Alors que les candidats à la primaire de gauche se retrouveront, ce mercredi 23 septembre au soir, pour débattre sur le plateau de LCI, un certain nombre de leurs désaccords sont déjà connus. Et c'est en particulier sur le registre de l'expérience des uns et des autres, ainsi que de la conduite à tenir vis-à-vis de La France insoumise, qu'ils se sont jusqu'à présent affrontés.
Ils sont cinq candidats sur la ligne de départ et incarnent autant de nuances sur l'arc social-démocrate. Alors qu'il s'affronteront ce mercredi soir à l'occasion d'un débat sur LCI, que sait-on de leurs positionnements respectifs, et quels sont à ce stade les principaux points de clivages entre eux ?
Le fondateur de Place Publique l'a formulé clairement dès septembre 2025, il faut selon lui "assumer la rupture" avec La France insoumise. Dans un entretien accordé à Libération, il considérait en outre que "la gauche doit apprendre à ne pas être sectaire". "Si notre stratégie est de dire que tous les gens qui ont voté Emmanuel Macron sont des pestiférés, on va se faire plaisir entre nous, mais on ne gagnera jamais une élection", poursuivait à l'époque Raphaël Glucksmann.
Si le candidat à la primaire sociale-démocrate continue d'estimer que la gauche doit se démarquer du "populisme" et convaincre une frange des électeurs centristes afin d'être en mesure de gagner l'élection présidentielle, le fossé avec LFI s'est creusé à la faveur de la campagne des dernières élections municipales. À tel point que lors de sa déclaration officielle de candidature, le 23 août dernier sur le plateau de TF1, l'eurodéputé a affirmé qu'il n'y aurait "plus jamais d'accord" avec LFI. Et de cibler nommément son leader : "La gauche française ne se prosterne pas devant les dictateurs, elle ne fait pas de jeux de mots sur les noms juifs dans les meetings, elle ne fracture pas en permanence en surfant sur les fièvres identitaires. Il faut arrêter d’avoir peur de Jean-Luc Mélenchon".
Une manière de se démarquer de son concurrent à la primaire, Olivier Faure, qui le 13 septembre, n'a pas souhaité répondre à la question de la présence éventuelle de ministres insoumis dans son gouvernement s'il venait à gagner l'élection présidentielle. "Il n’y aura pas de place pour LFI dans mon gouvernement", a pour sa part indiqué Raphaël Glucksmann le 17 septembre. En réponse, Olivier Faure avait estimé nécessaire de rassembler "toute la gauche" pour gagner, sans pour autant parler d'un accord avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. Revenant sur ses choix à la tête du Parti socialiste, il a accusé son rival de Place publique de "cracher dans la soupe".
Le "nouveau contrat patriotique" de Raphaël Glucksmann, européen convaincu, plaide pour l'indépendance énergétique, technologique et industrielle, une "révolution écologique", ainsi que la défense de la démocratie face aux ingérences étrangères. Partisan d'une Europe fédérale, ses engagements majeurs, notamment en tant que député européen, résident dans le soutien à l'Ukraine et aux peuples opprimés - Ouïghours et Iraniens notamment -, la laïcité, ou encore la construction d'une défense européenne.
Contrairement à Raphaël Glucksmann, Olivier Faure continue de revendiquer l'héritage du Nouveau Front populaire de 2024, qui a porté ses fruits en termes électoraux. Et de plaider pour le rassemblement des électeurs de gauche afin de faire barrage à l'extrême droite.
Parfois accusé d'atermoiements au regard de ses relations avec La France insoumise, le premier secrétaire du Parti socialiste avait considéré le 17 septembre dernier que pour pouvoir mettre en place un programme de gauche, il fallait "l'asseoir sur une majorité", faisant valoir les convergences à l'Assemblée nationale entre les votes des socialistes, des insoumis, des écologistes et des communistes.
L'année dernière, Olivier Faure avait contribué à négocier un accord de non-censure avec le gouvernement sur le budget, revendiquant un certain nombre de concessions dont la suspension de la réforme des retraites. Cette année, en revanche, il ne semble rien attendre de l'exécutif. Celui qui plaide pour plus de justice sociale, notamment par une fiscalité davantage ciblée sur les ménages les plus aisés et les revenus du capital, a d'ores-et-déjà annoncé qu'en l'état actuel des annonces faites par le gouvernement sur le budget, il n'hésiterait pas à le censurer.
