Mobilisation lycéenne, budget, situation internationale...: Ce qu'il faut retenir du deuxième débat de la primaire de gauche

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Les candidats de la primaire de gauche lors du deuxième débat
Les candidats de la primaire de gauche lors du deuxième débat, le 1er octobre 2026.
par Soizic BONVARLET, le Jeudi 1 octobre 2026 à 23:19, mis à jour le Jeudi 1 octobre 2026 à 23:41

Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel se sont affrontés ce jeudi soir à l'occasion du deuxième débat de la primaire sociale-démocrate, en direct sur France 2 et France Inter. Et c’est une nouvelle fois, la question du positionnement par rapport à La France insoumise qui a cristallisé les tensions.

Après le débat du 23 septembre sur LCI, les cinq candidats de la primaire de gauche se sont à nouveau retrouvés ce jeudi soir. Lors d'échanges largement dominés par l'actualité, de nouvelles lignes de fracture sont apparues, tout comme des convergences entre certains candidats.

LCP vous raconte les moments les plus marquants.

- Mobilisation lycéenne: consensus sur une colère "légitime" et une violence "inacceptable"

"Un cri pour la défense des services publics". C'est ainsi que Jérôme Guedj qualifie le mouvement des lycéens, lançant un appel pour que "dans chaque lycée, soit organisé le recueil de la parole". Il estime dans le même temps qu'"aucune violence n’est acceptable", et condamne "ceux qui dénaturent la colère légitime des lycéens".

"Les violences sont insupportables (...) mais le problème de fond existe", juge Olivier Faure, appelant à regarder "la lune, pas le doigt". "On voit la droite et l'extrême droite se jeter sur les débordements pour délégitimer un mouvement qui est légitime", déplore aussi Emmanuel Maurel.

"La gauche doit tenir un discours de fermeté", estime Raphaël Glucksmann dans une référence commune à la condamnation nécessaire de la violence et à la sauvegarde du service public de l'éducation. "Je les juge totalement irresponsables", a indiqué le député européen au regard des "responsables politiques de La France insoumise" qui "jouent avec le feu", tout en estimant que "ce n'est pas le plus important".

Ségolène Royal choisit d'adresser un message aux lycéens : "Ce pouvoir-là ne vous donnera rien, arrêtez de vous abîmer (...) Rentrez chez vous".

- Budget: la justice fiscale au coeur des débats

Évoquant des "efforts" et des "économies" nécessaires, Jérôme Guedj affirme vouloir "redresser dans la justice". "Oui il y aura une taxe Zucman", assume pour sa part Olivier Faure à propos de cet impôt plancher de 2 % par an sur les patrimoines excédant 100 millions d'euros. "Cette injustice indécente, tous les Français la ressentent", abonde Emmanuel Maurel, estimant qu'"on demande aux Français de faire des efforts, sauf à ceux qui devraient en faire".

"Il y a cette explosion des inégalités qui est devenue indécente, insupportable", estime également Ségolène Royal qui souhaite instaurer un "ordre juste fiscal", en rétablissant notamment l'impôt sur les grandes fortunes (ISF). Proposant de répondre à la "crise de pouvoir d'achat" en baissant les taxes sur les carburants, elle s'est vue opposer "des aides ciblées" par Raphaël Glucksmann, ce dernier jugeant qu'"on n'a pas besoin d'aider ceux qui partent en week-end avec leur grosse cylindrée".

"Il y a des mesures qui sont d'ordre général et qui sont possibles sans toucher au budget de l'Etat", considère de son côté Olivier Faure. "Vous avez en ce moment des gens qui ont des taux de marge qui ont bondi, multipliés par sept (...) On peut travailler sur les marges des producteurs et des raffineurs", fait aussi valoir le premier secrétaire du PS.

"La priorité, je vous le dis, c'est ne plus être addict, ne plus être drogué aux hydrocarbures", estime Emmanuel Maurel, qui propose de baisser la TVA sur l'électricité, qualifiant la mesure d''acte un de l'électrification". "On ne peut pas aller à l'élection présidentielle avec un litre de carburant à 3 euros. Parce que ça, sans jeu de mots, c'est le carburant de tous les dégagismes et de tous les populismes", conclut Jérôme Guedj, partisan d'une baisse des taxes sur les carburants "significative d'emblée".

Sur la rémunération du travail et la proposition de Raphaël Glucksmann de baisser la CSG sociale sur les salaires, ce afin de "rapprocher le salaire net du salaire brut", Ségolène Royal a dénoncé un dispositif "dangereux". "C'est transférer vers le budget de l'Etat une cotisation sociale", critique la candidate, constat partagé par Emmanuel Maurel et Olivier Faure, ce dernier allant jusqu'à qualifier cette mesure de "droite".

- Jordan Bardella, un antisémitisme prévisible

Jordan Bardella "est totalement disqualifié", juge Olivier Faure. "Un parti qui a été fondé par des Waffen-SS, et dont le président est antisémite, ça ne devrait surprendre personne", lance à son tour Emmanuel Maurel. Pour Raphaël Glucksmann, "quand on adhère au Rassemblement national en suivant les vidéos de Soral, et bien on produit ce genre de texte". "La dédiabolisation sur l'ADN d'un parti créé dans les conditions que l'on sait avec Alain Soral dans le paysage, avec Frédéric Chatillon, tout cela ne doit duper personne", abonde Jérôme Guedj.

"Comment est-ce que cette imposture a pu durer aussi longtemps ?", s'est pour sa part exclamée Ségolène Royal, faisant valoir que le président du Rassemblement national ne s'était "jamais démarqué" des propos de Jean-Marie Le Pen. La candidate estime aussi qu'il n'est plus légitime à exercer son mandat de député européen. 

