Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel se sont retrouvés ce dimanche soir pour le dernier débat de la primaire socialiste, organisé par BFMTV. Désaccords sur les accords avec LFI, divergences de vue sur l'Ukraine, rapprochements sur le social et la crise des lycées… Voici ce qu’il faut retenir de cette dernière confrontation télévisée.
Des échanges vifs sur les alliances à gauche, sur l'Ukraine, mais des convergences sur l’école, les retraites ou le nucléaire. Réunis dimanche 4 octobre sur BFMTV pour leur dernier débat avant le premier tour de la primaire sociale-démocrate, les cinq candidats ont de nouveau affiché leurs divisions sur les rapports avec La France insoumise. La polémique autour des vidéos de Raphaël Glucksmann a également marqué le début de soirée, avant que les prétendants ne confrontent leurs propositions.
LCP revient sur les principaux moments du débat.
Malgré les deux premiers débats (ici et là), où le sujet avait déjà été largement abordé, la question du rapport à La France insoumise a occupé, d'entrée de jeu, près de 45 minutes de l'émission. Dénonçant "l'outrance" de Jérôme Guedj et de Raphaël Glucksmann qui l'accusent de vouloir s'allier avec Jean-Luc Mélenchon (ce que, eux, refusent catégoriquement), Olivier Faure a lancé "un avertissement" : "On ne peut pas prétendre rassembler le pays quand on a la volonté de rendre les uns et les autres irréconciliables."
Sur son positionnement politique, le premier secrétaire du Parti socialiste (en retrait de ce poste le temps de la primaire) a assuré n'avoir "jamais parlé d'une alliance avec Jean-Luc Mélenchon". "Vous avez réussi à faire tourner une primaire socialiste autour de [lui], c'est absurde !", a-t-il regretté.
"Nous avons une divergence de ligne, de doctrine, de stratégie", lui a répondu Raphaël Glucksmann. Le favori de ce scrutin ne veut, lui, ni des "compromissions" avec LFI, ni "d'une alliance avec la droite". Mais quelques minutes plus tard, Ségolène Royal l'a directement attaqué, affirmant qu'un "hold-up est en train de se faire sur le Parti socialiste". Selon elle, en cas de victoire, Raphaël Glucksmann ira "avec ce butin du PS faire alliance avec la droite, (...) car 'LFI c'est horrible'".
En réponse, le candidat de Place publique a dénoncé un "pur procès d'intention". "Je n'ai aucune intention de diluer la famille sociale-démocrate, ni dans le mélenchonisme, ni dans la droite. (...) Je n'en ai aucune envie, je pense même qu'il faut faire exactement l'inverse", a plaidé Raphaël Glucksmann, appelant à être "fiers d'être socialistes".
Sur le même sujet, Olivier Faure avait de son côté pris le temps de lire un passage du livre de Jérôme Guedj. "Tu écris que tu es prêt à faire alliance avec la droite mais ça ne gêne personne !", a-t-il critiqué, avant que l'intéressé ne l'accuse de mentir. Ce dernier a alors expliqué sa vision des choses : "le prochain président n'aura pas de majorité naturelle" à l'Assemblée nationale et il faudra "construire des compromis républicains".
Alors que les échanges ont été vifs, Emmanuel Maurel a rappelé à ses camarades qu'ils avaient tous signé la même charte en s'engageant dans cette primaire, à savoir soutenir le vainqueur. "Et si par malheur Marine Le Pen gagne, (...) on sera tous unis, car on ne voudra pas de majorité Rassemblement national à l'Assemblée nationale", a-t-il prédit.
Les vidéos dans lesquelles Raphaël Glucksmann évoque une "danse du ventre" de Ségolène Royal ont provoqué un échange tendu en ouverture du débat ce dimanche soir, notamment entre le principal intéressé et Ségolène Royal, qu'il cible dans la vidéo. "Je n’accepte pas qu’une fois de plus on puisse dégrader une femme", a répondu l'ancienne candidate à l'élection présidentielle, jugeant que cette attaque comporte des "connotations sexuelles" et qu'elle sous-entend qu'elle "vend son corps pour obtenir son poste".
Raphaël Glucksmann a réfuté toute "connotation sexiste", et avant tout mis en avant le caractère "privé" de cette réunion et des propos qui n'auraient pas dû en sortir. "Ce n’était pas un cadre privé, c’était une réunion politique", lui a opposé Olivier Faure, l'invitant à s'excuser. "Je suis désolé si ces propos vous ont paru sexistes", a finalement admis le dirigeant de Place publique, parlant de mots "inélégants".