"Femme socialiste, j’ai fait mes preuves dans l’exercice difficile du commandement démocratique local, national et international". Ces mots de Ségolène Royal dans un entretien à Libération paru le 20 septembre, visaient particulièrement Raphaël Glucksmann. "Pour diriger un pays, il faut déjà avoir un métier. Ou avoir dirigé ne serait-ce qu’une collectivité locale ou une structure étatique et obtenu des résultats concrets positifs", avait-elle aussi considéré, apparentant le fondateur de Place publique à un "stagiaire" candidat à la plus haute fonction de l'État.
Son "expérience", Ségolène Royal la revendique en tant qu'élue - elle a notamment été présidente de la région Poitou-Charentes de 2004 à 2014 -, mais aussi comme candidate finaliste de l'élection présidentielle de 2007. Scrutin auquel elle est la seule à avoir déjà participé parmi les candidats de la primaire. Elle met aussi en avant son expérience gouvernementale, ayant été trois fois ministre, d'abord lorsque Lionel Jospin était Premier ministre lors de la cohabitation avec Jacques Chirac, puis sous la présidence de François Hollande.
Celle qui fait campagne sur "l'ordre juste", une idée qu'elle défendait déjà en 2007, et "la France tranquille" dit vouloir "réparer le climat de la Terre et le climat social". Et fait des "jeunes générations" la priorité de son programme, tant sur le volet de la protection de l'enfance que de l'avenir économique de la jeunesse.
Sur le rapport à Jean-Luc Mélenchon, point peut-être le plus clivant entre les candidats de la primaire, celle qui l'avait qualifié de candidat "le plus solide" à gauche en 2022, a indiqué le 20 septembre qu'il était hors de question, à un quelconque moment de la campagne présidentielle, "de se mettre derrière Jean-Luc Mélenchon".
À l'instar de Raphaël Glucksmann, le député socialiste Jérôme Guedj ancre sa candidature dans l'opposition à Jean-Luc Mélenchon, qu'il n'avait pas hésité à traiter de "salopard antisémite" le 14 juin de l'an dernier. Celui qui a en quelque sorte tué le père - le député a de son propre aveu été longtemps très proche de Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il incarnait la gauche du Parti socialiste -, considère aujourd'hui que sa famille politique doit se trouver à l'avant-garde du combat pour la laïcité. Une laïcité républicaine "à la française", que les insoumis ont, selon lui, piétiné.
Le 18 septembre 2025, il avait par ailleurs vertement critiqué Olivier Faure, l'accusant d'avoir suscité "un puissant malaise par-delà les frontières de la communauté juive", en appelant à faire flotter le drapeau palestinien sur les mairies le jour de la reconnaissance par la France de l'État de Palestine. Le patron du PS avait en retour dénoncé des accusations "honteuses".
Le 27 août dernier, Jérôme Guedj a appelé sur Franceinfo à la constitution d’une "dream team" de la "gauche républicaine, universaliste, laïque", qu'il a estimé pouvoir incarner pour contrer le risque d'un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Spécialiste à l'Assemblée nationale des questions liées à la dépendance, à la santé, et au financement de la Sécurité sociale, il plaide notamment pour une "Sécurité sociale intégrale" et le retour de l'impôt sur la fortune.
Si le député Emmanuel Maurel a longtemps été membre du Parti socialiste, il a toujours appartenu à ses courants minoritaires. En 2017, il faisait partie des responsables de la campagne de Benoît Hamon, avant de quitter le PS en 2018, considérant que la formation à la rose s'était écartée de ses idéaux de gauche. Il avait alors créé son propre mouvement baptisé la Gauche républicaine et socialiste. Un temps envisagée, la fusion avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, dont il a été lui aussi le compagnon de route rue de Solférino, n'aura finalement pas lieu.
Tout comme Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel fait de la laïcité et des valeurs républicaines l'un des axes majeurs de sa campagne. Siégeant dans le groupe Gauché démocrate et républicaine, aux côtés des députés communistes à l'Assemblée nationale, il se veut le représentant d'"une gauche authentique" et prône "la démondialisation, la démarchandisation et la démocratisation". Il propose notamment un "grand emprunt national" pour financer la transition écologique et "redresser le pays".