"Tu expliques qu'une théorie raciste, ça se débat?": la ministre Aurore Bergé critiquée après ses propos sur le "grand remplacement"

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par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Jeudi 10 septembre 2026 à 16:26, mis à jour le Jeudi 10 septembre 2026 à 16:27

Sur CNews, et sur Franceinfo, la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a déclaré que la théorie du "grand remplacement" était "mensongère, fausse", mais pas "raciste". De quoi s'attirer les critiques de la gauche et de la députée Prisca Thévenot (Ensemble pour la république).

Tout a débuté mercredi 9 septembre alors qu'Aurore Bergé débattait sur CNews avec le chroniqueur et essayiste Mathieu Bock-Côté. A la question de savoir si la théorie du "grand remplacement" était ou non raciste, la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations a répondu par la négative, ajoutant que c'était, à ses yeux, un "débat politique". "C'est une théorie que je combats car elle décrit une réalité qui n'est pas la nôtre. Je la considère fausse factuellement, comme mensongère", a-t-elle poursuivi.

De quoi susciter des réactions dans la classe politique, et plus précisément à gauche (ici, ou ). Mais jeudi matin, interrogée sur franceinfo, Aurore Bergé est revenue sur les propos tenus la veille. "Je considère que c'est une théorie mensongère, fausse, qui attise les peurs et ne se base sur aucune de nos statistiques", a répété la ministre, qui estime cependant que "ça fait partie du combat politique, de la liberté d'expression", de pouvoir "défendre cette idée" sur un plateau de télévision. 

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Appelant à la "prudence" dans la campagne présidentielle en cours, Aurore Bergé estime qu'il ne faut "pas empêcher que l'extrême droite puisse s'exprimer". "Si vous donnez le sentiment de brider, d'empêcher, alors vous ne faites que renforcer toutes les théories complotistes sur lesquelles on voit bien que le Rassemblement national peut prospérer", a-t-elle justifié. 

"Le racisme est un délit", répond Prisca Thévenot

Cette fois, la polémique a dépassé la gauche. Interpellant directement Aurore Bergé sur X, la députée Prisca Thévenot (Ensemble pour la République) a tenu à lui rappeler que "le racisme est un délit". "Hein ? Tu expliques qu'une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ?", a écrit l'élue des Hauts-de-Seine. Ou encore : "C'est une théorie complotiste, qui a motivé des attentats terroristes."  Ce fut notamment le cas des attaques de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019, qui avaient fait 51 morts et autant de blessés. 

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"C'est rare. Mais sur ce coup, Prisca Thévenot a totalement raison", a réagi le député Manuel Bompard (La France insoumise). "Comment Mme Bergé peut-elle rester ministre des discriminations en disant que le grand remplacement n'est pas une théorie raciste ?", s'est interrogé le coordinateur national de LFI. "Pour une fois je suis d’accord avec Prisca Thévenot", a renchéri son collègue Thomas Portes. Quand le député Benjamin Lucas (Générations) a jugé que les propos de la ministre, qui "n'est pas inculte", n'étaient "pas un dérapage, mais une conviction ou une stratégie". Avant de conclure : "Dans les deux cas, c'est répugnant."

A force de courir derrière l'extrême droite, ils en banalisent les mots. Matthieu Pigasse

Le député Aurélien Rousseau, proche du candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann, a aussi partagé son "indignation". "C'est une coupable complaisance de banaliser la pseudo théorie du 'grand remplacement' qui est un racisme sans fard", a-t-il estimé. Le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, qui caresse aussi une candidature à gauche, a prévenu qu'"à force de courir derrière l'extrême droite, ils en banalisent les mots, les obsessions et désormais le racisme".

Jeudi après-midi, lors du compte-rendu du Conseil des ministres, Aurore Bergé a pris la parole pour anticiper les questions des journalistes sur le sujet. "Est-ce que oui ou non, on a le droit de débattre de cette théorie ? J'ai répondu qu'elle ne tombait pas sous le coup de la loi", a déclaré la ministre, qui a affirmé qu'elle ne "pliait pas à la volonté de l'extrême droite de faire croire que dans notre pays, il y aurait un grand remplacement à l'oeuvre, parce que c'est faux, parce que ça attise les peurs, le racisme", mais "pas non plus aux injonctions de l'extrême gauche qui considère que le débat public veut dire la censure du débat public".