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Face à la crise dans les lycées, les candidats ont défendu l'écoute des revendications tout en condamnant les violences. "La violence ne sert absolument à rien", a lancé Jérôme Guedj, appelant à organiser des temps de dialogue dans chaque établissement et à revoir les consignes de maintien de l’ordre. De son côté, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, a annoncé qu'il participerait mardi aux manifestations avec les lycéens. Raphaël Glucksmann a, lui, appelé à être "inflexible avec les casseurs qui viennent voler la mobilisation des lycéens". Insistant sur la concertation, Ségolène Royal a assuré qu’avec elle, "il n’y aurait pas de mouvement social", suscitant une réplique d’Olivier Faure : "Là, ça fait un peu Wonder Woman."
Sur le fond, Jérôme Guedj a défendu une réduction des effectifs par classe, une meilleure rémunération des enseignants et la rénovation des bâtiments. Raphaël Glucksmann a proposé d’inscrire ces priorités dans une loi de programmation sur cinq ans, qui serait son "premier acte", s'il était élu à l'Elysée. Olivier Faure, de son côté, a plaidé pour des Etats généraux par académie. Emmanuel Maurel, plus radical, s’est distingué en proposant d’abroger Parcoursup ainsi que la réforme du lycée de 2019 ayant instauré les spécialités.
Le représentant de la Gauche républicaine et socialiste a aussi pointé du doigt le financement de l'enseignement privé. "On a un problème, aujourd'hui l'Etat et les collectivités sont obligés de financer l'enseignement privé. L'argent public doit aller prioritairement, et à long terme exclusivement, à l'enseignement public", a-t-il assuré, laissant entendre que s'il était au pouvoir, à terme, l'argent public ne financerait plus l'enseignement privé. Olivier Faure a, au contraire, affirmé vouloir continuer à financer les établissements privés, "à condition qu’il y ait de la mixité sociale", et proposé de leur appliquer la carte scolaire.
Interpellés par la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, sur le dossier des retraites, l'ensemble des candidats ont partagé la volonté d'abroger la réforme de 2023 d'Elisabeth Borne (actuellement suspendue) pour revenir à 62 ans, et ne pas aller vers les 64 ans. "Quand on dit quelque chose, on le tient. Oui, il y aura abrogation immédiate de la réforme Borne", a lancé Olivier Faure. "Nous abrogerons la réforme injuste de 2023. (...) On ne pourra pas faire 60 ans, ce sera 62 ans", a également déclaré Raphaël Glucksmann. "On n'a pas eu beaucoup de victoires, celle-ci on la garde. J'en reste aux 62 ans", a renchéri Emmanuel Maurel.
Seul Jérôme Guedj a indiqué ne pas défendre "le principe d'un âge légal pivot" et souhaiter une nouvelle réforme des retraites dans laquelle "le nombre de trimestres [sera] modulé par la pénibilité", "au regard de chacune des fiches de poste". La question d'une meilleure prise en compte de la pénibilité a été mise en avant par les cinq prétendants à la primaire de gauche. Jérôme Guedj et Olivier Faure ont également dit leur souhait de voir abaisser l'âge de départ à taux plein, aujourd'hui fixé à 67 ans, à 66 ou 65 ans. Quant à l'introduction d'une part de capitalisation individuelle, ils y sont opposés.
Le soutien à l'Ukraine a fait apparaître de nouveaux désaccords entre les candidats à la primaire, et notamment sur le rôle de la diplomatie. "Il faut maintenir la défense de l’Ukraine, mais il faut faire le même effort pour arrêter cette guerre", a défendu Ségolène Royal, misant sur le dialogue et ouvrant la porte à la négociation avec la Russie pour mettre fin au conflit. "C'est un discours que je trouve naïf", a répondu Jérôme Guedj, déclenchant la colère de sa rivale. Pour lui, ouvrir la négociation avec Vladimir Poutine reviendrait à rendre possible l’annexion d’une partie du territoire ukrainien et ferait avancer vers une "paix munichoise". Emmanuel Maurel a, lui, pris ses distances avec cette référence historique et dit comprendre Ségolène Royal, tout en soulignant malgré tout que "Vladimir Poutine ne veut pas dialoguer".
Raphaël Glucksmann, lui, souhaite "renforcer" l'aide à l'Ukraine. "Ce qui se joue, c'est l'avenir de l'Europe", insiste-t-il. Il a proposé de saisir les avoirs publics russes pour financer ce soutien, une mesure également défendue par Olivier Faure, pour qui les ambitions de Vladimir Poutine ne se limitent pas à l’Ukraine. Tous s'accordent à renforcer la défense européenne.
