Au lendemain des violences qui ont marqué les manifestations du 17 octobre, Édouard Philippe et Marine Le Pen mettent en cause la responsabilité de La France insoumise. Tandis que Jean-Luc Mélenchon accuse le gouvernement d’avoir laissé la situation dégénérer. Emmanuel Macron doit prendre la parole à 20h.
Au lendemain des manifestations d'hier, samedi 17 octobre, tous condamnent les destructions. Mais avec de nombreuses nuances et différences. Édouard Philippe, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous trois candidats à l'élection présidentielle, se sont exprimés sur les événements ce dimanche soir. L'un sur BFMTV, l'autre sur les réseaux sociaux, et le dernier sur LCI. Si la dénonciation des saccages est commune, ils s’affrontent sur les responsabilités politiques et les réponses à apporter.
"La responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable", affirme Édouard Philippe, qui dénonce une "ultra-gauche organisée qui veut casser l’ordre républicain et conflictualiser le pays", sur BFMTV. L’ancien Premier ministre vise directement Jean-Luc Mélenchon, auquel il reproche sa stratégie de conflictualité. "Le projet de La France insoumise est de remettre en cause les fondements mêmes de notre République", déplore-t-il.
"La manifestation s’est transformée en affrontement avec des pilleurs et des pyromanes qui n’ont aucune revendication, sinon mettre à bas l’ordre public. Rien ne justifie ces saccages. Rien", insiste Édouard Philippe. Pour sanctionner les auteurs des violences, il défend l’instauration de peines planchers : "Je suis favorable à l’instauration de peines planchers, de peines minimales, pour que les actes commis soient sanctionnés avec la fermeté nécessaire."
L’ancien chef du gouvernement interroge également l’anticipation des événements par les autorités, notamment le travail du renseignement. Favorable à une commission d’enquête, il appelle le gouvernement à prendre ses responsabilités, tout en se gardant de condamner globalement l’action des forces de l’ordre. "Je me garderais de donner des leçons à qui que ce soit, parce que je sais combien le maintien de l’ordre est difficile", précise-t-il.
Marine Le Pen décrit, de son côté, un pays pris "entre la violence et l’impuissance". Elle attribue les destructions à une alliance entre des casseurs politisés et des délinquants issus des banlieues. Dans son intervention, elle présente LFI et les groupes antifa comme la branche politique et la branche armée d’un même courant.
"La violence n’est pas une opinion, la destruction n’est pas un mode d’expression et le chaos ne peut faire office de projet pour la France", déclare la présidente des députés du Rassemblement national. Mais sa charge vise aussi l’exécutif. "Nous avons un gouvernement qui déplore les événements sans parvenir à les prévenir, à les contrôler ou même à les gérer", accuse Marine Le Pen, qui dénonce une crise de confiance et d’autorité.
Tout en appelant "au calme, à la dignité et à la retenue républicaine", elle apporte son soutien aux policiers, gendarmes, pompiers et préfets. Sa réponse repose sur trois principes : la responsabilité des auteurs de dégradations, avec la règle du "casseur payeur", le rétablissement de l’ordre républicain et un Etat davantage à l’écoute. Elle réclame notamment des sanctions pénales et financières dissuasives, et qu'elles soient effectivement appliquées.
Mis en cause, Jean-Luc Mélenchon rejette la responsabilité des événements sur l’exécutif. "C’est de la faute du gouvernement, il n’y a que lui qui est responsable de tout ça", affirme-t-il, refusant d'opposer les pillards aux policiers. Selon lui, le conflit oppose une population et sa jeunesse à un gouvernement qui pratique "la méthode du pourrissement".
Le leader insoumis conteste la préparation et la conduite du maintien de l’ordre. "Je dis que tout cela était hautement prévisible", assure-t-il, en mettant directement en cause le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. "Le maintien de l’ordre, c’est une technique, un métier. Ce n’est pas la brutalité", poursuit-il.
Jean-Luc Mélenchon condamne aussi l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges. "Aller mettre le feu à la mairie de Limoges, c’est un crime. C’est la maison du peuple, c’est à tout le monde", déclare-t-il. Et il demande une indemnisation immédiate des commerçants touchés par les pillages.
En retrait jusqu'ici, Emmanuel Macron s'adressera aux Français ce dimanche soir à 20h, après avoir réuni à 17h30 au Palais de l'Elysée le Premier ministre et ses principaux ministres. Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu réunira, lui, demain à 10h, une cellule interministérielle de crise.