Jean-Luc Mélenchon dévoile son programme pour l’élection présidentielle de 2027. Avec cette nouvelle version de "L’Avenir en commun", La France insoumise place l’urgence écologique au premier plan, et défend des mesures comme le Smic à 1 700 euros net, la retraite à 60 ans ou encore le service écologique obligatoire. LCP décrypte les principales mesures et les nouveautés par rapport à 2022.
C'est un livre de 212 pages qui compile, selon La France insoumise, 1 069 mesures, dont 238 nouveautés. LFI publie ce vendredi la nouvelle mouture de L'Avenir en commun (éditions La Dispute), qui fait office de programme pour la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Il sera présenté en grandes pompes ce samedi après-midi lors d'un meeting organisé au Bourget, en Seine-Saint-Denis.
Le leader de LFI affirme dans son introduction à l'ouvrage que celui-ci doit "répondre, pour le peuple de France, à la crise de la civilisation humaine". Ecologie, dette, économie, pouvoir d'achat, Palestine, Ukraine, IA... LCP vous dresse le panorama des principales mesures du programme de Jean-Luc Mélenchon, tout en mettant en lumière ses nouveautés par rapport à la précédente campagne présidentielle.
C'est l'un des premiers changements de l'Avenir en commun. "Il y a une réorganisation fondamentale de ce programme, qui commence par l'urgence écologique", a expliqué la députée Clémence Guetté, qui a coordonné le programme, ce vendredi matin sur France inter. "Un programme, en phase avec ce moment du monde, doit commencer par la bifurcation écologique", écrit aussi en introduction du livre Jean-Luc Mélenchon, qui ajoute vouloir "construire une République écologique".
Le programme écologique des Insoumis met toujours en avant la sortie "progressive" du nucléaire ainsi que la "règle verte", "selon laquelle on ne prélève pas davantage sur la nature que ce qu'elle est en état de reconstituer". La France insoumise conserve aussi l'objectif d'une baisse de 65 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2033 (contre 2030 dans le programme de 2022) et l'objectif d'atteindre 100 % d'énergies renouvelables "au plus tard en 2060" (contre 2050 dans le programme de 2022).
Le changement climatique et son lot de bouleversementS pour la vie sur terre ont commencé et sont irréversibles. Jean-Luc Mélenchon
La volonté de créer des éco-régions figure bien dans le programme des Insoumis. "Les régions seront réorganisées pour coïncider avec les grandes réalités écologiques du territoire français, et en premier lieu avec les bassins versants", écrit Jean-Luc Mélenchon. Mise en lumière en juillet dernier, cette mesure figurait déjà dans le programme de LFI en 2022.
Parmi les nouvelles mesures figurent un "développement d'une filière française de bombardiers d'eau et de drones pour lutter contre les feux de forêts" et une interdiction des "vols de nuit dans tous les aéroports français entre 23 heures et 6 heures". Les insoumis proposent aussi d'établir des "seuils thermiques minimaux et maximaux dans les locaux intérieurs de travail".
LFI a fait évoluer la "conscription citoyenne de neuf mois pour les femmes et les hommes de moins de 25 ans" proposée en 2022 en la transformant en "conscription citoyenne écologique" obligatoire, rémunérée au Smic, dont la "tâche principale sera d'aider à l'adaptation de notre société aux crises liées au bouleversement climatique".
C'est l'une des propositions les plus discutées de ce début de campagne. La volonté de La France insoumise de "geler" la part de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne (BCE) figure bien, comme en 2022, dans le programme de Jean-Luc Mélenchon.
De nouvelles mesures figurent aussi dans l'Avenir en commun version 2027 : la "proposition" de modifier le traité de fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) et du statut de la BCE "pour lui permettre d'acheter de la dette publique sans passer par les banques privées", mais aussi le fait d'"interdire à la BCE de revendre sur les marchés financiers la part de dette des Etats qu'elle détient".
