Grève du 29 septembre: pourquoi les fonctionnaires réclament une hausse des salaires

Actualité
Image
Syndicats
par Pierre Levrel, le Mardi 29 septembre 2026 à 06:20

Ce mardi 29 septembre, l’intersyndicale de la Fonction publique appelle à la grève et à des manifestations. Une mobilisation qui répond aux choix budgétaires du gouvernement vis-à-vis des fonctionnaires, à l’approche de l’examen du Projet de loi de finances (PLF). Au cœur des débats, le gel du point d’indice, censé dégager deux milliards d’euros d’économies.

Depuis deux mois, la date est marquée dans le calendrier des fonctionnaires. Début juillet, les syndicats de la fonction publique* avaient appelé à la grève le 29 septembre, pour "imposer d’autres choix" dans le budget pour 2027, à la suite de négociations salariales houleuses avec le gouvernement. Les organisations avaient mis un terme aux discussions face à des mesures “très en-deçà des attentes des agents publics”.

L'intersyndicale s'inquiète en particulier d’une dégradation du pouvoir d’achat des fonctionnaires. En prévision du 29 septembre, elle porte une série de revendications pour rétablir des marges de manœuvre de façon "générale et immédiate". Le secrétaire général du syndicat Force Ouvrière, Frédéric Souillot, s'inquiète auprès de LCP : "À chaque crise, on applaudit les fonctionnaires, qui sont traités comme des tableurs Excel le reste de l'année".

Il plaide pour un dégel du point d'indice indexé a minima "à hauteur de l'inflation", une revalorisation des grilles, qui éloigne les premiers salaires du niveau du Smic, ou encore pour l'abrogation du jour de carence en cas d'arrêt. Mais le 17 septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé au Figaro qu’il planifiait de recourir à nouveau au gel du point d'indice, dans le budget pour 2027, pour la troisième année consécutive.

Les primes : une proportion croissante de la rémunération

La mesure représente un sujet de crispation majeur vis-à-vis des partenaires sociaux. En effet, le salaire des fonctionnaires, des magistrats, des militaires et des agents contractuels est dépendant de la valeur d’un point, fixée par décret. Cette valeur est multipliée par “l'indice majoré” de chaque fonctionnaire - qui dépend notamment de l’avancement dans sa carrière, ou de sa catégorie d’emploi.

Par le passé, la valeur du point d’indice suivait obligatoirement le niveau de l’inflation. Depuis 1984, elle est réévaluée à sa guise par le gouvernement, autorisant des “années blanches”. Lorsque la valeur n'est pas révisée à la hausse, les fonctionnaires voient leur revenu stagner, en parallèle d'une augmentation du coût de la vie, ce qui entraîne un appauvrissement relatif. Le gel passe pour la norme, désormais : depuis quinze ans, la valeur du point n’a augmenté que quatre fois.

L’économiste François Ecalle, conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes, relativise pour LCP : “Le salaire des fonctionnaires, ce n’est pas seulement le point”. Il rappelle que les primes occupent une place croissante dans la rémunération totale des agents publics - jusqu’à 25% en 2023.

“La hausse des primes pénalise l’équilibre financier des retraites des fonctionnaires”, François Ecalle, économiste.

Ces primes permettent à l’Etat de respecter le cadre légal en ne rémunérant aucun fonctionnaire sous le niveau du Smic, puisque ce dernier est indexé sur l’inflation. Sans elles, le salaire minimum rattraperait mécaniquement les rémunérations soumises au point d'indice, trop peu dynamique. Elles présentent deux défauts : pour les salariés, elles n’ouvrent aucun droit à la retraite, à la différence de leur salaire. Pour les caisses de retraites, elles ne dégagent pas de cotisations et fragilisent l’équilibre des comptes, déjà précaire.

*Comprenant la CGT, FO, la CFDT, l'UNSA, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC, la FA-FP.

La garantie individuelle de pouvoir d'achat

Le souci de préserver le pouvoir d’achat des fonctionnaires devant l’inflation s’est exprimé à travers un dispositif novateur, en 2008. La “garantie individuelle de pouvoir d’achat” prévoyait en effet que dans le cas d’une évolution du salaire des fonctionnaires inférieure à l’inflation, sur une période de quatre ans, la différence serait compensée par l'Etat. Condition : être rémunéré par un employeur public, pour une durée d'au moins trois ans sur la période de référence. Cette garantie n’est plus versée depuis 2024. Son rétablissement est aujourd'hui réclamé par les syndicats.