Accord avec LFI, Moyen-Orient, pouvoir d'achat: ce qu'il faut retenir du premier débat de la primaire de gauche

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Premier débat de la primaire de gauche, sur LCI (LCI-TF1).
Premier débat de la primaire de gauche, sur LCI (LCI-TF1).
par Ivan ValerioSoizic BONVARLET, le Mercredi 23 septembre 2026 à 23:29, mis à jour le Jeudi 24 septembre 2026 à 00:17

Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel se sont retrouvés ce mercredi soir pour le premier débat de la primaire socialiste, organisé par LCI. Propositions, désaccords, échanges marquants… Voici ce qu’il faut retenir de cette première confrontation.

Pour leur premier débat, les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate ont affiché des convergences mais aussi de profondes fractures. Sur le volet social, ils souhaitent mieux rémunérer le travail, soutenir le pouvoir d’achat et conditionner les aides aux entreprises. Sur d'autres sujets, comme l'international et les possibles alliances politiques à gauche, en particulier avec LFI, les échanges ont été plus vifs.

LCP résume les passages marquants. 

  • Union de la gauche ou rupture avec LFI  : la fracture stratégique éclate entre les candidats

"Pas d'insulte". C'est sans doute le passage qui a le plus fracturé les candidats de la primaire, après trois heures de débats. La possibilité d’un accord avec La France insoumise fait apparaître une fracture nette entre les candidats, Jérôme Guedj parlant d'une "soumission" au mouvement de Jean-Luc Mélenchon en cas d'alliance. Raphaël Glucksmann ferme lui aussi explicitement la porte : "Il n’y aura pas d’accord à la présidentielle avec les insoumis, ni aux législatives", estimant qu’il faut "reprendre confiance dans notre propre famille politique". De son côté, Jérôme Guedj défend une ligne proche et veut incarner "la gauche républicaine", il reproche à Olivier Faure ses ambiguïtés et juge qu’un front républicain incluant LFI serait voué à l’échec.

En face, le premier secrétaire du Parti socialiste assume la nécessité de maintenir des convergences avec les insoumis au Parlement, rappelant que les socialistes "votent à 80 % avec les insoumis actuellement". Lui préfère cibler Marine Le Pen, "le vrai danger". Emmanuel Maurel et Ségolène Royal refusent, eux, de faire de Jean-Luc Mélenchon le centre de la stratégie. Emmanuel Maurel reconnaît qu’"il y a un problème avec LFI", mais pose la question de l’alternative et rejette l’idée d’un rapprochement avec la droite.

  • Carburants : des convergences sur des mesures de court et de moyen terme

Au regard de la crise sociale liée au coût des carburants, les candidats se retrouvent tant sur le diagnostic que sur un certain nombre de solutions. Et c’est l’horizon d’une électrification des usages qui fait l’unanimité, même si tous les candidats s’accordent sur le fait que la crise actuelle nécessite des mesures d’urgence. À cet égard, Raphaël Glucksmann comme Olivier Faure prônent des aides “ciblées”, le fondateur de Place Publique évoquant un “triplement du chèque énergie”, mesure qu’il réserve aux “classes populaires et moyennes qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler”. 

Ségolène Royal marque sa différence, prônant un plafonnement de l’essence pour tous les Français à 1,70 euros le litre jusqu’au 31 décembre, disant vouloir s’inspirer de “l’exemple espagnol”.

C’est par ailleurs Total qui fait l’unanimité, à ses dépens, parmi tous les candidats. “Il faut taxer Total”, martèle Olivier Faure, évoquant le plafonnement des marges du pétrolier tout en s’attaquant à ses superprofits. “Il y en a marre que le gouvernement français se fasse le lobbyiste à Bruxelles de Monsieur Pouyanné, le patron de Total”, lance à son tour Raphaël Glucksmann après avoir rappelé qu’“à chaque guerre, les multinationales-fossiles font des bénéfices énormes”. Au-delà du pouvoir d’achat des Français, le député européen fait valoir que “si on veut faire la transition écologique, il faudra, oui, heurter de grands intérêts”. Emmanuel Maurel tout comme Jérôme Guedj plaident également pour plafonner les marges des raffineurs et des distributeurs. 

  • Passe d’armes entre Royal et Glucksmann sur la stratégie face à Moscou

Sur l'Ukraine, les candidats partagent le constat qui voit la Russie comme "une menace" pour la sécurité européenne. Mais ils divergent sur la réponse à apporter. Comme attendu, Raphaël Glucksmann porte la ligne la plus offensive à l'égard de la Russie. Il demande une aide militaire accrue et la protection du ciel ukrainien, "comme cela a été fait avec les Emirats arabes unis" lors du conflit avec l'Iran. Olivier Faure insiste sur le caractère existentiel du conflit pour l'Europe : "Si nous ne comprenons pas que c'est aux portes de l'Europe que se joue notre avenir, nous ne comprenons rien". 

