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Assemblée nationale, le 14/03/2022

Agression d'Yvan Colonna : des députés demandent une commission d'enquête

Actualité
par Maxence Kagni, le Lundi 14 mars 2022 à 12:51, mis à jour le Lundi 14 mars 2022 à 15:53

Les députés nationalistes corses Jean-Félix Acquaviva, Paul-André Colombani et Michel Castellani, qui siègent au sein du groupe Libertés et Territoires, soutenus par des députés de sept autres groupes de l'Assemblée nationale, demandent la création d'une commission d'enquête pour obtenir "la vérité" sur la violente agression subie par Yvan Colonna en prison. Ils ont également demandé l'ouverture de discussion sur le statut de la Corse.

Les trois députés nationalistes corses qui siègent à l'Assemblée nationale demandent la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'agression d'Yvan Colonna, un acte à la "dimension barbare". A l'occasion d'une conférence de presse organisée lundi 14 mars au Palais-Bourbon, l'élu de Haute-Corse Jean-Félix Acquaviva (Libertés et Territoires) a qualifié la tentative d'assassinat du meurtrier du préfet Erignac par un détenu djihadiste de "scandale d'Etat". "Nous ferons tout pour que la vérité éclate et que la justice, la vraie, triomphe", a-t-il expliqué.

L'agression aurait duré "11 à 12 minutes dans une prison centrale, qui est celle d'Arles, qui est pour ceux qui la connaissent, très sécurisée" : un déroulement qui "pose beaucoup de questions". Jean-Félix Acquaviva met également en cause le "refus obstiné de lever le statut de détenu particulièrement surveillé (DPS) qui a concerné les trois détenus dits du commando Erignac (Pierre Alessandri, Alain Ferrandi et Yvan Colonna) dont il ne fait plus de doutes aujourd'hui que la non-levée comme la levée avaient une dimension politique".

Les députés corses - et leurs collègues - auront l'occasion de poser leurs questions, mercredi 16 mars, au directeur de l'administration pénitentiaire, Laurent Ridel, lors d'une audition organisée par la commission des lois de l'Assemblée nationale. Deux autres auditions sont programmées le mercredi 23 mars. Jean-Félix Acquaviva a d'ores et déjà demandé un "élargissement de ces auditions".

"Jouer sciemment avec le feu"

Soixante personnes ont été blessées dimanche à Bastia, après une nouvelle manifestation de soutien à Yvan Colonna. Selon l'élu, la responsabilité des violences repose sur le gouvernement : "Le seul et l'unique responsable, c'est l'Etat, c'est le gouvernement et ceux de 'l'Etat profond' qui ont joué sciemment avec le feu." Pour parvenir à une baisse des tensions, Jean-Félix Acquaviva juge nécessaire de mettre en œuvre un "vrai processus politique entre la Corse et le gouvernement, la République". Le député de Haute-Corse veut "mettre tous les sujets sur la table", aussi bien au niveau "institutionnel", "économique et social", mais aussi en ce qui concerne la lutte contre la "spéculation foncière".

La venue en Corse du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, annoncée pour mercredi et jeudi, sera particulièrement scrutée. Jean-Félix Acquaviva juge qu'un "énième rendez-vous manqué" aurait des conséquences délétères : "L'embrasement serait devant nous et pas derrière nous", a averti l'élu, ajoutant tout de même que "personne ne le souhaite". "Ce n'est pas la police ou la justice qui ont fait arrêter le FLNC, c'est la société corse elle-même, cela ne voulait pas dire un reniement sur les revendications de fonds, l'autonomie, la langue et la culture", a ajouté Jean-Félix Aquaviva.

Le député de la Corse-du-Sud Paul-André Colombani (Libertés et Territoires) a lui aussi demandé un "dialogue de fond sur le statut politique de la Corse". Selon lui, la levée du statut de DPS pour les trois membres du "commando Erignac" ne "suffira pas pour calmer la jeunesse" : "Il faudra probablement aller au-delà." L'élu revendique pour son territoire le statut de collectivité d'outre-mer (article 74 de la Constitution), au même titre que Saint-Pierre-et-Miquelon, la Polynésie française ou encore Saint-Martin.

"En leurs temps, nous avons apporté toute notre compassion à la famille Erignac, mais aujourd'hui, ce n'est plus le problème qui est devant nous, il s'agit d'apporter une réponse à la Corse", a ajouté l'élu. Michel Castellani (Libertés et Territoires), député de Haute-Corse, juge que le "peuple (corse) est bousculé dans son existence même". Il met en garde : "Les jeunes se tournent vers nous et disent 'nous en sept jours on a obtenu ce que vous [les élus] vous n'avez pas obtenu en sept ans'."

"Ras-le-bol"

Plusieurs députés issus d'autres groupes parlementaires sont venus apporter leurs soutiens aux élus corses. C'est le cas d'Isabelle Santiago (Socialistes et apparentés) qui a demandé du "débat et de l'écoute" ou d'Eric Coquerel (La France insoumise), qui a demandé le "rapprochement de tous les prisonniers corses". L'élu a aussi déploré l'absence de "signaux" envoyés aux Corses. "C'est aussi le ras-le-bol d'une situation politique depuis cinq ans où il n'y a eu aucune écoute et aucune prise en compte des propositions", a quant à lui jugé Stéphane Peu (Gauche démocrate et républicaine).

Comme ses collègues, Pascal Brindeau (UDI et indépendants) a demandé la constitution d'une commission d'enquête parlementaire, évoquant de "possibles dysfonctionnements au sein de l'administration pénitentiaire concernant la cohabitation entre les DPS et les détenus djihadistes". Il a aussi lancé "un appel au calme sur l'île autant que possible". Le plus offensif a été François Pupponi (MoDem) : "Je pense, au plus profond de moi-même que l'appareil d'Etat, l'Etat français, n'aime pas la Corse et déteste au dessus de tout les nationalistes."

Selon le député MoDem, la constitution de la commission d'enquête risque d'être compliquée, à court terme : "Juste avant les élections, un groupe ne peut plus utiliser de son droit de tirage (lui permettant de créer de droit une commission d'enquête, ndlr)." Dans ces conditions, la création d'une commission d'enquête nécessiterait de convoquer l'Assemblée nationale afin qu'elle adopte en séance publique une résolution en ce sens. "On est contraint par le calendrier", a reconnu Jean-Félix Acquaviva. L'élu compte donc, dans un premier temps, sur les auditions de la commission des lois pour mettre en lumière les "zones d'ombre béantes dans cette affaire".