- Conflit Russie/Ukraine et passe d'armes Royal/Glucksmann

La plupart des candidats s'accordent sur l'impossibilité de dialoguer avec Vladimir Poutine. "Bien sûr qu'il faudra un jour négocier, mais négocier, ce n'est pas capituler. Et donc ça supposera de le faire avec les Ukrainiens, avec la résistance ukrainienne courageuse qui depuis quatre ans se bat contre un agresseur", estime Olivier Faure. Ségolène Royal se démarque de ses concurrents en estimant qu'il faut "garder le lien du dialogue", et plaidant pour "une commission permanente de négociation", qui "ne pourra pas se faire sans l'Ukraine".

"Nous sommes tous pour la paix, Madame Royal", lui a répondu Raphaël Glucksmann. "Mais c'est la faiblesse qui crée l'invitation à l'agression", estime-t-il aussi, souhaitant que la France soit "le leader de l'opposition européene à Poutine". "Quand Vladimir Poutine envoie un drone chargé d'explosifs via ses services de sécurité sur l'aéroport de Leipzig, en Allemagne, il ne s'attaque pas au sol ukrainien. Il s'attaque au cœur même de l'Union européenne", fait valoir le député européen qui estime avoir "prêché dans le désert" des années durant au regard de la menace incarnée par le dirigeant russe.

"Évidemment, la guerre est effroyable, mais l'histoire européenne nous a appris qu'il y a des paix munichoises qui préparent des guerres encore plus effroyables", estime Jérôme Guedj au diapason des propos de Raphaël Glucksmann.

- Gaza: la qualification de "génocide" divise les candidats

Muni de la Convention de 1948, Olivier Faure fait part de l'une ses premières actions à la tête de l'État s'il venait à être élu président de la République. "Comme Pedro Sanchez en Espagne, je dénoncerai un génocide parce qu'il faut que les mots soient employés", déclare le député. Si Jérôme Guedj condamne "les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité qui ont été commis", il estime qu'au "regard de l'histoire européenne", il faut "un peu de nuance". "N'importons jamais le conflit israélo-palestinien dans nos quartiers, nos villages et dans nos villes", implore-t-il, regrettant que son refus d'utiliser le mot "génocide" l'ait exposé aux critiques véhémentes d'une partie de la gauche.

"Ton combat, c'est de nous faire utiliser un mot qui n'est pas reconnu par la Cour pénale internationale", reproche Raphaël Glucksmann à Olivier Faure. "Maintenant je vais prendre la parole, et tu vas m'écouter", poursuit-il alors que la tension monte d'un cran. "Ce que tu fais est largement obscène, on sait toi et moi ce que tu fais", s'emporte le député européen. "Moi mon combat, c'est que Nétanyahou paye pour ses crimes, qu'il soit déféré devant la justice internationale", ajoute le fondateur de Place publique, opposant "les paroles" et "les actes".

"La dernière fois que j'ai pris la parole mes propos ont été honteusement déformés", a regretté Ségolène Royal en référence au premier débat durant lequel elle avait été accusée par Jérôme Guedj d'"essentialiser" les Juifs de France. Sur le terme de génocide, elle fait valoir qu’il y a "des ministres en Israël qui affirment vouloir un génocide, c’est à dire (...) exterminer la population, les chasser, détruire tellement ce territoire qu’il sera irreconstructible et que la solution à deux États ne puisse pas constituer une solution durable". Elle appelle à se rassembler autour de "la solidarité avec les peuples".

- Alliances politiques: LFI, "l'éléphant dans la pièce"

"Les valeurs comptent en politique", déclare Raphaël Glucksmann qui réitère son refus de s'allier avec La France insoumise. "Il nous faut réaffirmer la doctrine du socialisme démocratique", estime aussi le député européen.

"L'éléphant dans la pièce...", a commenté Olivier Faure à propos de La France insoumise. "Je ne vois pas pourquoi à chaque fois qu'il y a un débat entre nous, le vainqueur par contumace devrait être Jean-Luc Mélenchon", a-t-il déclaré avant de dire la nécessité de "rassembler, réunir, fédérer (...) Si nous ne le faisons pas, ce sera la droite contre l'extrême droite",

"Tu es habité par l'esprit de défaite", lui répond Raphaël Glucksmann, "candidat pour gagner l'élection" et refusant de se projeter "dans un deuxième tour dans lequel nous sommes absents", alors qu'Olivier Faure venait d'indiquer qu'il voterait pour Jean-Luc Mélenchon en cas de finale opposant ce dernier à Marine Le Pen.

"J'ai un problème avec la danse du ventre permanente que tu fais avec La France insoumise en laissant entendre qu'il pourrait y avoir des accords pour les législatives", s'est à son tour emporté Jérôme Guedj à l'égard d'Olivier Faure. 

"Moi je suis une socialiste mitterrandienne (...) Il faut faire alliance avec les partis de gauche, nos partenaires, les Écologistes et le Parti communiste", estime la candidate, indiquant qu'"il est hors de question de se mettre derrière Jean-Luc Mélenchon, sinon on n'aurait pas fait de primaire".

"C'est un débat qui m'avait déjà chagriné la dernière fois, qui me chagrine encore", confie Emmanuel Maurel, évoquant les "valeurs" de la gauche. "Mélenchon de toute façon c'est sa dernière campagne, c'est derrière nous", fait valoir le député avant de prévenir ses concurrents : "Si par malheur, nous n'atteignons pas notre objectif et que Marine Le Pen gagne, nous ferons non seulement l'union de la gauche, mais nous ferons le front républicain".