La proposition de faire du Canada un membre associé de l’Union européenne a marqué le discours sur l’Etat de l’Union de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, mercredi à Strasbourg. Un message fort envoyé à Donald Trump mais un statut juridique à inventer et à faire accepter par les 27. C’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.
Mercredi matin au Parlement européen à Strasbourg, dans un discours fleuve sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne a pris de court tous les observateurs de la sphère européenne. En présence du Premier ministre canadien Mark Carney, invité pour l’occasion, Ursula von der Leyen a proposé que le Canada devienne un membre associé de l’Union européenne.
"Nous voyons le monde avec les mêmes yeux : de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique", a expliqué Ursula von der Leyen, appelant à "créer une alliance pour le futur, vers la création d’un espace commun de prospérité et de sécurité économique". L’idée est de renforcer les liens avec ce pays alors que l’allié américain fait de plus en plus défaut aux Occidentaux, sur les plans commerciaux, sécuritaires et démocratiques.
"C’est un signal de solidarité avec le Canada qui subit une guerre commerciale très forte de la part des Etats-Unis de Donald Trump", analyse Dirk Gotink, eurodéputé néerlandais, membre du groupe du Parti populaire européen (PPE), au centre-droit du Parlement européen, interrogé dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. "Le Canada est un partenaire fiable des Européens avec qui nous avons par exemple signé le CETA", accord de libre-échange, appliqué provisoirement par Bruxelles car il n’a pas encore été ratifié par dix Etats-membres.
Le partenariat UE-Canada est également développé dans le secteur de la défense. Les Canadiens font partie de la Coalition des volontaires, ensemble de 35 pays soutenant l’Ukraine emmenés par la France et le Royaume-Uni. Ottawa bénéficie aussi du programme européen SAFE, qui offre 150 milliards d’euros de prêts pour des projets communs militaires. “La question qui est posée au fond est : “si les Etats-Unis ne sont plus avec nous, qu’allons-nous faire, nous les démocraties libérales dont le système est basé sur le droit ?”
Pour l’eurodéputée socialiste espagnole, Laura Ballarin, "l’UE et le Canada partagent les mêmes idées sur de nombreux sujets comme le climat, l’énergie, l'intelligence artificielle. Les Etats-Unis de Donald Trump ont montré plusieurs fois qu’on ne pouvait pas compter sur eux. Ce discours de la présidente von der Leyen en présence de Mark Carney a envoyé un message très fort à Donald Trump."
Un message qui a été clairement mal reçu par le locataire de Washington. Jeudi matin, Donald Trump a dénoncé "un acte hostile". "S’ils font cela, j’imposerai des droits de douane très lourds ou je cesserai tout commerce avec l’Europe". Réponse immédiate de Mark Carney, lors de son discours à Strasbourg devant les eurodéputés : "Personne ne dictera au Canada avec qui il peut signer des accords".
Une partie des députés européens ont accueilli cette annonce canadienne avec plus de scepticisme, notamment parmi les élus du Rassemblement national, à l’image de Virginie Joron, sur le plateau d’Ici l’Europe. “Je ne comprends pas trop cette démarche, car à 27 Etats-membres on a déjà du mal à se faire entendre. Et puis le statut de membre associé on ne sait pas ce que c’est, il faudra voir ce qu’il y a dans les tiroirs…”
Actuellement, il n’existe pas de statut de membre associé dans les traités de l’Union européenne, même si certains pays ont déjà des liens juridiques étroits avec les 27. Par exemple, l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein appartiennent à l’espace Schengen, à l’intérieur duquel les déplacements s’effectuent sans contrôle aux frontières. Ces quatre pays appliquent également, à périmètres variables, les règles du marché unique qui favorisent la libre circulation des marchandises.
Ursula von der Leyen a surpris son monde avec cette proposition y compris les capitales européennes dont beaucoup affirment n’avoir pas été mises au courant. Néanmoins, il semble probable que Paris et Berlin aient donné leur aval avant l’annonce. Le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà posé sur la table en mai dernier l’idée d’un statut de membre associé pour l’Ukraine, une sorte d’étape intermédiaire avant son adhésion à l’UE. Emmanuel Macron, lui, avait déjà prévu une visite de trois jours ce week-end à Saint-Pierre-et-Miquelon, aux côtés du Premier ministre Mark Carney, sans doute pour soutenir le renforcement de cette alliance UE-Canada face à Donald Trump.
Retrouvez l'intégralité du débat dans "Ici l'Europe", avec Caroline de Camaret (France24) et Thibault Henocque (LCP).