Le programme l'Avenir en commun maintient les mesures économiques les plus emblématiques des précédentes campagnes : rétablissement d'un ISF "incluant un volet climatique", impôt sur le revenu progressif à 14 tranches, suppression de la flat tax, création d'un héritage maximal de 12 millions d'euros ou encore un écart maximal de salaire de 1 à 20 dans les entreprises... La taxe Zucman, qui ne figurait pas dans le programme de 2022 mais dans son actualisation de 2025, est conservée.
Dans son introduction, Jean-Luc Mélenchon promet aussi, s'agissant de la sécurité sociale, de créer une "cotisation sociale élargie mettant à contribution les revenus du capital". Le candidat à l'élection présidentielle ajoute qu'il n'y aura "pas d'arrosage d'aides publiques sans contreparties écologiques et sociales et sans engagements sur les objectifs du Plan".
Sur la question du pouvoir d'achat, Jean-Luc Mélenchon conserve aussi ses fondamentaux en proposant d'augmenter immédiatement le Smic à 1700 euros nets, de revaloriser le point d'indice des fonctionnaires et les APL de 10 % ou de créer une "garantie d'autonomie" au niveau du seuil de pauvreté (1337 euros). Proposant de restaurer, à terme, le "droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités de cotisations", les insoumis souhaitent aussi "supprimer les avantages fiscaux de la retraite par capitalisation pour financer le système par répartition".
Le programme de LFI met aussi en avant le concept de "Nouvelle France", récemment théorisé par Jean-Luc Mélenchon. "Un adage dit que chaque génération est un peuple nouveau", écrit le candidat à l'élection présidentielle, qui propose aux Français un choix entre le "suprémacisme" et le "collectivisme".
"Comment comprendre la France sans voir aussi que la moitié de son peuple, les femmes, s'est transformée du tout au tout ? Comment ne pas voir à quel point le peuple français a été brassé par les migrations ? Et d'abord par les migrations intérieures !", écrit le candidat à l'élection présidentielle.
La France insoumise propose par exemple de "décoloniser les mentalités" en reconnaissant "le massacre des Algériens du 17 octobre 1961 comme un crime d'Etat au cours d'une journée nationale de commémoration". Autre nouveauté : "homologuer la formation à la lutte contre les discriminations par un brevet obligatoire pour les policiers."
La Nouvelle France s'identifie aux luttes d'émancipation de celles et ceux qui y ont mis fin. Extrait du programme
"La Nouvelle France sera un pays qui ne laissera pas sa jeunesse dans les longues files d'attente pour l'aide alimentaire", écrivent aussi les insoumis. En plus de la garantie d'autonomie dont pourront bénéficier les "jeunes détachés du foyer fiscal parental", les Insoumis proposent de mieux financer les repas à un euro pour offrir un "repas de qualité", mais aussi de "relancer la construction de logements sociaux pour les étudiants et jeunes travailleurs". Autre nouvelle mesure : le remboursement des séances de psychothérapie pour les moins de 26 ans.
Puisque "les familles ne sont plus construites selon une norme unique", les insoumis proposent un statut de "famille monoparentale" ouvrant droit à des réductions de tarifs dans les transports et les services publics.
Clémence Guetté, qui a défendu de telles mesures à la fin de l'été, a intégré dans le programme de LFI des dispositions en faveur de l'amitié, comme l'ouverture d'un congé pour le décès d'un proche, qui peut être un membre de la famille ou un ami, mais aussi la reconnaissance du baptême civil. Les insoumis s'emparent aussi du thème de la solitude, en proposant d'"en finir avec la privatisation et la destruction des espaces communs et publics". LFI promet également de "combattre les logiques 'no kids' qui discriminent les enfants dans l'espace public, les transports, les lieux de vacances".
La section dédiée à la 6e République est reléguée, contrairement à 2022, à la fin de l'ouvrage. Les insoumis proposent toujours de convoquer un référendum via l'article 11 de la Constitution pour engager le processus qui permettra de passer à une nouvelle République. En 2022, LFI voulait empêcher les parlementaires des "anciennes assemblées" de siéger dans l'Assemblée constituante, qui sera chargée de rédiger la nouvelle Constitution : cette mention ne figure plus dans l'Avenir en commun version 2027.
