Présidentielle 2027: pourquoi Jean-Luc Mélenchon lance-t-il sa campagne à Saint-Denis?

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Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko, le 4 avril 2026, à Saint-Denis.
Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko, le 4 avril 2026, à Saint-Denis. (Thomas Samson - AFP)
par Maxence Kagni, le Dimanche 7 juin 2026 à 07:05

Jean-Luc Mélenchon organise ce dimanche son premier meeting de candidat à l'élection présidentielle de 2027. En choisissant Saint-Denis, les insoumis, qui disent attendre 10.000 personnes, souhaitent envoyer un message au camp présidentiel, au Rassemblement national, mais aussi à toute la gauche.

Ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon lance sa campagne "dans un lieu qui porte quelque chose de l'histoire de France". Le candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle organise son premier meeting à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), "entre la Basilique du XIIe siècle et l'Hôtel de ville" : "Moi, je crois à ça, la force des lieux", a expliqué l'ancien député des Bouches-du-Rhône ce jeudi, dans une interview donnée à Radio Nova. 

Mais pourquoi donc la campagne de Jean-Luc Mélenchon se lance-t-elle dans la "ville des rois morts et du peuple vivant" comme aiment à le dire les insoumis ? "Saint-Denis est une ville historique qui représente la France, voire la nouvelle France, que l'on appelle de nos voeux", explique à LCP le maire de la ville, Bally Bagayoko (LFI). Peuplée de 150 000 habitants, Saint-Denis a été ravie aux socialistes lors des dernières élections municipales. Elle est la plus grande ville dirigée par le mouvement insoumis. 

Un message envoyé à la "macronie"

"Saint-Denis est évidemment un symbole des mairies insoumises qui déjà, très concrètement, mettent en œuvre notre programme, Bally Bagayoko a déjà eu un certain nombre de décisions fortes qui dessinent ce que nous voulons faire de la France", commente auprès de LCP la députée LFI Aurélie Trouvé, élue dans la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis. Parmi ces mesures figurent la suspension de l'usage des LBD, la réouverture de certains services publics ou encore la création d'une mutuelle communale pour les habitants qui le souhaitent.

"Le choix de Saint-Denis est un message envoyé à la macronie et au président de la République puisque s'il est vrai que des efforts financiers ont été faits ici ou là par l'Etat, ils n'ont jamais été à la hauteur de l'enjeu", ajoute Bally Bagayoko, qui dénonce la conséquence des baisses des dotations pour les collectivités locales en 2026. "Notre ville a besoin d'un Etat fort, et d'un président de la République qui reconnaît nos difficultés, qui se donne la possibilité de les corriger et qui fait le choix de la grande masse populaire", explique l'édile. 

Une "nouvelle France"

Saint-Denis est aussi, selon Aurélie Trouvé et Bally Bagayoko, une ville "à la pointe de la solidarité et de la résistance", "jeune, diverse" et surtout représentative de la "nouvelle France". Ce concept, théorisé par Jean-Luc Mélenchon, vise selon les insoumis à dépeindre la France telle qu'elle est aujourd'hui en prenant en compte ses "importantes mutations sociologiques, économiques et même anthropologiques" depuis 1958. L'objectif est de faire un "objet politique" d’un "ensemble de groupes sociaux émergents, en pleine dynamique et particulièrement visés par le système économique et politique". Parmi eux les femmes, les immigrés et leurs descendants, la jeunesse, la "nouvelle classe ouvrière" et les urbains.

"J'ai proposé un concept hameçon, c'est une tactique de combat", a commenté ce jeudi Jean-Luc Mélenchon sur Radio Nova. L'ancien député a reconnu avoir abordé cette question par "l'endroit qui allait faire surréagir" afin d'imposer le concept dans le débat public. L'ancien Premier ministre Gabriel Attal (Ensemble pour la République) a récemment jugé que ce concept était "la négation de la France" et la "dissolution de la République". La "nouvelle France" a été critiquée jusqu'au sein de la gauche radicale, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel la jugeant "communautariste". 

Lutter contre le racisme

Mais la critique la plus virulente vient, sans surprise, du Rassemblement national : "C'est un projet de société dangereux, anti-républicain, qui classifie les Français selon leurs couleurs de peau, leurs origines, leurs confessions", dénonce le député RN Julien Odoul, auprès de LCP. Selon lui, le choix de Saint-Denis pour lancer la campagne des insoumis "coule de source" : "Cette ville représente pour Jean-Luc Mélenchon une France communautarisée qui a fait du racisme anti-blancs une marque de fabrique, c'est une ville symbole de l'islamogauchisme, du remplacement du peuple de France historique par la créolisation", commente encore l'élu de l'Yonne.

"Le fait de commencer la campagne à Saint-Denis permet de dénoncer les attitudes racistes qui montent dans la société", répond Bally Bagayoko, qui critique "le grand délire de l'extrême droite". L'édile ironise également sur Jordan Bardella, qui affirme avoir grandi à Saint-Denis : "On fera la démonstration que les Dyonisiens n'ont absolument rien à voir avec l'idéologie puante qu'il essaie de déverser", ajoute-t-il.

"Montrer que la force est là"

Le meeting de ce dimanche servira enfin de message envoyé au reste de la gauche, pour l'instant empêtrée dans l'organisation d'une éventuelle primaire pour désigner son candidat. "Nous, c’est carré. Il y a une équipe, un programme, un seul candidat et on se met au travail", avait prévenu Jean-Luc Mélenchon lors de sa déclaration de candidature, en avril dernier.

Sur les réseaux sociaux, ses proches se déploient pour vanter un "événement populaire historique" qui a pour objectif de "remplir la place Victor-Hugo à Saint-Denis". Dans une ville qui a voté à 61% pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle de 2022, le pari présente peu de risques : "On n'a jamais eu autant de personnes inscrites pour un meeting. Je pense qu'il y aura au moins 10.000 personnes présentes", a affirmé ce jeudi à l'AFP Manuel Bompard, le coordinateur de LFI et directeur de la campagne.

Les insoumis veulent montrer qu'ils sont incontournables : "On n'a pas de volonté d'écraser, d'hégémonie, nous avons plutôt une volonté de rassemblement, nous voulons faire l'union sur une ligne de rupture", explique Aurélie Trouvé, qui se dit prête à gouverner avec les écologistes et les communistes. Ce jeudi, toujours sur Radio Nova, Jean-Luc Mélenchon a prévenu toute la gauche : "Le public insoumis vient pour faire une démonstration, porter un message, montrer que la force est là."