Mort de Quentin : Quelles conséquences politiques à trois semaines des municipales?

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par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Jeudi 19 février 2026 à 23:30, mis à jour le Jeudi 19 février 2026 à 23:35

La France insoumise concentre les critiques depuis la mort de Quentin Deranque à Lyon et l'interpellation de collaborateurs du député Raphaël Arnault. A moins d'un mois des élections municipales, les divisions à gauche et le "ni RN, ni LFI" auquel appellent des responsables du bloc central auront-ils un impact sur le scrutin ?

Depuis la mort de Quentin Deranque à Lyon et l'interpellation de deux collaborateurs du député Raphaël Arnault, dont l'un a été mis en examen ce jeudi 19 février pour complicité d’homicide volontaire par instigation, La France insoumise est sous le feu des critiques. Alors que se profilent les élections municipales - le 1er tour aura lieu le 15 mars - le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a sans surprise appelé à "mettre en place un cordon sanitaire" contre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Quand le président du groupe de la Droite républicaine, Laurent Wauquiez, estime, lui, "que tous les élus doivent s'engager à ne jamais exercer de responsabilités avec des membres issus de LFI". "La France insoumise, c'est jamais. Il y a un avant et un après", a-t-il ajouté sur BFM Lyon. Le drame survenu la semaine dernière aura-t-il un impact sur le scrutin ?

Entre insoumis et socialistes, les divisions s'exacerbent

A gauche, les tensions étaient déjà bien présentes ces dernières semaines, notamment depuis la séquence budgétaire, et la mort de Quentin n'arrange pas la situation entre les ex-alliés du Nouveau Front populaire, et plus particulièrement entre La France insoumise et le Parti socialiste. "Est-ce qu'à l'heure actuelle, nous établissons une responsabilité directe entre LFI et le meurtre qui a eu lieu, la réponse est non. (...) Est-ce que nous considérons que par ses attitudes, ses déclarations, La France insoumise a une responsabilité dans ce qui est la brutalisation de la vie et des discours politiques aujourd'hui, notre réponse est oui", a notamment déclaré mardi le député socialiste Romain Eskenazi. 

Le même renvoyait alors, feuille à la main, à "l'engagement commun" inscrit dans le préambule de l'accord du NFP acté en 2024 entre les différentes forces de gauche, et "pas scrupuleusement respecté" par LFI. "Nos parlementaires s'engagent à porter ces principes éthiques tout au long de la mandature en refusant la diffusion de fausses informations, la calomnie, le cyberharcèlement, et les incitations à la haine, y compris sur internet", pouvait-on y lire.

La France Insoumise ne peut s'affranchir d'un examen de conscience. OLIVIER FAURE (PS)

Puis, dans une note de blog publiée mercredi, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a pris la parole pour dénoncer "l'incapacité de la France insoumise à reconnaître qu'elle a fait fausse route en se liant à un groupe dont certains de ses membres ont été condamnés pour violences volontaires en réunion". A ses yeux, LFI "ne peut s’affranchir d’un examen de conscience", car "à force d’outrances, de chercher à conflictualiser tout et son contraire, elle finit par laver, par contraste, l’extrême droite de sa violence intrinsèque et l’exonérer des turpitudes de ses propres satellites identitaires". 

Dans une première version, ensuite corrigée, Olivier Faure mettait sur le même plan un "compagnonnage" avec "La Jeune garde, Génération identitaire ou l'Action française". "Une faute politique d'une exceptionnelle gravité", avait alors réagi sur X le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. "Absolument calamiteux", complète auprès de LCP le député insoumis, pour qui, en écrivant cela, le patron du PS "crache sur l'histoire de son propre parti", qui est liée à l'antifascisme. L'ancien président de la République François Hollande et le député socialiste Jérôme Guedj, ainsi que le chef de file de Place publique Raphaël Glucksmann, ont quant à eux clairement exprimé leur souhait d'une rupture franche avec les Insoumis (ici ou ). "Je co-préside un parti qui a le premier à gauche décidé de rompre avec La France insoumise. (...) Ça suffit", a aussi écrit sur X la co-présidente de Place publique, Aurore Lalucq.

