Dans les sondages d'intention de vote pour la présidentielle, aucun des candidats déclarés du bloc central et de la droite n'est aujourd'hui en situation d'accéder au second tour de l'élection. Pour éviter un duel entre le Rassemblement national et La France insoumise, Gabriel Attal a officialisé sa demande de primaire, ce que refuse toujours Edouard Philippe. LCP fait le point sur les différents scénarios possibles.
Tous l'assurent, ils avaient prévu que l'automne serait compliqué. C'est une "période de faux plat", affirmait-on dans l'entourage d'Edouard Philippe (Horizons) à la mi-octobre. D'autant plus que la mobilisation lycéenne et étudiante, ou encore les prix des carburants, ont focalisé l'attention sur les réponses du gouvernement, faisant passer la campagne présidentielle au second plan. Sauf que, pour les candidats du bloc central et de la droite, la situation est encore plus critique qu'imaginée. "On pensait qu'à la rentrée, les choses seraient plus claires. On ne s'attendait pas à ce que ce soit autant le bordel, que ce soit aussi flou…", confie-t-on dans l'équipe de Bruno Retailleau (Les Républicains).
Selon un sondage de l'Ifop pour LCI publié mardi, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) crée désormais un écart d'au moins deux points avec ses poursuivants pour l'accès au second tour face à Marine Le Pen (Rassemblement national). Et ce, dans tous les cas de figure testés par l'institut.
Face à cette situation, chacun cherche une issue. Fin octobre, Gabriel Attal (Renaissance) a officialisé sa demande de "grande primaire des démocrates" pour "empêcher un deuxième tour dont notre pays ne se relèverait pas". Oui, lui a répondu David Lisnard (Nouvelle énergie). Non, a une nouvelle fois rétorqué Edouard Philippe, sans varier de sa ligne. "On ne veut pas nourrir ni la campagne médiatique, ni celle de ceux qui sont en position de challenger", expliquait il y a quelques semaines un proche du maire du Havre ; ce dernier restant malgré tout en tête de ce bloc dans les sondages. "Je ne crois pas que cette primaire aura lieu", a lui-même évacué Edouard Philippe.
La primaire "est inéluctable", a répondu Gabriel Attal, par médias interposés. Quelques jours plus tard, c'est Bruno Retailleau qui s'est dit favorable à cette solution. "Je pense que tel que se dessinent les choses, il faudra une primaire sans doute en début d'année", a-t-il déclaré mardi. "Le moment clé, c'est la rentrée de janvier", assurait un proche du sénateur de droite en début de semaine. Le même expliquant : "Ce n'est pas pareil si Jean-Luc Mélenchon est à 16% ou à 22% [dans les sondages] en décembre. S'il est à 22%, c'est panique à bord ! Ce sera un accélérateur de tout", et donc de la primaire. "C'est au début de l'année que ça se décidera. En janvier. Le plus tôt sera le mieux", estime aussi le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), qui est à la manœuvre comme le raconte L'Opinion.
Resterait alors, outre le cas – majeur – Edouard Philippe, à débattre des modalités d'un tel système de départage. Gabriel Attal a, lui, fixé une ligne rouge : que les participants refusent toute alliance avec les extrêmes.
Quant aux modalités... Une primaire ouverte, fermée ? Il faudra en discuter. "Je ne soutiendrai pas Edouard Philippe s'il gagne la primaire, mais je respecterai s'il la gagnait", a d'ores et déjà indiqué David Lisnard, avançant ainsi l'option d'une compétition sans engagement à soutenir le vainqueur. "La règle d'une primaire, c'est au moins que quand on la perd, on ne se présente pas", a appuyé en ce sens Bruno Retailleau ce jeudi.
Dans le camp d'Edouard Philippe, on fait remarquer que le candidat d'Horizons pointe en tête des prétendants du bloc central et de la droite depuis maintenant plusieurs mois – même s'il est à la peine ces dernières semaines, devancé par Jean-Luc Mélenchon pour la qualification au second tour. Malgré, ajoute-t-on, la campagne tous azimuts de Gabriel Attal, par exemple. "Dans l'espace central, plus personne n'est en capacité d'être au second tour" à ce stade répète, au contraire, le chef de file de Renaissance.
D'ici à décembre, Edouard Philippe veut dérouler sa campagne, revenir sur les mesures déjà annoncées pour qu'elles "descendent sur le terrain", selon les mots de l'un de ses proches. Ce dernier assure que les Français ne s'intéressent à la présidentielle que "dix semaines avant le premier tour" ; ce qui laisse à ses yeux encore du temps. "J'entends profiter des mois qui s'ouvrent pour dire ce que je propose" aux Français, affirme l'intéressé. En espérant reprendre quelques points, enclencher une dynamique et contraindre les autres à le reconnaître ? "Le ver est dans le fruit, je ne vois pas sur quoi il pourrait se reposer pour cela. Il est dans une espèce de toboggan", tacle-t-on dans l'équipe de campagne de l'un de ses concurrents.
Qu'importe les sondages du moment. Pour Edouard Philippe aussi, c'est début 2027 que les choses se décanteront. "Au mois de février, chacun prendra ses responsabilités. J'ai l'habitude de prendre les miennes. Si les Français ont envie de passer à autre chose, j'en tirerai les conséquences", a-t-il récemment assuré sur TF1.
Un candidat pas encore déclaré pourrait-il sortir du bois et, surtout, réunir derrière lui ? Le départ anticipé de Christine Lagarde de la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), qui a déclaré vouloir "avoir la liberté de parole", a suscité la curiosité ces derniers jours. "Je suis enthousiaste, parce que je pense que, parmi toutes celles et tous ceux qui peuvent légitimement prétendre à la fonction suprême, celle de chef de l'Etat (...), Christine Lagarde fait partie des rares personnalités qui me semblent remplir ces qualités", a notamment avancé Bruno Le Maire sur LCI. "C'est à elle de dire quelles sont ses ambitions (...). Elle fait clairement partie des candidats de droite", a pour sa part affirmé Valérie Pécresse (Les Républicains).
Christine Lagarde pourrait toutefois être nommée à la présidence du Forum économique mondial (WEF), qui organise chaque année sa réunion à Davos, courant novembre...
Et si aucun des scénarios précédents n'arrivait ? "Ce serait le grand bordel", lance le bras droit d'un des candidats en lice. Chacun serait alors face à ses responsabilités et devra faire, en connaissance de cause, le choix de poursuivre sa campagne ou de se retirer. Pas facile toutefois de mettre un terme à des mois de préparation électorale. "C'est plus facile de perdre une primaire que de quitter une campagne présidentielle", confirme-t-on dans l'un des camps.
Il reste moins de six mois avant le premier tour de l'élection. La date de limite de dépôt des 500 parrainages d'élus pour y participer est, elle, fixée au 12 mars.