Pour Emmanuel Maurel, la situation des familles monoparentales doit être un "enjeu de mobilisation nationale", soulignant que 34% d'entre elles vivent sous le seuil de pauvreté. Il propose de défiscaliser les pensions alimentaires, d’augmenter l’allocation de soutien familial (ASF) et d’indexer les salaires sur l’inflation. De son côté, Jérôme Guedj, plaide pour un statut de la monoparentalité spécifique, comprenant des mesures sur le logement et la garde des enfants, ainsi que pour le versement des allocations familiales dès le premier enfant et une "Sécurité sociale intégrale" couvrant la totalité des frais de santé.
Raphaël Glucksmann partage aussi l'idée d'un statut des parents solos, et met sur la table l'idée d'une taxation des "méga héritages", au-delà des deux millions d'euros pour financer une réduction de la CSG sur les salaires. Olivier Faure veut lui s'attaquer aux mauvaises conditions de travail, et à "l'imprévisibilité des horaires". Il défend l'idée de l'application de la convention collective d'un donneur d'ordre plutôt que sur celle des entreprises sous-traitantes.
Sur la question énergétique, pas question de se prononcer contre le nucléaire. "Incontournable", a commencé Jérôme Guedj, rejoint par ses quatre concurrents de gauche. Tous défendent l'idée de conserver le nucléaire et de développer, dans le même temps, les énergies renouvelables. "Le nucléaire autant que nécessaire, les renouvelables autant qu'il est possible", a résumé Olivier Faure, qui a ajouté ne pas être "un obstiné contre le nucléaire". "La France a besoin des deux", du nucléaire et des renouvelables, a poursuivi Raphaël Glucksmann, en insistant sur la nécessité de ne pas être "dépendant de régimes qui ne partagent aucun de nos principes et sont en lutte contre nos intérêts", comme la Russie.
"Il faut faire des efforts en matière d'économie d'énergie", a également déclaré Ségolène Royal, quand Emmanuel Maurel a estimé que "la priorité, c'est l'électrification des usages". Avec ses camarades, ce dernier a défendu l'importance de déployer le recours aux voitures électriques, via notamment le leasing social. "Une voiture électrique pour tous, à 10 ou 15.000 euros", a lancé Jérôme Guedj.
En fin d'émission, les candidats ont été interrogés sur la question de l'immigration, et plus particulièrement sur celle de la régularisation des travailleurs sans papiers. "L'honneur de l'Europe a été représentée par Pedro Sanchez. (...) Il faut faire la même chose ici", a lancé Olivier Faure, évoquant le président espagnol. "L'économie française ne tourne pas toute seule", a-t-il ajouté, rejoint par ses camarades de gauche. "Nous le ferons [la régularisation] et ce sera populaire", a abondé Raphaël Glucksmann, qui appelle à "arrêter d'avoir peur des diktats du Rassemblement national sur cette question".
Là encore, Jérôme Guedj a fait un pas de côté par rapport à ses concurrents, évoquant "le courage de la nuance". Le député s'est dit favorable à "une planification" de l'immigration, avec une loi de programmation qui introduirait une "préférence travail", en fonction des secteurs professionnels en demande. L'élu a refusé de parler de "quotas", car avec ce mot, "vous introduisez l'idée qu'on va chercher telle ou telle nationalité", ce qui n'est pas le cas dans sa proposition.
Interrogés sur ce qu'ils retiennent du quinquennat de François Hollande, les candidats à la primaire sociale-démocrate ont, pour la plupart, pris leurs distances avec cette période. Raphaël Glucksmann a salué l’annulation de la vente des navires Mistral à la Russie de Vladimir Poutine, tandis que Ségolène Royal a mis en avant la COP21. Emmanuel Maurel, de son côté, a cité la possibilité d'obtenir la retraite à 60 ans en cas de carrières longues. Jérôme Guedj a lui cité la créations de postes dans l'enseignement et Olivier Faure a mis en lumière la gestion de la situation internationale, et notamment le Mali.
Mais les débatteurs du soir ont globalement eu un regard dur sur ce bilan, en critiquant notamment la loi travail ou le projet de déchéance de nationalité. Ils dénoncent aussi le rôle actuel de l'ancien chef de l'Etat. Emmanuel Maurel a notamment interrogé ses ambitions sur la présidentielle, en se demandant s'il n'était pas plus honnête de participer à la primaire.
Après trois débats télévisés et une campagne de plusieurs semaines, les sympathisants de la gauche sociale-démocrate sont désormais appelés à départager les cinq candidats lors du premier tour de la primaire, les 9 et 10 octobre. Au-delà du choix d’une personnalité, le scrutin doit trancher les désaccords stratégiques qui ont traversé les débats, notamment sur les alliances à gauche.