette simultanéité de phénomènes se sont ajoutés, a-t-il dit, les pillages menés par des "délinquants d'opportunité". "Les uns et les autres se sont en partie entraînés", a analysé le ministre, soulignant que c'est parce qu'il y avait eu "une dégradation de la physionomie" de la manifestation que les pillages avaient pu s'exercer, les effectifs policiers ayant été dispersés.
Une simultanéité qui n'a pas été suffisamment anticipée pour le 17 octobre, mais largement prise en compte lors de l'acte II du 24 octobre, a indiqué Laurent Nuñez, qui a aussi fait état d'une "combinaison de décisions opérationnelles et administratives" ayant permis que cette journée se passe dans des conditions plus favorables que la précédente. Et d'évoquer pêle-mêle un "meilleur pré-positionnement des forces de l'ordre pour mieux encadrer les cortèges" et "les nombreux contrôles de flux et fouilles effectués sur réquisition des procureurs pour saisir le matériel interdit".
Le ministre de l'Intérieur s'est également félicité de "la panoplie de mesures administratives déployées en amont par les préfets", dont les interdictions partielles de manifestations ou la négociation de parcours en dehors des centres-villes, avant de souligner que "la mouvance" avait pu être cantonnée au sein des cortèges et ne s'était pas "éclatée", comme à l'occasion de la journée du 17 octobre.