Airbus peut-il subir le même sort que l’automobile? L’avertissement de Guillaume Faury

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Le président exécutif d'Airbus, Guillaume Faury
Le président exécutif d'Airbus, Guillaume Faury
par Pierre Levrel, le Jeudi 15 octobre 2026 à 16:56, mis à jour le Jeudi 15 octobre 2026 à 17:11

Mercredi 14 octobre, la commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale auditionnait le président exécutif d'Airbus, Guillaume Faury. Le dirigeant a tiré la sonnette d'alarme concernant l'attractivité de la France et de l'Europe.

"Si on ne peut pas aller plus vite chez soi qu'ailleurs, à la fin, on va aller voir ailleurs". Le président d'Airbus, groupe privé dont les Etats français et allemand sont actionnaires à hauteur de 11% chacun, a résumé sa conception de l'attractivité française d'une formule franche.

Interrogé par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Guillaume Faury a expliqué que le coût du travail ou la "surtransposition" des directives européennes fragilisent la capacité d'investissement du groupe, exposé à un environnement hautement concurrentiel. 

Survivre à la "guerre économique"

Le président d'Airbus a repris à son compte la notion de guerre économique. "C'est le contexte dans lequel nous sommes aujourd'hui", a-t-il défendu. Or, selon lui, la conformité aux règles européennes grève la compétitivité des champions locaux. Pour illustrer la situation d'Airbus, il a recouru à une comparaison douloureuse aux oreilles des Français : l'industrie automobile.

Le secteur contribuait positivement à la balance commerciale du pays à hauteur de 14 milliards d'euros, en 2004, avant d'y contribuer négativement dans des volumes équivalents, en 2024. Il convient "de ne pas faire les mêmes erreurs", pour Guillaume Faury. L'aéronautique profite d'une position favorable remise en jeu perpétuellement. 

"Investir industriellement en France, c'est le parcours du combattant" Guillaume Faury, président exécutif d'Airbus.

La prochaine décennie sera consacrée à la transition vers "l'avion du futur", a encore avancé le président d'Airbus. En février 2027, le groupe fêtera les 40 ans de l'A320, son modèle phare - sur lequel sa prospérité future ne peut pas reposer. Or, pour être "décarbonné" et "compétitif", un nouveau modèle demande des dépenses substantielles. "On a besoin d'un environnement favorable pour faire ces investissements", a défendu Guillaume Faury devant les députés. En l'état de la réglementation, "ces investissements n'auront pas lieu, ou ils auront lieu ailleurs".

L'avenir de l'avion électrique

Illustration des chantiers d'avenir, autour desquels la compétition pourrait se cristalliser : l'avion électrique. Envisagé comme une option pour décarboner le transport aérien (Airbus s'est engagé à la neutralité carbone à horizon 2050), il pourrait reposer sur un recours à l'hydrogène, qui présente l'avantage de concentrer un fort potentiel énergétique. Or, un tel avion, bien que "techniquement possible", n'est pour l'heure pas viable économiquement. La Chine pourrait prendre les devants et tirer profit de cette technologie avant ses concurrents en Europe.

Guillaume Faury a donc plaidé pour ce qu'il voit comme une "amélioration" de la réglementation, qui permette de produire des investissements importants en direction de "l'avion du futur". Inquiet de l'attractivité actuelle de la France et de l'Europe, il a pris la défense d'un groupe européen présenté, d'une certaine façon, comme un colosse aux pieds d'argile.