Héritage, congés, enfants: une députée LFI veut créer de nouveaux droits entre amis

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par Pierre Levrel, le Vendredi 25 septembre 2026 à 09:36, mis à jour le Vendredi 25 septembre 2026 à 09:38

Clémence Guetté, députée LFI et vice-présidente de l'Assemblée nationale, propose de donner de nouveaux droits aux amis. Déposé le 15 septembre, son texte entend faire une place à l’amitié dans un droit centré traditionnellement sur le couple et la famille. Un projet que l'élue veut aussi porter dans la présidentielle de 2027 avec Jean-Luc Mélenchon.

“Mes amitiés prennent une place très importante dans ma vie”, annonce Clémence Guetté. Si la députée LFI assure que son "projet d’une politique de l’amitié n’est pas uniquement lié à sa trajectoire biographique", elle entend mettre en lumière la place des amis dans le droit français.

Le 15 septembre, la députée La France Insoumise (LFI) a déposé une proposition de loi qui vise à accorder de nouveaux droits aux amis, depuis un “baptême civil”, qui créerait des devoirs d’assistance envers les enfants, jusqu’à un congé parentalité accessible pour un proche. Si la députée a "peu d’espoir" que sa loi soit examinée par l’Assemblée, dans sa composition actuelle, ces propositions “ont été intégrées au programme de Jean-Luc Mélenchon” pour 2027. 

La proposition de loi accompagne la parution, le 27 août, du livre Pour une politique de l’amitié (La Découverte), le premier ouvrage de Clémence Guetté. Elle met en avant deux points de départ. Premièrement, les amitiés ne seraient pas suffisamment valorisées sur le plan juridique, malgré l’importance qu’elles occupent dans le tissu social - en particulier, au moment où la monoparentalité se normalise.

Un "baptême civil" contraignant

Deuxièmement, la famille et le couple seraient des espaces où s’exercent des injustices, qui n’ont pourtant pas d'alternative consacrée dans le droit. A la suite du travail organisé pour le livre (dont un colloque à l’Assemblée nationale et un sondage sur les réseaux sociaux), la vice-présidente du Palais-Bourbon a donc soumis ses propositions à l’Assemblée nationale, qui ne sont “pas l’alpha et l’oméga” de son projet, mais la première pierre d’une politique globale. 

“J’ai réalisé toutes les injustices qui touchent celles et ceux qui décident de mettre l’amitié au coeur de leur vie”

Clémence Guetté, députée La France Insoumise (LFI)

Dans sa proposition, Clémence Guetté recommande de fonder un "baptême civil" contraignant (la forme actuelle est symbolique). Il favoriserait notamment la tutelle des parrains et des marraines sur les enfants, en cas de besoin, et consacrerait leur rôle au sein des conseils de famille.

En parallèle, la proposition inaugure un “partenariat social”, qui n’est pas concurrent du Pacs ou du mariage (il peut être noué entre deux personnes engagées par ailleurs). Ce statut permettrait une transmission directe au moment de l’héritage, et donc un abattement fiscal pour les sommes inférieures à 100 000 euros. Il prévoit aussi une assistance réciproque, une aide matérielle proportionnelle aux moyens et, dans certaines configurations, une solidarité pour les dettes courantes. 

Un avant-goût du programme de Mélenchon

Enfin, le "parrainage civil" et le "partenariat social" ouvriraient droit à un congé pour un ami, au moment d’accueillir un enfant.

“Art. 381-3. - Le baptême civil place l’enfant sous la protection de ses parrains et marraines (...) dans le cas où ses parents viendraient à lui manquer"

Extrait de la proposition de loi.

La députée revendique d’inscrire l’amitié dans le programme de la France Insoumise, nourrissant “peu d’espoir quant à la possibilité d’adoption” du texte au Parlement. Sa proposition de loi est avant tout un texte symbolique, une brique supplémentaire posée à la “Nouvelle France”, une notion employée par Jean-Luc Mélenchon pour désigner les mutations sociales, économiques et “anthropologiques” de la nation.

En tant que coprésidente de l’institut La Boétie, Clémence Guetté est placée en première ligne dans ce travail théorique de La France Insoumise. Pour elle, il existe "un lien évident entre le projet politique de l’amitié et la doctrine de l'insoumission : républicanisme, féminisme, internationalisme, humanisme global et collectivisme écologique". La notion s’insère dans cet édifice qui dessine, pierre par pierre, l’idéologie insoumise. "La France a changé, revendique-t-elle, il lui fait de nouvelles lois et une nouvelle République". Des mots très en phase avec le discours habituel de Jean-Luc Mélenchon.