Messe à la Concorde, réception à l'Élysée: ce que la laïcité permet (et ne permet pas) lors de la visite du pape

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Le pape Léon XIV, en 2025.
Le pape Léon XIV. European Union, 2025, licensed under CC BY 4.0
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Vendredi 25 septembre 2026 à 07:05

Un dispositif de sécurité hors norme sera déployé lors de la visite du pape Léon XIV en France, avec une attention toute particulière pour la séquence parisienne, vendredi 25 et samedi 26 septembre. Comment le principe de laïcité s'applique-t-il lors d'une telle visite ?

Du 25 au 28 septembre, le pape Léon XIV sera en France, à Paris, puis à Lourdes et à Metz. Dans la capitale, une grande messe se tiendra en plein air, place de la Concorde, samedi à partir de 15h. Le représentant d'un culte peut-il s'exprimer ainsi dans l'espace public ? Que permet, ou non, le principe de laïcité ? LCP fait le point.

La loi de 1905 "garantit le libre exercice des cultes"

En France, la loi du 9 décembre 1905 portant séparation de l'Église et de l'État pose les bases de la laïcité. "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public", indique son article 1er. Un point sur lequel était revenu le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, début septembre dans une interview à La Croix. "La laïcité garantit la libre utilisation de l’espace public pourvu que la manifestation soit déclarée et qu’elle ne trouble pas l’ordre public", expliquait-il alors.

Devançant d'éventuelles critiques, le locataire de la place Beauvau ajoutait : "Je m'attends au débat sur le fait qu'on autoriserait pour l'Église ce que l'on ne permet pas à d'autres cultes, mais cette critique n’est pas pertinente. Dès lors que les règles sont respectées, toutes les religions sont traitées de la même façon, comme l'exige la loi de 1905."

Il y a quelques jours, dans La Tribune Dimanche, l'archevêque de Paris, Monseigneur Laurent Ulrich, considérait que l'Église n'était "pas en train de franchir une ligne infranchissable" avec la messe prévue place de la Concorde, car "la République laïque permet l'expression publique de tous les cultes, à condition que cela ne perturbe pas l'ordre public". 

Cet événement, comme pour toute manifestation organisée sur la voie publique, a fait l'objet d'une déclaration préalable auprès du préfet de police, qui l'a acceptée.

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L'Église paie les dépenses liées au culte, l'État assure la sécurité

Dans ce programme papal, "tout ce qui est relatif aux dépenses du culte : la mise en place de l'autel, les cérémonies, la scénographie, les sièges, la logistique, la sécurité privée... doivent être supportés par l'Église", explique à l'AFP Clément Benelbaz, maître de conférence en droit public à l'université Savoie-Mont-Blanc. Par contre, "les dépenses liées à la sécurité incombent à l'État", ajoute-t-il, en précisant que cette obligation est indépendante de la nature de l'événement, puisqu'il "relève du rôle de l'État d'assurer la sécurité des personnes et la bonne tenue de l'événement, comme il le ferait pour n'importe quelle autre [manifestation]".

À ce titre, l'État a annoncé un dispositif de sécurité exceptionnel, comprenant 15.000 membres des forces de l'ordre, ainsi que 2.500 sapeurs-pompiers. "Ce voyage apostolique n'est pas un événement à but lucratif, mais un voyage officiel. Comme pour la venue d'un chef d'État ou de gouvernement étranger, l'État prend en charge la sécurité", a souligné le Laurent  Nuñez. La particularité du pape étant qu'il est à la fois le chef de l'Église catholique et le chef de l'État du Vatican.

Le budget de ce voyage a été chiffré à 27 millions d'euros par la Conférence des évêques de France (CEF). La logistique est considérable : pour la seule messe du samedi, plus d'une quarantaine d'écrans géants seront installés sur les Champs-Élysées (d'un coût unitaire de 50.000 euros), ainsi que des sanitaires, des accès à l'eau, etc. La ville de Paris a expliqué qu'elle ne fera pas payer la mise à disposition de l'espace public pour la messe, car "aucune redevance d'occupation du domaine public n'est facturée lorsqu’un espace est occupé dans le cadre d'une manifestation gratuite pour le public".

"L'État assure les frais liés à la sécurité républicaine et aux chefs d'État. L'Église de France prend en charge l'organisation des événements pastoraux grâce aux dons des fidèles", peut-on lire sur le site dédié à la visite papale. 

En Alsace et en Moselle, où la loi de 1905 ne s'applique pas du fait d'un concordat datant de 1801, la justice administrative a débouté des associations laïques qui contestaient une subvention de la ville de Metz pour installer des écrans géants lors de la venue du pape.

Sébastien Lecornu assistera à la messe, pas Emmanuel Macron

De vendredi à lundi, Emmanuel Macron n'assistera à aucune messe de Léon XIV. Il sera toutefois "représenté par le Premier ministre", Sébastien Lecornu, ainsi que "par son épouse" Brigitte Macron, samedi place de la Concorde à Paris, a précisé la présidence de la Républiqie. Lorsque les élus exercent une fonction de représentation, ils peuvent assister à des cérémonies religieuses en cette qualité, mais ne peuvent pas participer à l'office. 

Lors de la venue du pape François à Marseille en septembre 2023 (le souverain pontife ne s'était pas rendu à Paris), Emmanuel Macron avait assisté à la messe au stade Vélodrome, suscitant quelques critiques, de la gauche notamment, au nom de la laïcité républicaine. "Je considère que c'est ma place d'y aller. Je n'irai pas en tant que catholique, j'irai comme président de la République qui est en effet laïque", s'était à l'époque justifié le chef de l'État, qui avait également parlé de "respect" et de "courtoisie".

Mais le pape sera reçu vendredi à l'Élysée

Vendredi 25 septembre, Emmanuel Macron et son épouse accueilleront Léon XIV – qui a, comme dit plus haut, le statut de chef d'État – à son arrivée à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne), avant de le recevoir à 11h au palais de l'Élysée pour un tête à tête, qui sera suivi de discours devant les autorités politiques, le corps diplomatique et la société civile. 

Le chef de l'État sera également présent à Metz, pour le dernier jour de la visite du pape en France, lundi 28 septembre. Léon XIV y prononcera un discours sur l'Europe, qui sera introduit par une intervention d'Emmanuel Macron "sur le thème de la construction européenne comme modèle pour la paix", a fait savoir l'Élysée. À cette occasion, "un format européen a été privilégié" avec des invitations envoyées aux représentants des institutions de l'Union européenne et aux chefs d'État et de gouvernement des 26 autres pays membres.

La dernière visite d'un pape à Paris remonte à septembre 2008 : à l'époque, Benoît XVI avait aussi été reçu à l'Élysée, par Nicolas Sarkozy. "La laïcité positive, la laïcité ouverte, c’est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect. C'est une chance, un souffle, une dimension supplémentaire donnée au débat public", avait déclaré le président de l'époque, lors d'un discours de bienvenue au souverain pontife.