Municipales : à La Courneuve, une gauche divisée et une affaire judiciaire

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Trois nuances de gauche s'affrontent à La Courneuve
Trois nuances de gauche s'affrontent à La Courneuve : Oumarou Doucouré, Nadia Chahboune et le député Aly Diouara.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Samedi 28 février 2026 à 16:50, mis à jour le Samedi 28 février 2026 à 17:55

La gauche se livre bataille à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Un candidat socialiste, un candidat insoumis, et une candidate disposant du logo communiste, sont sur la ligne de départ pour tenter de succéder au maire sortant, Gilles Poux (PCF), qui ne se représente pas après 30 ans de mandat. Outre les tensions nationales qui secouent la gauche, la campagne locale est heurtée par des accusations de clientélisme et une plainte pour diffamation.

Ces trente dernières années, les habitants de La Courneuve avaient pris l'habitude de voir leur maire, Gilles Poux, réélu à chaque scrutin, parfois même dès le premier tour. Un temps révolu, puisque le communiste a fait le choix de ne pas se représenter aux municipales des 15 et 22 mars. Qui lui succédera ? Cinq candidats* sont sur la ligne de départ mais, à l'évidence dans cette commune de Seine-Saint-Denis, l'élection se jouera entre les trois candidats de gauche : Nadia Chahboune, qui a le soutien de l'édile sortant, dont elle était la quatrième adjointe, et du Parti communiste ; le socialiste Oumarou Doucouré (avec Générations) ; et le député insoumis Aly Diouara, qui dispose aussi du logo des Ecologistes. Comme une illustration des batailles qui secouent la gauche du niveau national au niveau local en passant par l'Assemblée. Le récit aurait presque pu s'arrêter là entre ces trois enfants de La Courneuve, qui ont tous grandi à la cité des 4 000. 

Sauf que cette semaine, une affaire présumée de poulet et d'enveloppes d'argent liquide une enquête est en cours est venue heurter la campagne. Une audience s'est tenue jeudi 26 février devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Aly Diouara (LFI) devait y répondre de faits de diffamation après avoir accusé, dans un communiqué, son concurrent Oumarou Doucouré (PS) de "pratiques clientélistes (...) en échange de voix". Ce que ce dernier, à l'origine de la plainte, dément. Le délibéré sera rendu le 9 mars, à quelques jours seulement du premier tour de l'élection.

Alors, forcément, au marché des Quatre-Routes de La Courneuve vendredi 27 février au matin, l'affaire fait parler. "Les gens le savent : jamais je ne me livrerai à de telles manœuvres !", réagit auprès de LCP, tracts en main, le candidat socialiste, qui "a fait le choix de ne pas réagir publiquement pour ne pas mettre de l'huile sur le feu". Il assure que, la veille, le camp adverse n'a "pas apporté de preuves" à ces accusations. "On espère qu'il [Aly Diouara] sera condamné pour diffamation. Il a sali mon nom et l'image des Courneuviens", poursuit ce proche de Stéphane Troussel, le président du Conseil départemental, qui figure en troisième position sur sa liste.

La raison d'une telle attaque, selon Oumarou Doucouré ? "La fébrilité" face à une élection qui s'annonce, à ses yeux, "plus compliquée que prévu" pour l'insoumis. 

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Oumarou Doucouré à La Courneuve
Le candidat Oumarou Doucouré (PS) à La Courneuve. (LCP)

"Aucunement !", réplique l'intéressé, à quelques arrêts de tramway de là, dans le centre-ville, face à la cité Inter. "La lutte contre le clientélisme est un axe de mon engagement qui ne date pas d'hier et de mon programme. C'est une réalité qui existe dans nos quartiers et ce n'est plus possible", affirme Aly Diouara, qui se dit "serein" et indique qu'il fera appel de la décision s'il est condamné pour diffamation. "Je n'invente rien. (...) En aucun cas, je ne vais me taire dès lors que j'ai connaissance de tels agissements", complète-t-il, assurant ne pas avoir "d'animosité personnelle envers Oumarou Doucouré ou Stéphane Troussel".

