Après son exclusion, le député RN Grégoire de Fournas de retour à l'Assemblée

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par Ludovic FAU, le Mercredi 30 novembre 2022 à 14:02, mis à jour le Jeudi 1 décembre 2022 à 12:39

Le député Rassemblement national Grégoire de Fournas a fait son retour à l'Assemblée, ce jeudi 1er décembre, comme il y était autorisé. Le 4 novembre, il avait été sanctionné par une exclusion temporaire du Palais-Bourbon pour avoir lancé "Qu'il retourne en Afrique !" dans l'hémicycle pendant que le député Carlos Martens Bilongo posait une question au gouvernement sur l'Ocean Viking. Dans une interview qu'il a accordé à La Chaîne Parlementaire, l'élu de Gironde, qui estime avoir été victime d'une "terrible injustice", se dit "ravi de pouvoir revenir" à l'Assemblée. 

"Je suis ravi de pouvoir revenir pour réaliser mon travail de parlementaire", confie Grégoire de Fournas, interrogé par Brigitte Boucher au cours d'une interview qu'il a accordé à La Chaîne Parlementaire. De retour à l'Assemblée nationale après son exclusion temporaire, le député Rassemblement national de Gironde se dit "serein", considérant qu'il a été "l'objet d'une manipulation" de la part de La France insoumise et par conséquent d'une "terrible injustice" même s'il dit avoir respecté la sanction prononcé à son encontre par "respect de l'institution". Sur le fond, en revanche, Grégoire de Fournas dit ne rien regretter et affirme qu'il continuera à défendre ses idées et celles de son parti sur l'immigration.

Peu après cette interview réalisée dans son bureau, le député s'est rendu dans l'hémicycle à l'occasion de l'examen d'une proposition de loi des Républicains sur le calcul des retraites agricoles. Une façon de montrer qu'il reprend naturellement sa place au sein de l'Assemblée. Selon nos informations, le groupe Rassemblement national, présidé par Marine Le Pen, a cependant demandé au député, qui avait provoqué l'interruption avant son terme d'une séance de questions au gouvernement, de faire un retour plutôt discret. 

Le 3 novembre dernier, alors que Carlos Martens Bilongo (La France insoumise) interrogeait le gouvernement à propos de l'Ocean Viking et des migrants qui étaient à son bord, Grégoire de Fournas s'était écrié dans l'hémicycle : "Qu'il retourne en Afrique !". Immédiatement, sur tous les bancs de l'Assemblée nationale, sauf sur ceux du Rassemblement national, des députés avaient dénoncé un propos raciste, que celui-ci soit destiné à Carlos Martens Bilongo ou au navire affrêté par SOS Méditerranée et à ses passagers. Grégoire de Fournas affirmant, quant à lui, qu'il n'avait fait que tenir un propos politique par lequel il indiquait que l'Ocean Viking n'avait, selon lui, pas à accoster dans un port français.    

Le lendemain, le député était sanctionné par une exclusion temporaire d'une durée de quinze jours de séance. C'est la sanction la plus lourde prévue par le Règlement du Palais-Bourbon qui prévoit que peut notamment faire l'objet de peines disciplinaires tout membre de l'Assemblée qui "se livre à des manifestations troublant l’ordre ou qui provoque une scène tumultueuse". C'est ce motif qui avait été retenu par le Bureau de l'institution pour motiver la sanction qui avait ensuite était approuvée en séance à l'unanimité des groupes, hormis celui du Rassemblement national. Cette peine disciplinaire s'accompagne de la privation, pendant deux mois, de la moitié de l'indemnité parlementaire allouée au député. Depuis le début de la Ve République, un seul autre élu de l'Assemblée a écopé d'une telle sanction. C'était en 2011, Maxime Gremetz (apparenté PCF) avait été exclu pour avoir perturbé une réunion en raison de voitures ministérielles, selon lui, mal garées.

Interrogés, mercredi 30 novembre, à la veille de son retour à l'Assemblée nationale, des députés de différents groupes ont diversement réagi au retour de l'élu de Gironde. Un "retour honteux", selon le député Gauche démocrate et républicaine Sébastien Jumel (communiste), un "soulagement de voir une injustice s'arrêter", selon le député Rassemblement national Laurent Jacobelli.  

Officiellement, le Rassemblement national a toujours affiché son soutien à Grégoire de Fournas, victime selon Marine Le Pen d'un "procès politique". Cependant, signe de la gêne provoquée par cette affaire venue perturber les efforts de dédiabolisation engagés de longue date par le parti, ainsi que sa stratégie d'institutionnalisation depuis le début de la législature, le député de Gironde qui, comme l'a révélé Le Point, était pressenti pour devenir porte-parole du RN après l'élection de Jordan Bardella à la tête du mouvement, ne figure finalement pas dans l'équipe dirigeante. Outre les mots prononcés dans l'hémicycle le 3 novembre, d'anciens messages postés par Grégoire de Fournas sur les réseaux sociaux ont, par ailleurs, refait surface. "En Afrique, ils aiment tous la France et ses allocs. On accueille toute l'Afrique ?!", avait-t-il, par exemple, écrit sur Twitter en octobre 2017. 

S'il s'est astreint à une cure de silence médiatique depuis son exclusion temporaire de l'Assemblée, le député de Gironde est, en revanche, resté très présent sur Twitter pour continuer à plaider sa cause et à défendre ses positions. Viticulteur de profession, il a été rappelé à l'ordre par le déontologue de l'Assemblée pour un message dans lequel il faisait, au passage, la promotion de son vin sur le réseau social. "Nombreux sont ceux qui m'ont contacté pour me commander du vin", avait-il écrit dans ce tweet, en incluant un lien vers un site. "Merci de votre soutien !", concluait Grégoire de Fournas dans ce message qui a ensuite été supprimé.