Municipales à Nice : le duel Estrosi-Ciotti, test grandeur nature de "l'union des droites"

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Affiches de campagne pour l'élection municipale à Nice
Affiches de campagne pour l'élection municipale à Nice - 9 mars 2026
par Soizic BONVARLET, le Mardi 10 mars 2026 à 18:58, mis à jour le Mardi 10 mars 2026 à 19:19

REPORTAGE. À Nice, la campagne municipale se joue dans les rues autant que dans les sondages. À quelques jours du premier tour, le duel fratricide entre le maire sortant Christian Estrosi (Horizons) et son ancien allié Éric Ciotti (UDR) domine la bataille électorale. Au-delà de la rivalité personnelle entre les deux hommes, cette campagne illustre la stratégie de l’“union des droites”, faisant de la capitale azuréenne l’une des villes les plus scrutées du pays.

Au lendemain du Carnaval, les tribunes des Corsi sur la Place Masséna n'ont pas encore été démontées que le coeur de Nice est le théâtre d'un autre défilé, celui des équipes de campagne en lice pour la mairie. Une femme hésite à prendre le tract qu'on lui tend. "Ah ça va, je croyais que c'était Ciotti". "Ah non, certainement pas, nous on se bat justement pour lui barrer la route", lui répondent les deux militants.

C'est qu'en cette avant-dernière semaine de campagne avant le premier tour du 15 mars, les équipes de terrain du maire sortant, Christian Estrosi (Horizons), veulent ratisser large. Et n'hésitent pas à mobiliser le barrage républicain contre celui qui est désormais l'allié du Rassemblement national, Eric Ciotti (Union des droites pour la République). 

Bataille fratricide 

Ce sont donc aussi les électeurs de gauche que Christian Estrosi tente de mobiliser, alors que celui qui fut son premier adjoint est donné en tête par les sondages, allant selon plusieurs instituts jusqu'à devancer de plus de 10 points son ancien patron au premier tour. "Tous les Niçois savent que Ciotti et Estrosi viennent du même moule, sarkozyste, anti-immigration, ultra-sécuritaire", nous dit un sympathisant de La France insoumise, qui ne croit pas en l'hypothèse d'un réflexe de "barrage anti-Ciotti" de la part des électeurs de gauche pour favoriser Christian Estrosi.

D'autant que ces derniers auront leur propre choix à trancher au premier tour, entre la candidate de la liste estampillée "citoyenne" soutenue par La France insoumise, Mireille Damiano, et Juliette Chesnel-Le Roux, qui rassemble les Écologistes, le Parti socialiste et le Parti communiste. Lors du débat télévisé du 7 mars dernier sur BFMTV, cette dernière a indiqué qu'elle se maintiendrait "sans aucune hésitation" au second tour. Si les relations entre LFI et les autres partis de gauche ne sont pas au beau fixe, la candidate écologiste a surtout argué de la proximité idéologique entre les deux frères désormais ennemis. "C'est la même droite", a-t-elle aussi martelé à plusieurs reprises, rappelant le compagnonnage de plus de vingt ans entre les deux hommes.

Une ancienne proximité que Christian Estrosi a également mis en avant lors du débat, se mettant à tutoyer son adversaire et à témoigner du "temps familial" partagé dans le passé. “Je me demande comment quelqu’un peut aujourd’hui dire autant de mal, là où j’ai eu le sentiment de lui faire autant de bien”, s'est attristé l'actuel édile.

Il faut dire qu'un seuil de violence avait été franchi dans la campagne quelques jours auparavant, après qu’une tête de porc et l'affiche de campagne du maire, marquée d'une étoile de David, aient été retrouvées devant son domicile. L'un des hommes interpellés aurait été en lien étroit avec une collaboratrice de Christian Estrosi. Ce dernier s'est dit victime d’une “barbouzerie inédite” avant d'annoncer se porter partie civile.

