"Violence policière", drame", "faute politique"... La grave blessure d'un lycéen à Lens suscite de nombreuses réactions politiques

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Photo by Benoit Pavan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Photo by Benoit Pavan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
par Raphaël Marchal, le Lundi 5 octobre 2026 à 19:10, mis à jour le Lundi 5 octobre 2026 à 19:15

Un lycéen de 15 ans a eu "la main arrachée" par une grenade près d'un lycée de Lens, ce lundi 5 octobre, dans le cadre de la mobilisation lycéenne. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a évoqué une situation "personnellement et humainement dramatique". Plusieurs responsables politiques appellent à faire la lumière sur cet évènement.

C'est un drame qui a eu lieu ce lundi à Lens, dans le cadre de la mobilisation lycéenne, aux alentours de 10 heures. Un adolescent de 15 a eu la "main arrachée" par une grenade jetée par les CRS lors d'une manifestation, à quelques centaines de mètres du lycée Auguste-Béhal, selon le procureur de la République de Béthune. "Je ne suis pas en mesure de dire formellement si le lycéen a ramassé la grenade, ou si elle a été jetée sur lui", a ajouté Étienne Thieffry lors d'une conférence de presse. Une enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été ouverte.

Selon le préfet du Pas-de-Calais, un groupement d'environ 200 à 250 lycéens ont projeté sur les policiers présents des pierres, des feux d'artifice, des mortiers. C'est dans ce contexte qu'une compagnie de CRS a été déployée pour rétablir l'ordre, a précisé François-Xavier Lauch. L'élève blessé est scolarisé en seconde bac pro dans l'établissement Auguste-Béhal.

Depuis Guyancourt (Yvelines), où il était en déplacement, Édouard Geffray a évoqué un cas "personnellement et humainement dramatique" et une "situation extrêmement douloureuse". Interrogé sur la doctrine de maintien de l'ordre mise en œuvre  le ministre de l'Éducation nationale a rappelé que cela ne rentrait pas dans ses attributions, et que son homologue de l'Intérieur n'avait pas de "leçon" à recevoir de sa part en la matière. Édouard Geffray s'est fait "prudent" au moment de réagir, indiquant qu'il ne souhaitait pas se prononcer "en cinq minutes, sans rien connaître des faits".

Des appels à réviser la doctrine de maintien de l'ordre

De nombreux responsables politiques se sont émus du drame, notamment à gauche. "Honte à ceux qui ont choisi la répression de nos enfants plutôt que l’écoute et le dialogue", a fustigé sur X le député Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise. Ciblant Laurent Nuñez, la députée Clémence Guetté (LFI) a dénoncé "la consigne politique de réprimer les adolescents 'sans retenue' passée par le gouvernement". "On parle d’un enfant. (...) On parle d’une violence policière qui frappe notre jeunesse dans des proportions insupportables. En quelques jours, un enfant de 16 ans a perdu l’usage d’un œil après un tir de LBD, un autre s’est fait éclater les dents par une grenade. Et maintenant un autre perd une main ! Quelle sera la suite ? Un mort ?", s'est indigné son collègue Bastien Lachaud (LFI). 

Dans un communiqué, Marine Tondelier, a de son côté appelé à réformer les lycées, mais aussi la doctrine de maintien de l’ordre. "Le fait que le ministre de l’Intérieur ne donne aucune consigne de retenue aux policiers est une faute politique grave et la preuve d'un manque d'humanité affligeant", a cinglé la candidate écologiste à la présidentielle. "Laurent Nuñez doit répondre de ses choix politiques", a également considéré Fabien Roussel. "Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de ces drames et les responsabilités établies", a demandé le candidat communiste à l'Élysée.

Le ministre de l’Intérieur doit s'expliquer devant la représentation nationale sur les consignes données à ses équipes sur le terrain. Boris Vallaud, président des députés Socialistes

"Le gouvernement doit immédiatement revoir sa doctrine de maintien de l’ordre et garantir que celles et ceux qui manifestent puissent le faire sans craindre d’être blessés, mutilés ou pire", a réagi Olivier Faure. En retrait de sa fonction de premier secrétaire du Parti socialiste le temps de la primaire sociale-démocrate, à laquelle il est candidat, il a annoncé que sa formation politique mettait à la disposition des organisations de jeunesse son service d’ordre "pour contribuer à leur sécurité et permettre que leur mobilisation [de ce mardi] puisse se tenir dans le calme et la dignité". Le patron des députés socialistes, Boris Vallaud, a pour sa part réclamé que Laurent Nuñez soit auditionné à l'Assemblée nationale.

"Toute la lumière devra être faite sur les circonstances de ce drame. Nous ne pouvons pas banaliser ce qui s’est passé" a, quant à elle, déclaré la députée Agnès Pannier-Runacher (Ensemble pour la République). Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, réunissait en fin de journée Laurent Nuñez (Intérieur), Édouard Geffray (Éducation nationale) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur), pour faire le point sur la crise lycéenne, à la veille d'une journée de mobilisation à haut risques.