Le Premier ministre promet de consacrer près d'1,5 milliard d'euros à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le budget 2027, un montant équivalent à celui de 2026. Insuffisant pour déployer les mesures prévues par la loi dite intégrale contre les violences sexuelles et sexistes, déplorent les associations. En outre, Sébastien Lecornu annonce 2,6 milliards pour la protection de l'enfance.
Recrutement d'enquêteurs, soutien aux structures associatives : le gouvernement promet de consacrer près d'1,5 milliard d'euros à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le budget 2027, soit un montant équivalent à celui de 2026. "Malgré les difficultés financières", le budget 2027 marquera la "volonté" du gouvernement de combattre les VSS, a indiqué le Premier ministre, mardi 15 septembre, dans une tribune au Monde.
Sébastien Lecornu y annonce notamment "une trajectoire pluriannuelle" avec "un socle de départ de près de 1,5 milliard d'euros contre les violences sexistes et sexuelles réparti sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale" et "en plus, 2,6 milliards" pour la protection de l'enfance. Ces montants "correspondent aux moyens engagés en 2026", que le gouvernement souhaite donc sanctuariser, mais ils ne pourront pas être engagés sans vote des budgets de l’État et de la Sécurité sociale, a prévenu Matignon dans la soirée.
À cela s'ajoutent des "renforcements ciblés", notamment 40 millions d'investissements numériques et des "emplois supplémentaires" pour la justice, selon la même source. Ces annonces interviennent alors que la commission spéciale chargée d'examiner la loi dite intégrale contre les violences sexistes et sexuelles auditionnera notamment les ministres Gérald Darmanin (Justice) et Aurore Bergé (Égalité entre les femmes et les hommes) ce mercredi en début d'après-midi à l'Assemblée nationale.
Les députés, nombreux, qui plaidaient pour un tel texte, ont obtenu son inscription à l'ordre du jour du Parlement par le gouvernement après l'affaire Lyhanna. Il sera examiné dans l'hémicycle du Palais-Bourbon à partir du 1er octobre.
Les annonces de Sébastien Lecornu ont été modérément appréciées par les associations. "On a besoin de trois milliards d'euros par an pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et c'est une estimation basse", rappelle Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes.
"Si [le Premier ministre] imagine pouvoir mettre en place la loi intégrale avec une enveloppe de départ divisée par deux, c'est une erreur", réagit Marceau Beauvois, de Face à l'Inceste. "Cela reviendrait à renoncer au caractère intégral de la loi en sacrifiant certaines mesures et certains publics", a-t-il souligné, appelant les parlementaires à "réalimenter l'enveloppe".
La proposition de loi a pour objectif de couvrir toute la chaîne des violences : repérage, prévention, accompagnement, justice, réparation et suivi des auteurs et des victimes. Elle prévoit notamment la création de juridictions spécialisées dans les violences sexuelles et intrafamiliales, un socle minimal d'actes d'enquête imposant l'audition de la victime et du suspect, la création d'un centre pour les victimes dans chaque département ou encore celle d'un crime autonome d'inceste, assorti de "peines spécifiques et renforcées".
Après une pause estivale, les associations ont décidé de continuer à manifester chaque lundi soir devant les tribunaux pour réclamer cette loi intégrale, assortie de moyens financiers. Elles avaient entamé ce mouvement début juin dans le sillage de l'affaire Lyhanna, du nom de la collégienne de 11 ans retrouvée morte et violée dans le Gers.
(Avec AFP)