Violences du 17 octobre: qui propose quoi sur le maintien de l'ordre?

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par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Lundi 19 octobre 2026 à 19:20

Après les violences du 17 octobre, la gestion du maintien de l'ordre par le gouvernement, ainsi que la doctrine qui y est associée, ont été vivement critiquées, par les oppositions, alors que les forces de sécurité intérieure ont été débordées par les casseurs. Que proposent les différents partis politiques, et les candidats à la présidentielle, en matière de maintien de l'ordre ? LCP fait le point sur la question. 

"Tout le monde parle de doctrine de maintien de l'ordre. (...) Est-ce qu'il faut la faire évoluer ? Puisque tout le monde en fait un objet politique, traitons-la de la manière la plus sérieuse possible et la plus technique possible" a déclaré, ce lundi 19 octobre, Sébastien Lecornu. Le Premier ministre doit recevoir les formations politiques, notamment pour aborder ce sujet, cette semaine. Mais qui propose quelle doctrine du maintien de l'ordre ? LCP a fait le tour des propositions des partis et des candidats à l'élection présidentielle. 

Le RN veut que la police "utilise la force lorsque cela est nécessaire"

Dans le livret "Sécurité" du programme de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle, le Rassemblement national appelle à "revenir à la raison et [à] faire régner l'ordre républicain sur tout le territoire". "Les policiers et les gendarmes doivent intervenir partout contre les délinquants. En utilisant la force lorsque cela est nécessaire. Sans jamais craindre de l'utiliser", peut-on y lire.

Parmi les mesures défendues : l'instauration d'une "présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes", car "le cadre légal [actuel] est trop restrictif". Une proposition de loi faisant un pas en ce sens - elle prévoit une "présomption d’usage légitime de l’arme" - a été adoptée par l'Assemblée nationale en juillet après avoir été inscrite à l'ordre du jour par le gouvernement, qui avait lui-même repris une initiative du groupe Droite républicaine. Le texte doit désormais être examinée par le Sénat. 

Le parti présidé par Jordan Bardella veut aussi instaurer "l'obligation pour les communes de plus de 10.000 habitants de se doter d'une police municipale", mettre en œuvre "une  loi de programmation pour la sécurité et la justice" et juge nécessaire, côté renseignement, "d'accroître nos capacités d’anticipation afin de mieux comprendre et prendre en compte les mouvements émergents".

La gauche veut une doctrine de "désescalade"

-> La France insoumise affirme "défendre une doctrine de retenue et de désescalade" et appelle à "réhabiliter la doctrine française du maintien de l’ordre fondée sur le triptyque : mise à distance des manifestants, intervention collective et sur ordre, emploi graduel et réversible de la force". À ce titre, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, souhaite interdire "les LBD (lanceurs de balles de défense, ndlr.) et autres grenades" et dissoudre la Brav-M (la brigade de répression de l'action violente motorisée). 

Dans son livret programmatique dédié à la "Sécurité", publié pour la présidentielle de 2022 (celui de 2027 paraîtra début novembre), LFI appelait à "refonder une police républicaine", en abrogeant "les lois sécuritaires inefficaces" et en renforçant "les logiques de prévention, notamment les moyens humains de la prévention spécialisée dans les départements". Autres mesures : rétablir la police de proximité et "renouer avec les programmes de recherche internationaux sur la gestion des foules et l'emploi de la force publique".

-> Raphaël Glucksmann (Place publique), vainqueur de la primaire de la gauche sociale-démocrate, reprendra-t-il l'entièreté de la ligne du Parti socialiste sur ce sujet ? Dans un livret intitulé "Être en sécurité(s)", le PS affirme en tout cas vouloir "restaurer la confiance des Français dans leur police". Cela passe par "un double réarmement, moral et matériel", peut-on y lire. Le parti dirigé par Olivier Faure estime qu'il faut "refonder une doctrine du maintien de l'ordre respectueuse des libertés fondamentales qui renonce aux équipements mutilants et qui favorise le recueil des preuves plus que l'interpellation". Et appelle à "s'inspirer des doctrines mises en place dans d'autres pays européens fondées sur la doctrine dite de 'désescalade'". 

Le parti à la rose veut également que soit "révisée la loi du 28 février 2017 relative à la sécurité publique qui encadre les conditions d'ouverture du feu par les forces de l'ordre en cas de refus d'obtempérer". 

-> Dans leur programme, Les Écologistes défendent "une nouvelle doctrine de maintien de l'ordre" et la nécessité de "fonder l'action des forces de sécurité sur le dialogue avec les organisations, la désescalade et un usage de la force strictement nécessaire et proportionné". Le parti de Marine Tondelier plaide également pour l'interdiction des "lanceurs de balles de défense (LBD40) et les grenades mutilantes", pour le démantèlement des "unités de type BRAV-M", et pour l'abrogation des "dispositions de la loi Cazeneuve [celle de 2017, ndlr.] sur l’ouverture du feu pour que cessent les morts pour refus d’obtempérer et que soit respectée la condition d’absolue nécessité". 

-> Du côté du Parti communiste, Fabien Roussel, a quant à lui estimé début octobre que "la politique [actuelle] de maintien de l'ordre devrait être remise en cause". 

Du côté du bloc central, Édouard Philippe et Grabiel Attal affichent une volonté de fermeté

Dans un message publié sur X après l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron dimanche soir, Édouard Philippe a écrit qu'il aurait "préféré des décisions et des initiatives" permettant notamment "le retour à l'ordre et le rétablissement de l'autorité de l'État", ainsi que "la sanction des pilleurs et des casseurs". Une façon de marquer sa différence avec le président de la République, dont il était le Premier ministre lors du mouvement des gilets jaunes. 

Dans son manifeste, en ligne sur son site internet, Horizons affirme "défendre l'ordre comme la meilleure garantie de la liberté et de la prospérité du pays". Sans "ordre dans la rue", "il n'y a ni sécurité ni justice pour tous", peut-on lire. "Nous croyons que l'autorité publique doit être fermement restaurée partout où elle est contestée", indique encore le parti du maire du Havre. 

De son côté, le chef de file et candidat de Renaissance à l'élection présidentielle, Gabriel Attal, en concurrence avec Édouard Philippe au sein du bloc central, a estimé ce lundi sur RTL que "le gouvernement a[vait] failli". "Si un état d'urgence doit être décrété pour [rétablir l'ordre], il faut le faire", considère l'ancien Premier ministre, qui juge que la situation actuelle n'est pas "qu'une question de maintien de l'ordre", mais aussi "civilisationnelle".

À droite, Bruno Retailleau défend une "répression ferme des violences"

Après les violences et les pillages de ce week-end, Bruno Retailleau a tenu une conférence de presse ce lundi. "Oui, il faut une nouvelle doctrine du maintien de l'ordre, qui protège les manifestants pacifiques, mais qui assume aussi – et je n'ai pas peur de le dire – la répression ferme des violences, l'interpellation des casseurs et l'usage de la force légitime", a déclaré le président des Républicains.

Et d'affirmer que, s'il était encore été ministre de l'Intérieur, il aurait donné aux forces de l'ordre la consigne "d'aller au contact dès que nécessaire pour protéger les personnes, empêcher les pillages et rétablir l'ordre". 

Lors de cette conférence de presse, Bruno Retailleau a dénoncé la "lâcheté sur le maintien de l'ordre qui, au nom d'une prétendue politique du risque zéro, a désarmé nos policiers et gendarmes". Il souhaite que "lorsqu'un policier intervient dans l'exercice de sa mission, son action ne doit pas être  présumée fautive avant même que les faits aient été examinés".