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Et les autres ex-alliés du Nouveau Front populaire ? Dans un long message sur X, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, a déploré "la manière" dont la France Insoumise "est désignée comme principale responsable du climat de violence", ce qui "n'est pas conforme à la réalité des faits". Mardi à l'Assemblée nationale, le communiste Stéphane Peu, à la tête du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, avait vivement contesté "l'instrumentalisation" du drame de Lyon visant à "jeter l'opprobre sur une formation politique", à savoir LFI. Mais dans un communiqué, publié ce jeudi, le Parti communiste a dit "condamner condamnons les dérives de certains groupes se réclamant de l’antifascisme lorsqu’ils emploient eux-mêmes les méthodes que l'extrême droite développe depuis des décennies".

Les résultats des municipales s'en ressentiront-ils ? "Je ne pense pas que ça change quoi que ce soit", estime Manuel Bompard, qui assure que le mouvement "n'a absolument rien changé à son agenda" politique. Sur les éventuelles conséquences de la séquence sur l'opinion publique, le député indique avoir reçu "exclusivement des messages de soutien". Y compris de personnes non-insoumises se positionnant "sur la ligne de fracture entre fascisme et anti-fascisme", affirme-t-il.

La charge portée sur LFI favorise le Rassemblement national. Elsa faucillon (pcf)

Côté PS, un cadre du groupe parlementaire explique toutefois à LCP que, sur le terrain à moins d'un mois des élections, la question récurrente posée par les électeurs est : "Est-ce que vous partez avec LFI ?" Si la réponse est négative, "ça se passe bien", complète le même. "Un mois avant [le scrutin], c'est dur de dire quelles seront les conséquences", réagit, quant à elle, auprès de LCP la députée communiste Elsa Faucillon (GDR), pour qui "les fractures [à gauche] étaient déjà existantes". L'élue déplore surtout que "la charge portée sur LFI favorise le Rassemblement national". "L'extrême droite est exonérée de la question de la violence. C'est un énorme point qui leur est donné dans la banalisation", regrette-t-elle. 

Selon un sondage Odoxa, paru ce jeudi, 76% des Français estiment que le PS et ses alliés ne devraient plus faire d'alliance avec LFI. La proportion s'élève à 81% chez les sympathisants socialistes, contre 46% chez les sympathisants écologistes.

Du "front républicain" contre le RN au "ni RN, ni LFI" ?

Lors des élections législatives anticipées de juillet 2024, face au risque de victoire de l'extrême droite, nombre de candidats de gauche et de l'ex-majorité présidentielle s'étaient retirés au nom du front républicain. Un tel scénario pourrait-il se reproduire lors des prochaines élections à commencer par les municipales de mars ? Rien n'est moins sûr. Plusieurs responsables politiques du bloc central ont déjà changé de positionnement. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun- Pivet (Ensemble pour la République), par exemple. Si, à l'époque, elle prônait le "cas par cas", elle appelle aujourd'hui au "ni-ni". "Ni extrême gauche, car oui, bien sûr, La France insoumise est d'extrême gauche, ni extrême droite. Le Rassemblement national et LFI cherchent à diviser, à dresser les Français les uns contre les autres", a-t-elle ainsi déclaré dans une interview au Figaro. "Je ne mettrai jamais le bulletin LFI dans l'urne", a aussi affirmé sur BFMTV le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, ajoutant : "Que plus personne ne nous fasse le coup de 'votons LFI pour faire barrage à…'"

Parfois critiqué au sein de son propre camp pour sa formule "pas une voix ne doit aller au RN" en 2024, quitte à voter pour des candidats LFI, le patron de Renaissance et chef de file des députés du parti présidentiel, Gabriel Attal, affirmait sur CNews cet automne que "non", il ne referait pas la même chose, afin "d'éviter que LFI puisse un jour gouverner la France". 

Reste l'épreuve des faits d'un scrutin local où, et c'est une différence majeure avec les élections législatives, les insoumis n'apparaissent pas comme la force centrale à gauche, contrairement aux socialistes, voire aux écologistes qui dirigent plusieurs grandes villes. "Ils ne vont pas être battus, ils ne vont pas perdre de grandes villes, ils n'en ont pas", explique sur LCP Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion d'Ipsos-BVA, qui "doute" que le drame de Lyon ait un impact sur le score de LFI. "Ça va détériorer davantage l'image que les Insoumis ont auprès du grand public, mais auprès de [leur] base, je ne le pense pas. (...) Les listes LFI obtiendront un score très proche de ce qu'elles auraient pu obtenir en dehors de ce drame", estime le sondeur.

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