"L’intelligence artificielle, c’est un peu comme la bombe nucléaire": l'appel de Pascal Lamy à des "accords internationaux"

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Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC (© LCP)
Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC (© LCP)
par Ivan Valerio, le Jeudi 29 octobre 2026 à 19:05

Pascal Lamy, ancien directeur général de l'OMC, compare l’intelligence artificielle à la bombe nucléaire pour alerter sur ses risques. dans "La Règle du monde", le nouveau podcast géopolitique de LCP. Il y plaide pour des accords internationaux.

"L’intelligence artificielle, c’est un peu comme la bombe nucléaire." Invité de "La règle du monde", le nouveau podcast géopolitique de LCP, Pascal Lamy lance un appel à la coopération face aux risques de l’IA. "Il va falloir vérifier que les risques sont contenus et gérés. Pour ça, il faut des accords internationaux. Aujourd’hui, il n’y a pas ça au niveau global", affirme l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce.

La comparaison porte sur la nécessité de maîtriser collectivement les dangers d’une technologie. Mais comment construire des règles communes lorsque les grandes puissances cherchent chacune à prendre l’avantage ? Pour cet ancien commissaire européen au commerce, qui a consacré une grande partie de sa carrière à la coopération internationale, l’IA concentre les contradictions d’un monde toujours interdépendant, mais moins disposé à s’entendre.

Une course à la puissance qui freine la coopération

"Aujourd’hui, ils ne sont d’accord sur rien", déplore Pascal Lamy à propos de l’intelligence artificielle et des grandes puissances. Il voit dans la compétition entre Washington et Pékin un obstacle majeur. "Les États-Unis et la Chine n’ont aucune vraie raison de coopérer dans l’intelligence artificielle parce qu’ils sont rivaux."

Cette logique dépasse les seuls États. Les entreprises, elles aussi, veulent arriver en tête. Pascal Lamy décrit une course pour "ramasser le maximum de pognon, ou de puissance géostratégique". Dans ces conditions, attendre une entente au sommet risque de laisser les dangers sans réponse commune.

Son avertissement s’inscrit dans une inquiétude plus large sur l’affaiblissement de la coopération entre les nations. "A la fin du fin, s’il n’y a plus de coopération internationale qui marche, c’est la paix qui est en cause", déplore-t-il. 

Commencer par rassembler les experts

Pour sortir de cette impasse, Pascal Lamy propose de changer de méthode. La coopération, estime-t-il, "ne commencera pas par le haut, mais par le bas". Sa recommandation serait de réunir des spécialistes de la sécurité des systèmes numériques pour discuter des incidents, des procédures et de la transparence. Il suggère notamment de mettre en place "une plateforme de partage des incidents graves". Avant même de parvenir à un accord politique, les participants devraient définir ensemble ce qui constitue un incident grave et organiser la circulation de l’information.

Cette démarche s’inscrit dans son plaidoyer pour une coopération associant États, entreprises, ONG et institutions scientifiques. Avec pour objectif d'avancer avec ceux qui ont un intérêt concret à travailler ensemble, assure-t-il.