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Non sans ironie, Eric Ciotti a pour sa part indiqué nourrir pour Christian Estrosi "un sentiment de présomption d’innocence, dans cette affaire comme dans toutes les autres qui le concernent”, en référence notamment à l'enquête ouverte par le Parquet national financier pour corruption et favoritisme, au regard des liens du maire de Nice avec l'artiste Richard Orlinski. Une attaque parmi d'autres proférées par les deux alliés devenus rivaux, et qui a fait déplorer aux candidates de gauche une campagne électorale marquée par leur affrontement, Mireille Damiano les accusant l'un comme l'autre de faire "le jeu de l'abstention".

Au-delà de l'enjeu local, un test national pour l'alliance RN-UDR

Si Eric Ciotti revendique son attachement à la ville qui l'a vu naître, elle est également pour le président de l'UDR un véritable laboratoire. Et pour cause, Nice pourrait s'avérer la première grande ville dirigée par la formation politique qu'il a créée après avoir été exclu de la présidence des LR. Un modèle que l'élu des Alpes-Maritimes, chef de file du groupe UDR à l'Assemblée nationale, pourrait revendiquer comme le succès tangible de sa décision d'œuvrer pour "l'union des droites" en nouant une alliance avec le RN en juin 2024. L'enjeu niçois revêtant un caractère d'autant plus national que la ville pourrait être brandie comme une vitrine par le RN à l'occasion d'une autre campagne, celle de l'élection présidentielle.

Pour l'heure, Eric Ciotti se concentre sur les problématiques locales, récusant le fait qu'il pourrait délaisser la mairie pour entrer dans un gouvernement en cas de victoire en 2027 du parti présidé par Jordan Bardella. "Ciotti, c'est pour moi le candidat qui veut réellement rendre la ville aux Niçois", glisse un restaurateur officiant dans l'un des hauts lieux populaires de la cuisine nissarde, à quelques pas de la place Garibaldi. "On entend beaucoup qu'il est d'extrême-droite, mais moi je ne le crois pas", poursuit-il aussi, évoquant les mesures de pouvoir d'achat annoncées par le candidat, la capitale des Alpes-Maritimes étant réputée pour son coût de la vie élevé.

Et le commerçant de critiquer la hausse de la taxe foncière, qui s'est établie à 19% entre 2023 et 2024, dans une ville aux prises avec le surtourisme et l'explosion des prix immobiliers. Eric Ciotti a d'ores et déjà indiqué qu'en cas de victoire, sa "première mesure" consisterait à revenir sur la hausse de la part communale, afin d'amoindrir la pression fiscale ressentie par les propriétaires niçois.

Son principal concurrent n'hésite en revanche pas à accuser Eric Ciotti d'appartenir désormais à l’extrême droite, et même à "l'ultra-droite". Christian Estrosi a notamment soutenu à plusieurs reprises la thèse selon laquelle l'homme d'affaires Pierre-Édouard Stérin œuvrerait activement à la victoire d'Eric Ciotti. "J’ai reçu des violences de ce côté-là, de l’ultra-droite de M. Pierre-Édouard Stérin qui, parmi elle, a des gens engagés dans la xénophobie, dans l’antisémitisme, dans le racisme, dans la cybercriminalité", avait notamment accusé Christian Estrosi lors du débat du 7 mars. Eric Ciotti avait pour sa part brandi le certificat de parrainage émis par le maire de Nice pour la candidature d'Emmanuel Macron en 2022. "Monsieur Estrosi renie son macronisme, mais il faut assumer dans la vie. Moi j'assume mes alliances, j'en suis fier, et je les revendique", avait alors déclaré le député. Une campagne qui revêt décidément déjà des airs de présidentielle.

Les listes candidates à la mairie de Nice pour les élections des 15 et 22 mars :

  • Tous pour Nice, Christian Estrosi
  • Le meilleur est à venir, Eric Ciotti
  • Unis pour Nice, Juliette Chesnel-Le Roux
  • Nice Front Populaire, Mireille Damiano
  • Nice Démocratie Directe, Céline Forjonnel
  • À la Reconquête de Nice !, Cédric Vella
  • Lutte Ouvrière, Estelle Jaquet