Les députés socialistes ont annoncé, ce mardi 13 octobre, le maintien de leur motion de rejet préalable sur le projet de budget du gouvernement, dont l'examen doit commencer ce soir dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Et cela, malgré le courrier que leur a envoyé ce même jour le Premier ministre, Sébastien Lecornu.
A quelques heures de l'examen de la motion de rejet préalable déposée par le groupe Socialistes sur le projet de loi de finances pour 2027, Sébastien Lecornu, a écrit ce mardi 13 octobre aux députés présidés par Boris Vallaud. "Nous n'avons pas besoin d'être d'accord sur tout pour continuer à être utiles à notre pays ensemble", écrit notamment le Premier ministre, qui appelle à "organiser nos discussions autour de trois chantiers primordiaux", à savoir la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, l'agriculture et "la jeunesse et l'avenir de nos écoles".
Pas de quoi convaincre les socialistes qui avaient, de leur côté réclamé au gouvernement, dans un courrier daté de début octobre, le dépôt d'une lettre rectificative. Ce qui n'a pas été le cas. "Nous ne voyons pas le chemin du compromis", a réagi la députée Mélanie Thomin, lors de la conférence de presse hebdomadaire du groupe ce mardi, évoquant des "réponses vagues" de Sébastien Lecornu à des "demandes extrêmement précises" du PS. "Il laisse la porte fermée à toute mesure de justice fiscale au nom de la sacro-sainte stabilité fiscale", a-t-elle complété, soulignant un "désaccord majeur".
Dans son courrier du jour aux socialistes, le Premier ministre insiste sur la nécessité de "ramener le déficit public à 5% du PIB en 2027". "Ce point est une contrainte qui s'impose à toutes et à tous", ajoute-t-il. Commentaire d'un cadre du groupe PS : "Donc, on ne discute de rien ! Il ira discuter avec quelqu'un d'autre…"
Revenant sur l'attitude passée des socialistes lors des discussions budgétaires – qui avaient accepté de ne pas censurer le gouvernement après négociations –, Mélanie Thomin a estimé que "pour ouvrir un dialogue, il faut être deux". "La responsabilité est d'abord dans les mains de ceux qui dirigent le pays et qui n'ont pas de majorité", à l'Assemblée nationale, a poursuivi la députée, qui a annoncé le maintien de la motion de rejet qui est "désormais une sommation".
"Notre motion de rejet est une fois encore une alerte et un appel solennel à changer de braquet", renchérit sa collègue Estelle Mercier, cheffe de file du groupe PS sur le budget, dans un communiqué. "Cette lettre (du Premier ministre) énonce comme principe budgétaire la stabilité fiscale, pour une fois encore ne pas mettre à contribution ceux qui peuvent et ne contribuent pas à hauteur de leurs facultés respectives à la solidarité nationale ; tout en continuant à demander à ceux qui ont peu ou rien de se serrer la ceinture", dénonce-t-elle également, pointant du doigt une "stabilité fiscale à géométrie variable".
Dans la salle des Quatre-Colonnes de l'Assemblée nationale, Arthur Delaporte (Socialistes) s'est, lui, dit "consterné" par la réponse de Sébastien Lecornu. "Il connaît nos revendications. Elles sont sur la table depuis des semaines, voire des années", a-t-il indiqué, regrettant qu'en commission des finances, "aucun des amendements du PS de mise à contribution des plus riches n'(aient) été acceptés". "Le Premier ministre se moque de nous !", a conclu l'élu.
L'ensemble du groupe Socialistes soutiendra-t-il cette motion de rejet ? Selon L'Opinion, François Hollande ne la votera pas. Et Sacha Houlié a également indiqué qu'il ferait de même. "Si mauvais soit le projet initial (le budget), le rôle du Parlement est de l'examiner et pas de le renvoyer au Sénat où la copie ne pourra être qu'empirée par une droite encouragée par le nouveau groupe du Rassemblement national", a justifié le député auprès de LCP.
Réponse de Mélanie Thomin, lors du point presse, à ceux qui suivraient cette ligne : "On tient juste à rappeler que toute décision qui est prise collectivement s'applique à toutes et tous dans le groupe."
Si cette motion, qui sera discutée ce mardi soir, était adoptée, le projet de loi de finances serait considéré comme purement et simplement rejeté et serait transmis au Sénat sans être préalablement examiné à l'Assemblée nationale.