Jordan Bardella à Matignon: Marine Le Pen réaffirme son choix, les militants du RN applaudissent

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Jordan Bardella en meeting à Orléans, le 25 octobre 2026
Jordan Bardella en meeting à Orléans, le 25 octobre 2026
par Raphaël Marchal, le Dimanche 25 octobre 2026 à 18:38

Réélu président du Rassemblement national sans concurrence, Jordan Bardella a été accueilli triomphalement lors du meeting de lancement de campagne présidentielle de 2027 à Orléans, sans que son image n'ait semblé pâtir des écrits antisémites qu'il aurait tenus dans sa jeunesse et qu'il a démentis.

C'est sous un tonnerre d'applaudissements et une forêt de smartphones dressés vers lui que Jordan Bardella a pris la parole depuis l'Aréna d'Orléans ce dimanche, lors du premier grand meeting de campagne du Rassemblement national en vue de l'élection présidentielle. Sous les ovations des quelque 8 500 sympathisants présents dans la salle pleine à craquer, l'eurodéputé a succédé au maire de Nice, Éric Ciotti, venu prophétiser l'union des droites aux troupes de Marine Le Pen.

C'est avec une double étiquette que Jordan Bardella a pris la parole: celle du président de parti, à la tête duquel il a été triomphalement réélu la veille - certes sans opposition, mais avec une légitimité importante, près de 68 % des militants ayant participé à ce scrutin sans suspense. Et celle de Premier ministre putatif, en cas de victoire du Rassemblement national à la présidentielle. "Il incarne la solidité pour mettre en place le programme de Marine Le Pen", juge en marge du meeting Sébastien Chenu, promis à la présidence du groupe RN à l'Assemblée, et qui vante le "volontarisme" et "l'énergie" du jeune dirigeant.

Pourtant, il y a encore quelques semaines, la trajectoire éclair de Jordan Bardella aurait pu s'arrêter d'un coup. Fin septembre, le site d'investigation Mediapart lui attribue des propos antisémites, tenus dans une conversation privée il y a plus de dix ans, alors que l'eurodéputé n'était qu'un jeune militant de 17-18 ans. Cette révélation crée l'émoi dans la classe politique, malgré le ferme démenti de Jordan Bardella, qui a engagé une riposte sur le terrain judiciaire. Il reçoit le soutien de la grande patronne, Marine Le Pen, au bout de plusieurs jours.

Jordan Bardella en "chef d'orchestre"

Ce dimanche, Marine Le Pen a publiquement répété son engagement de confier Matignon au jeune eurodéputé de 31 ans. La veille, en petit comité, elle avait redit que sa confiance en Jordan Bardella n'était aucunement altérée, jugeant qu'il n'y avait pas lieu de revenir sur un choix ancien. "Le Premier ministre, et le mien sera Jordan Bardella, sera le chef de l’orchestre gouvernemental, un gouvernement ouvert et pluraliste, un gouvernement que je souhaite d’union nationale", a-t-elle martelé ce dimanche. "L'annonce du nom du Premier ministre avant l’élection du président est un acte de transparence et de cohérence, c’est un acte d’honnêteté et de loyauté."

Dans son discours, Jordan Bardella n'a pas évoqué les nuages qui ont assombri son automne. Le président du RN s'est au contraire projeté vers l'actualité, évoquant l'attentat de Trappes, et longuement les violences du 17 octobre, faisant huer Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, promettant des réponses fortes : placement des "milices d'ultragauche" sur la liste des organisations terroristes, expulsion "systématique" des délinquants et criminels étrangers, abaissement de la majorité pénale à 16 ans, présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, mise en œuvre du principe du "casseur-payeur".

Rien n'a troublé l'assurance de l'eurodéputé, pas même quand son discours a été perturbé par la présence de plusieurs militants sortis par le service de sécurité. "Je vous demande de vous arrêter", a-t-il plaisanté alors que la salle huait les indésirables, en référence à une phrase d'Édouard Balladur passée à la postérité. Avant de faire entonner la Marseillaise par la salle.

Qu'importent les écrits qui le disent davantage isolé au sein du mouvement, fragilisé par l'affaire, mais aussi par la médiatisation de son idylle avec la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles et par son ambition personnelle, lui qui aurait pu prétendre se présenter à la course à l'Élysée si la justice n'en avait pas décidé autrement. Croisé durant le meeting, un député dément que le parti soit coupé en deux. "Plusieurs de ses proches, dont Alexandre Loubet, ont été élus au conseil national", souligne-t-il. Reste que plusieurs membres du cénacle de Jordan Bardella ont intégré ce parlement interne par cooptation, et ne figurent pas parmi les 100 membres élus, à l'image de son directeur de cabinet, François Paradol.

"Du pipeau complet"

Croisés en marge du meeting, plusieurs militants font part de leur confiance en Jordan Bardella. "Qu'il soit nommé à Matignon, cela me convient tout à fait", confie Cléa, gendarme de 22 ans venue de Sologne. Cette jeune adhérente estime que "Mediapart lance toujours ce genre de révélations au bon moment".

"C'est totalement insignifiant d'aller chercher dans les poubelles d'un gamin de 14-15 ans [17-18 ans, NDLR]", abonde Nadine, 72 ans, venue de "l'autre bout du Loiret", à 100 kilomètres de là. "J'étais trotskiste d'esprit dans ma jeunesse", ajoute celle qui est désormais encartée au parti depuis 4 ou 5 ans.

"C'est du pipeau complet, de la désinformation. Ils pensent que ça peut affaiblir le parti, mais ça n'a que l'effet contraire", tranche Patrice Aymat, 65 ans, qui a fait le voyage depuis le bassin d'Arcachon. "On ne se focalise que sur le passé du RN, jamais sur l'avenir", regrette le conseiller municipal de Lanton (Gironde). Avant de se féliciter que ce soit bien Marine Le Pen qui candidate pour l'Élysée, jugeant Jordan Bardella "trop jeune". "Les jeunes ne votent pas. On a besoin de quelqu'un qui a de la bouteille."