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Deux candidats adjoints au maire sortant

Entre ses deux concurrents de gauche, Nadia Chahboune peut-elle tirer profit de la situation lors du scrutin ? "Je ne sais pas. Je suis surtout attristée par l'image que ça donne de la ville", répond la candidate, qui préfère "s'engager dans [sa] campagne à 100%" et attendre que la justice fasse son travail. Aux habitants qu'elle croise ce vendredi matin au marché des Quatre-Routes, elle donne rendez-vous dimanche pour un meeting avec le maire sortant Gilles Poux, qui figure en quatrième position sur sa liste. "Bonne chance !", lui lance une dame, qui ajoute : "J'espère que ça [l'affaire] ne va pas les faire monter…" 

Il reste deux semaines avant le premier tour. Indépendamment de l'enquête en cours, à chacun désormais de montrer sa différence et d'aller chercher des électeurs dans une ville où le taux d'abstention avait atteint plus de 73% lors des municipales de 2020.

Comme Nadia Chahboune, le socialiste Oumarou Doucouré appartient à l'équipe municipale sortante, en tant que premier adjoint. "On assume le bilan, on porte l'héritage, mais on propose de faire mieux, d'aller plus loin sur certains sujets", expliquait jeudi, lors d'une opération de porte à porte à la cité de 4 000 Nord, Yohann Elice, sixième sur la liste, vantant les 202 propositions "construites" avec les Courneuviens. Parmi les priorités : l'école, le logement, mais aussi la sécurité, avec le renforcement de la police municipale pour atteindre 50 agents, soit un pour 1 000 habitants. "On vote Aly, nous !", lance au passage un habitant en bas d'un immeuble.

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Nadia Chahboune à La Courneuve
La candidate Nadia Chahboune à La Courneuve. (LCP)

Des policiers municipaux supplémentaires ? Pas nécessaire, rétorque Nadia Chahboune qui préfère travailler sur la médiation et la prévention pour faire baisser les "incivilités". Idem du côté d'Aly Diouara, qui interroge : "On les finance comment ? On les met où ? Et pour quelles missions ?" 

"On n'a pas créé les conditions d'un mieux-vivre ensemble"

De son côté, la candidate soutenue par le PCF plaide pour "la continuité" avec le mandat de Gilles Poux et insiste sur les valeurs de "solidarité et du vivre-ensemble". "Ça ne veut pas dire qu'on ne change rien", poursuit-elle, citant les chantiers de la jeunesse, de l'emploi-insertion, de la santé, du handicap, ou encore de l'éducation. Cette militante associative se dit également fière de se présenter en tant que femme : "Pour certains, une femme n'est pas assez forte pour un tel poste. J'ai envie de changer les mentalités et de montrer qu'on peut être femme et maire."

Aly Diouara, député depuis 2024, ne fait quant à lui pas partie prenante de l'équipe sortante. "Je ne suis pas comptable du bilan de la ville. Troussel et Poux ont dirigé la ville depuis 30 ans. On a envie de sortir de ça", lâche l'insoumis, qui dit porter "une alternative de rupture". Aux habitants croisés dans le centre-ville, le candidat rappelle son parcours, distribue son programme sur lequel s'affiche aussi le visage de Jean-Luc Mélenchon et donne son numéro de téléphone. "La ville est plus pauvre qu'il y a 20 ans, on n'a pas créé les conditions d'un mieux-vivre ensemble", regrette-t-il, insistant sur les thématiques du logement, de la justice sociale et de l'éducation.

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Aly Diouara à La Courneuve
Le candidat Aly Diouara (LFI) à La Courneuve. (LCP)

Dans les rues de La Courneuve, chaque candidat peut compter sur ses partisans. "Oumarou [Doucouré] est honnête et gentil. Je connais ses valeurs", indique par exemple Zahia, venue faire des courses au marché pour sa mère âgée. La suite ? Difficile à prévoir. Aucun sondage officiel n'a été réalisé sur la ville. "Je n'ai aucun doute sur le fait que les Courneuviens feront le bon choix. Je suis sur le terrain depuis des années", confie Oumarou Doucouré. "Je ne crois pas trop m'avancer en disant que je ne terminerai pas dernier [des trois candidats de gauche]. Je suis même plutôt confiant de terminer en tête de ce premier tour", avance de son côté Aly Diouara, taclant un "PS, pas vraiment de gauche". Tandis que Nadia Chahboune, "confiante" prévoit un résultat "serré". Rendez-vous est pris pour le dimanche 15 mars au soir.

* Deux autres listes ont été déposées :

  • Marlène Rey (Lutte ouvrière) ; 
  • Amirdine Farouk (UDI).