Conçu par un haut fonctionnaire, ancien conseiller ministériel de Gabriel Attal à Bercy et à Matignon, le jeu "La bataille du budget" vous permet de vous tester comme ministre du Budget. Votre défi : réduire le déficit, faire adopter le projet de loi de finances et ne pas faire chuter le gouvernement.
Vous êtes vous déjà posé la question de ce que vous feriez, vous, si vous étiez nommé ministre du Budget pour assainir la situation financière de la France ? Parviendriez-vous, le cas échéant, à faire adopter un budget, sans entraîner la chute de votre gouvernement ? C'est en tout cas le défi proposé par "La bataille du budget", un jeu en ligne conçu par le haut fonctionnaire et ancien conseiller ministériel de Gabriel Attal, à Bercy et à Matignon, Rayan Nezzar.
Le ton est donné d'entrée de jeu, avec un appel téléphonique d'Emmanoel Macaron [sic] – lunettes de soleil sur le nez – qui vous propose le poste et vous demande si vous acceptez "cette mission impossible".
"Je voulais proposer à mes étudiants un format ludique et pédagogique", explique à LCP Rayan Nezzar, qui donne des cours de finances publiques et de droit fiscal à La Sorbonne-Paris Nord. "L'an dernier, j'avais fait un séminaire de négociation d'un budget et ils s'étaient beaucoup pris au jeu", poursuit celui qui a également travaillé, il y a une quinzaine d'années, comme développeur de jeux vidéo pour le studio suédois Paradox Interactive. "J'ai toujours gardé ce côté geek. Ce jeu, c'est la combinaison de ça et d'un partage d'expérience des années passées à appréhender les coulisses de l'élaboration d'un budget, avec des scènes vécues !", renchérit-il.
Il a mis un mois pour concevoir le jeu à l'aide de l'IA et avec des bêta-testeurs recrutés sur les réseaux, et a décidé, face aux retours positifs, "de le partager plus largement".
Dans "La bataille du budget", l'objectif est donc de "ramener le déficit sous 3% avant 2030", le tout sans trop entamer votre "capital politique" et votre "popularité". Car, sous la barre des 15% de popularité, le Premier ministre vous convoque, et sous les 10%, vous devrez quitter le gouvernement. Au joueur de passer les différentes étapes, affectées par exemple par la guerre au Moyen-Orient : le choix des mesures, l'audition devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, la "guerre des enveloppes" entre les ministères, la surveillance de Bruxelles, les avis de la Cour des comptes et du Conseil d'État, la présentation officielle du projet de loi de finances et forcément l'épreuve du Parlement, appelée "la grande bidouille".
"Cela traduit assez bien ce que j'ai vécu en cabinet, avec des amendements dans tous les sens, certains se contredisant mais examinés en même temps, sur lesquels il faut tout de suite se positionner", raconte le concepteur, qui voulait reproduire "le côté chaudron de l'Assemblée nationale, où les flèches viennent de tous les côtés". "Et j'y étais avant la dissolution, je pense que c'est encore pire aujourd'hui !", note Rayan Nezzar.
J'ai vraiment veillé à aller chercher des amendements de tous les groupes parlementaires de manière équilibrée
Malgré son parcours dans les arcanes du pouvoir, et aux côtés de Gabriel Attal, ce dernier assure que le jeu "n'est pas partisan". "J'ai une banque de plus de 200 mesures, de gauche, de droite, des très radicales, d'autres très centristes", commente le haut fonctionnaire, qui précise : "Je me doutais que c'était un point sur lequel il fallait que je sois vigilant, j'ai vraiment veillé à aller chercher des amendements de tous les groupes parlementaires de manière équilibrée et à calibrer les mesures, pas en fonction de ce que j'en pensais, mais en fonction de ce que les sondages peuvent dire, de la manière la plus objective."
Rayan Nezzar développe : "Si Jean-Luc Mélenchon est élu en 2027, ce qui est possible dans le jeu, vous pouvez "brûler la dette" – ce qui n'est pas ce que je préconise à titre personnel." Idem pour Marine Le Pen et la baisse de la contribution française au budget de l'Union européenne.
Depuis la mise en ligne du jeu, plusieurs députés – de Renaissance, d'Horizons, des Républicains ou du Parti socialiste – l'ont contacté pour débriefer leurs parties. "Je ne donnerai pas de nom, mais certains qui penchent plutôt à droite m'ont dit : 'on se rend bien compte que ça ne marche pas sans augmenter les impôts’", raconte Rayan Nezzar. Ou encore : "J'en ai un qui m'a dit qu'il avait dû rétablir l'ISF et que ça lui avait fait mal au cœur."
Reste une question : peut-on réduire le déficit sans devenir impopulaire ? "Pas vraiment", estime Rayan Nezzar, qui cite les exemples portugais, espagnol ou grec. "Après, certains gouvernements ont ensuite été crédités d'avoir amélioré la situation", poursuit-il, avant de conclure : "Le jeu retranscrit aussi ce dilemme entre réduire le déficit et rester populaire. Concilier les deux est très difficile, voire impossible, mais ce n'est pas forcément le but de la politique."