Plusieurs députés de La France insoumise mettent en cause les premières décisions de justice rendues dans le cadre des violences et des pillages qui ont eu lieu le 17 octobre. Face à des réquisitions et des condamnations qu'ils jugent excessives, ils dénoncent une "justice de classe".
Quelques jours après les scènes de violences et de pillages qui ont eu lieu dans plusieurs villes en marge des mobilisations du 17 octobre, La France insoumise dénonce une "justice de classe". Alors que les premières condamnations sont tombées, des parlementaires de gauche, pour la plupart venant des rangs du parti de Jean-Luc Mélenchon, critiquent, sur leurs réseaux sociaux, la sévérité de certaines peines prononcées à l'encontre de personnes jugées en comparution immédiate.
Un article de L'Humanité, intitulé "Prison ferme, incarcérations... après le 17 octobre, une justice expéditive pour 'faire peur' avant la prochaine manif", a été particulièrement commenté. Dans celui-ci, il est indiqué que le parquet a requis "14 mois de prison ferme avec incarcération immédiate, ainsi que la confiscation de sa voiture et de son téléphone" contre un homme jugé en comparution immédiate à Bobigny, accusé d'avoir ramassé une boîte de lait infantile devant une pharmacie pillée.
"La justice de classe se déchaîne", a commenté mercredi soir, sur X, le député Thomas Portes (LFI), alors que sa collègue Sophia Chikirou estime que "la bourgeoisie ne juge pas, elle se venge". "Ceci n'est pas de la justice", dénonce aussi l'insoumise Sarah Legrain, tandis que Antoine Léaument, qui siège lui aussi sur les bancs de LFI à l'Assemblée nationale, évoque sur son compte X une "justice de classe". Le sénateur communiste de Paris, Ian Brossat, a lui aussi critiqué cette réquisition : "À ce compte-là, Le Pen aurait dû prendre perpétuité", écrit-il sur X.
A l'instar de l'eurodéputée Rima Hassan (LFI), les parlementaires insoumis citent également d'autres affaires, pour fustiger une "justice de classe" : "Un an de prison de ferme, requise contre Ilies A., 25 ans, pour deux paires de basket ramassée dans la rue", pointe Thomas Portes sur X.
"À Toulouse, un jeune homme écope de 3 mois de prison ferme pour le vol d’une doudoune. Pour avoir volé 4 millions d’euros d’argent public, aucun membre du RN n’a pris de prison ferme", fustige de son côté le député François Piquemal (LFI). "48h pour condamner des mineurs qui ont brûlé une poubelle le 17 octobre. 5 ans pour instruire les affaires de viol en moyenne", ajoute son collègue Hadrien Clouet.
L'ancien candidat à l'élection présidentielle du Nouveau parti anticapitaliste, Philippe Poutou parle, quant à lui, d'une "guerre de classe" : "Faudrait comparer la brutalité des décisions judiciaires contre les jeunes pris dans les émeutes et vols durant les manifestations avec la précaution de celles prises contre les corrompus, voleurs, voyous comme Sarkozy, Fillon, Le Pen etc…", écrit-il sur X.
"Conformément à mes instructions aux parquets, la réponse de la Justice est ferme face aux casseurs et aux pilleurs", a réagi hier le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Le garde des Sceaux a salué sur X les 174 incarcérations jusqu'ici "ordonnées par les magistrats", avant de donner des exemples : "Individu de 21 ans condamné à 4 mois de prison avec mandat de dépôt et à une interdiction de séjour dans le département pendant 2 ans pour vol dans un lieu d’entrepôt", a notamment écrit Gérald Darmanin.
Un décompte critiqué par le député Benjamin Lucas-Lundy (Écologiste et Social) : "Pornographie judiciaire. À la tête de l’État nous n’avons pas des ministres mais des chroniqueurs de CNews", a l'élu sur ses réseaux sociaux.
Gérald Darmanin a indiqué que les 174 personnes incarcérées comprennent les condamnations en comparution immédiate avec mandat de dépôt, mais aussi les détentions provisoires. Environ 2 500 personnes ont été placées en garde-à-vue et 917 ont été "déférées avec poursuite" devant les tribunaux pour être jugées en comparution immédiate, a précisé le ministre.