Ségolène Royal se distingue en mettant en avant la diplomatie et la nécessité d'une négociation. "Il faut un équilibre entre la force de défense et la force de négociation", assure-t-elle, s'opposant ainsi notamment aux lignes défendues par Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj. Cela a été l'occasion de la première pique ouverte entre les candidats, quand Ségolène Royal a lancé au leader de Place publique : "Vous-même, vous avez dit qu’il fallait aller jusqu’à Moscou…". Ce à quoi il a répondu avec sarcasme : "Vous me confondez avec Napoléon, non ? Encore un autre stagiaire", en référence à une attaque récente de l'ancienne finaliste de la présidentielle. 

Emmanuel Maurel en profite lui pour faire une critique plus large des nationalismes, en citant également Donald Trump ou Benjamin Netanyahu. Il défend essentiellement une modernisation de l'armée française, en matière de cybersécurité ou de drones.  

  • Israël-Palestine : le débat des mots, Guedj accuse Royal de “dérive”

Sur la situation au Moyen-Orient, c’est un débat sémantique qui a en partie occupé les candidats à la primaire. Et notamment sur le terme de “génocide”, Olivier Faure faisant valoir que “quand on ne nomme pas les choses, on ne met pas fin au malheur du monde”, et que caractériser pour le dénoncer le génocide à Gaza constituait la première manière de le combattre.

Ségolène Royal s’est dite “100% d’accord” avec les propos du premier secrétaire du PS. Reprenant le terme de “génocide”, elle a appelé à ce que davantage de “voix juives” s’élèvent en France contre la situation qui sévit actuellement dans la bande de Gaza, provoquant l’indignation de Jérôme Guedj. L’accusant de “dérive”, il a estimé que l’ex-ministre se livrait à une forme d’”essentialisation”.

“Il faut faire attention aux mots que l’on emploie. Les Juifs ne sont en aucun cas responsables de la politique de Netanyahou”, a également déclaré Raphaël Glucksmann à l’adresse de Ségolène Royal. “Si les mots sont importants, il faut reconnaître le génocide”, lui a répondu la finaliste de l’élection présidentielle de 2007.

  • "Le travail ne paie plus dignement": chaque candidat a sa recette pour répondre au déclassement 

Sur le pouvoir d'achat, les candidats se rejoignent dans la philosophie : le travail ne permet plus de vivre suffisamment dignement pour beaucoup de Français. Mais chaque candidat à la candidature a sa recette. Emmanuel Maurel met l’accent sur les salaires et la redistribution, avec une hausse du Smic, l’indexation des salaires sur l’inflation et la fin du gel du point d’indice des fonctionnaires. 

Ségolène Royal, comme Olivier Faure, souhaitent une grande "conférence salariale" après l'élection présidentielle, pour remettre à plat les aides aux entreprises et les conditionner à la politique salariale. Le premier secrétaire du Parti socialiste défend un Smic à 1700 euros net et propose un "bouclier logement" pour limiter à 30% la part des revenus consacrée au loyer.

Glucksmann veut s’attaquer à une France devenue selon lui une « hérito-cratie », en taxant davantage les très gros héritages et en réformant le pacte Dutreil, avec l’objectif affiché de récupérer 15 milliards d’euros. De son côté, Jérôme Guedj veut limiter les aides aux entreprises lorsque les salariés restent trop longtemps au Smic.

  • Dette : “personne ici ne veut la foutre au feu”

Alors que la dette publique est aussi, selon Ségolène Royal, une source “d’angoisse” pour les Français, la candidate exclut de “l’effacer”, ne serait-ce qu’en partie. “Si on est défaillant dans le remboursement d’une dette (...) ça nous fragilise un peu plus”, estime-t-elle, plaidant pour des mesures d’économie en supprimant certaines aides aux entreprises jugées “injustifiées”, et en menant des réformes sur le fonctionnement et le train de vie de l’Etat. Elle indique également vouloir rétablir l’impôt sur la fortune (ISF) pour faire rentrer de nouvelles recettes.

Raphaël Glucksmann considère également que l’Etat doit “montrer l’exemple”, tout en soulignant que la dette “vient avant tout de la désindustrialisation de la France”. Le représentant de Place Publique appelle à produire davantage en France pour créer davantage de richesses et sortir d’une forme de dépendance vis-à-vis des marchés financiers.

Olivier Faure choisit de marquer sa différence par rapport à Jean-Luc Mélenchon, disant préférer des pistes plus “concrètes”, et une méthode plus “réalisable” que le souhait du leader de La France insoumise d’annuler purement et simplement la dette. Et c’est le levier des recettes fiscales qu’il estime le plus à même de redresser les comptes publics.

“Je crois que personne ici ne veut foutre au feu la dette”, s’exclame Emmanuel Maurel, qui s’oppose également à l’annulation, même partielle, tout en pointant la politique de la Banque centrale européenne (BCE) qui “pose problème”. Il appelle également à “faire rentrer des recettes fiscales” et à “relancer l’activité”.

La campagne de la primaire se poursuivra dès le 1er octobre, avec un deuxième débat organisé sur France Télévisions et Radio France. Le premier tour de la primaire aura lui lieu les 9 et 10 octobre, avec un éventuel second tour les 16 et 17 octobre.