La France insoumise propose toujours d'élire l'Assemblée nationale au scrutin proportionnel et de supprimer les procédures de "votes forcés" comme l'article 49.3 de la Constitution. Réagissant au succès récent des pétitions citoyennes mises en ligne sur le site de l'Assemblée nationale, l'Avenir en commun prévoit d'obliger l'Assemblée nationale à débattre des pétitions qui ont recueilli plus de 500 000 signatures.
Les insoumis ont par ailleurs ajouté à leur programme l'organisation de "l'accession de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie à l'indépendance au 1er janvier 2028 par la convocation d'un référendum national ouvrant la voie à une consultation locale".
Comme en 2022, La France insoumise souhaite désobéir à certaines règles de fonctionnement de l'Union européenne. Les insoumis proposent cette fois un moratoire, voté par le Parlement français, sur la "libre circulation sans limite des marchandises et des capitaux", les "règles de concurrence appliquées (...) aux services publics", "l'Europe de la défense, aujourd'hui toujours conçue comme un 'pilier européen de l'Otan'" ou encore "les accords de libre-échange".
"Nous appliquerons immédiatement, dans tous les cas, notre programme au niveau national", écrivent les insoumis, qui préviennent qu'il faudra "assumer la confrontation avec les institutions européennes". LFI assume aussi une forme de "désobéissance aux règles bloquantes, chaque fois que cela sera nécessaire".
Le programme présidentiel de LFI prévoit, comme en 2022, un retrait "immédiat" du commandement intégré de l'Otan, mais aussi "par étapes, de l'organisation elle-même". Conséquence de la diplomatie menée par Donald Trump ces dernières années, certaines dispositions sont inédites, comme le fait de "protéger le Groenland" ou encore de "rejeter le tribut, exigé par les Etats-Unis, de 5 % du PIB consacré aux dépenses de défense".
"Qui (...) crée le chaos et la prolifération des guerres dans les relations internationales ? C'est le déclin de l'empire des Etats-Unis d'Amérique. Il est un danger pour le monde entier, car il est géré d'une manière agressive par les élites de cet empire", écrit Jean-Luc Mélenchon dans son introduction. Les insoumis, qui souhaitent "renforcer l'Onu pour faire vivre un monde ordonné", estiment que "la France doit prendre la tête du camp de la paix".
"Les droits des peuples doivent s'appliquer en Ukraine comme en Palestine", écrit aussi Jean-Luc Mélenchon. Le candidat à l'élection présidentielle propose de défendre "la souveraineté effective de l'Etat de Palestine sur l'ensemble des territoires palestiniens occupés depuis 1967".
Un changement est toutefois à noter : LFI propose de "prendre en compte les autres possibilités d'assurer les droits individuels et collectifs internationalement reconnus des Palestiniens", comme "par exemple", l'instauration d'un "Etat binational égalitaire".
Concernant l'Ukraine, le programme prévoit "d'agir pour créer un cadre diplomatique permettant d'obtenir un cessez-le-feu, le retrait des troupes russes et l'ouverture de négociations pour une paix durable reposant notamment sur des garanties de sécurité collective".
LFI consacre une section de son programme à l'intelligence artificielle en prônant une "démarche rationnelle" en développant une IA qui "sert des objectifs de progrès humains" tout en les "limitant dans le cas contraire". Les insoumis reconduisent la proposition de "créer la mission nationale de maîtrise de l'intelligence artificielle", qui était déjà présente dans l'Avenir en commun version 2022.
Ils souhaitent notamment interdire les IA "ayant pour objectif de simuler une relation affective avec l'utilisateur" et proposent de créer une autorité nationale qui devra délivrer des autorisations de mise sur le marché à des IA jugées à "haut risque".