Le chef d'État réunit ce vendredi matin les principaux responsables de partis pour évoquer la flambée des prix du carburant et la situation à l'international. Emmanuel Macron a lancé ce format, dit "Saint-Denis", en 2023.
C'est un format qu'Emmanuel Macron avait inventé en août 2023, avec la volonté de trouver des compromis politiques avec l'ensemble des forces représentées au Parlement. L'ambition a fait long feu, mais le nom est resté : "format Saint-Denis". Il est utilisé dès lors qu'une réunion similaire est organisée par le chef de l'État.
C'est le cas ce vendredi 18 septembre, puisque Emmanuel Macron a convié les principaux responsables de partis pour une réunion confidentielle à l’Élysée, face à une "dégradation rapide" de la situation géopolitique et des prix du carburant "devenus insupportables". Cette rencontre à huis clos, qui s'invite dans la campagne pour l'élection du printemps à laquelle le président sortant ne peut pas se représenter, est prévue à 10h30 dans la nouvelle salle de crise baptisée "Vega".
La candidate du Rassemblement national Marine Le Pen, favorite dans les sondages mais en déplacement sur le terrain, et celui de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui espère se qualifier pour le second tour, ont décidé de se faire représenter par leur chef de parti, respectivement Jordan Bardella et Manuel Bompard.
"Ce qu'il va dire est sûrement gesticulatoire pour faire croire qu'il fait quelque chose. Il n'est pas sérieux", évacue-t-on dans l'entourage du leader de la gauche radicale au sujet d'Emmanuel Macron, fustigeant cette "invitation du jour pour le lendemain".
Marine Le Pen a elle affirmé qu'en "règle générale", on n'apprenait "pas grand chose" dans ces réunions élyséennes. "C'est quand même la moindre des choses de tenir informés les différents mouvements politiques d'éléments qui seraient en sa possession", a-t-elle relativisé en marge d'un déplacement en Gironde.
Les autres principaux candidats seront présents, parfois au prix d'un changement de programme ou d'un déplacement écourté: Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains), Raphaël Glucksmann (Place publique), Olivier Faure (Parti socialiste), Marine Tondelier (Les Ecologistes) et Fabien Roussel (Parti communiste français).
D'autres chefs de partis représentés au Parlement français seront aussi là, comme les centristes François Bayrou (MoDem) et Hervé Marseille (UDI), ou l'allié du RN Eric Ciotti (UDR).
Ce format de rencontre est né en août 2023, après un épisode éprouvant pour l'exécutif sur les retraites. Après avoir promis une "initiative politique d’ampleur", et face à l'absence de majorité parlementaire, Emmanuel Macron a convié l’ensemble des chefs des partis représentés au Parlement à la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, à Saint-Denis.
L'objectif était alors de créer un espace de dialogue entre la majorité et les oppositions et de tenter de dégager des compromis. Si sur les questions intérieures ce format n'a pas accouché d'accords particuliers, il a servi depuis à plusieurs reprises à faire des points sur la situation internationale.
"Face à la dégradation rapide ces derniers jours de la situation internationale", le président de la République veut évoquer "les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine et leurs conséquences en France sur la sécurité et l'énergie", a fait savoir l’Élysée. Emmanuel Macron sera accompagné des chefs du renseignement, des autorités militaires et du directeur général de l'énergie, pour partager avec ceux qui ambitionnent de lui succéder aux manettes de l’État "des informations confidentielles dont seul le président dispose", explique une source au sein de l'exécutif.
Le chef d'État veut par cette réunion rappeler à l'opinion que la flambée des prix de l'essence est due à la situation internationale, alors qu'on estime dans son entourage que cette idée est moins présente qu'au printemps quand la guerre faisait rage en Iran. Il veut aussi "éclairer le débat" de la campagne, glisse un conseiller, afin que les promesses des uns et des autres tiennent compte de la réalité et de la "complexité" de la situation.
Emmanuel Macron veut enfin montrer son activisme, alors même que l'absence de majorité présidentielle au Parlement et l'approche de sa fin de mandat l'ont rendu moins audible. Les blocages du détroit d'Ormuz, dans le Golfe, et plus récemment du détroit de Bab-el-Mandeb, en mer Rouge, "ont des conséquences directes sur notre quotidien", a rappelé Emmanuel Macron jeudi sur le réseau social X.
"Les Français les subissent à la pompe, avec des prix devenus insupportables", a-t-il ajouté, au lendemain d'un appel à la "mobilisation" du gouvernement pour garantir l'approvisionnement en pétrole et faire baisser la pression sur les prix. Au sommet de l’État, on surveille en effet avec une certaine appréhension la colère sociale face à cette inflation énergétique, et les appels à la mobilisation pour le mois d'octobre, en essayant de scruter les possibles ressemblances avec le mouvement des "gilets jaunes" qui avait terni, en 2018, le début de la présidence Macron.
La multiplication des attaques "hybrides" en Europe, imputées par les Européens à la Russie, sera aussi à l'ordre du jour de la rencontre. Marine Le Pen a affirmé mercredi que la France ne pouvait plus aider l'Ukraine face à Moscou autant qu'elle l'a fait jusqu'ici, en raison des finances publiques dégradées du pays, une position qui lui vaut les critiques de plusieurs candidats.
(Avec AFP)