2027, alliances, sénatoriales : les trois enjeux nationaux du scrutin des municipales

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Image d'illustration. Jamain CC Creative Commons Attribution 4.0 International
par Maxence Kagni, le Vendredi 13 mars 2026 à 13:18

Au-delà des enjeux locaux, les élections municipales des 15 et 22 mars prochains conditionneront les prochaines échéances électorales, dont les sénatoriales et surtout l'élection présidentielle de 2027.

Et si les élections municipales n'étaient pas seulement un scrutin local ? Ce dimanche, près de 49 millions de citoyens sont appelés aux urnes pour le premier tour d'une élection qui permettra d'élire les maires des 35 000 communes françaises. Ce vote, qui dressera un panorama du paysage politique français, servira aussi de rampe de lancement vers l'élection présidentielle de 2027. LCP vous présente les trois enjeux nationaux de ces municipales.

1 - Les prémices de 2027

Les élections municipales seront le dernier scrutin au suffrage universel direct avant l'élection présidentielle de 2027. A un peu plus d'un an de l'échéance, les différentes familles politiques vont pouvoir jauger l'état de leurs force. 

Au sein de la coalition gouvernementale, Édouard Philippe joue son avenir politique. Candidat de longue date à l'élection présidentielle, le maire du Havre brigue un nouveau mandat. Mais sa victoire semble loin d'être acquise et toute défaite pourrait, de l'aveu même de l'ancien Premier ministre, mettre un terme à ses ambitions personnelles. Le parti d’Édouard Philippe, Horizons, pourrait également être déterminant à Paris : du choix de son candidat, Pierre-Yves Bournazel (soutenu par le parti présidentiel Renaissance), pourrait dépendre l'issue d'un scrutin où Rachida Dati (soutenue par Les Républicains) est en situation de l'emporter.

La gauche, elle, est divisée. D'un côté, les socialistes, les écologistes et les communistes partent ensemble dans un grand nombre de villes, alors que La France insoumise fait cavalier seul. Le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, expliquait ce jeudi à LCP vouloir s'appuyer sur les résultats de ce dimanche pour imposer un nouveau rapport de force en vue de 2027. Mal embarqués à Lyon et Strasbourg, Les Écologistes tenteront de conserver les grandes villes conquises en 2020. 

Le Rassemblement national entend quant à lui continuer, avec son allié ciottiste de l'Union des droites pour la République (UDR), son expansion électorale. A Toulon, la députée RN Laure Lavalette est donnée gagnante par les sondages. Mais c'est surtout vers Nice que les yeux se tourneront, alors qu'Eric Ciotti espère valider dans sa ville la stratégie de "l'union des droites".

2 - Vers une recomposition politique ?

Les élections municipales pourraient-elles accélérer l'union entre la droite traditionnelle et le Rassemblement national (et ses alliés) ? C'est ce que redoute le Parti socialiste, qui a dénoncé mercredi les "collusions" entre la droite et l'extrême droite, en évoquant des "fusions cachées et silencieuses" mais aussi des passages à l'extrême droite de membres de LR.

Signe que la question n'inquiète pas qu'à gauche, le président Les Républicains de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a haussé le ton ce jeudi sur RTL : "On doit dire très clairement que ceux qui sont avec le Rassemblement national, ou avec Mme Knafo (candidate à Paris pour Reconquête) ou avec M. Ciotti, n'ont plus rien à faire chez LR", a déclaré l'ancien ministre.

La gauche sera, pour sa part, une nouvelle fois mise au défi du rassemblement. Échaudées par la campagne nationale des Insoumis et par les récents propos de Jean-Luc Mélenchon, les socialistes et les écologistes prônent des fusions "au cas par cas" avec les listes de LFI, pendant l'entre-deux-tours. Les tenants de l'union de la gauche hors LFI espèrent qu'un succès de leurs listes ce dimanche soir permettra d'enclencher une dynamique en vue de 2027, en faisant sortir du jeu les Insoumis. 

Mais cette division au niveau des états-majors parisiens n'est peut-être pas si nette sur le terrain : le 5 mars dernier, le président du parti Les Républicains a dénombré près de 112 accords "de la honte" entre les formations de gauche hors LFI et les listes insoumises.

3 - Un nouveau rapport de forces au Sénat ?

On le sait peu, mais les sénateurs ne sont pas élus directement par les citoyens lors d'un scrutin au suffrage universel direct : ce sont de "grands électeurs" qui les désignent. Or, comme le rappelle Public Sénat, 95% de ces grands électeurs sont soit des élus municipaux, soit des délégués désignés par les conseils municipaux. En 2011, le Sénat avait basculé à gauche, trois ans après le succès de la gauche aux municipales. En 2014, la droite avait repris le contrôle du Sénat, pour les mêmes raisons. 

Les résultats des municipales, les 15 et 22 mars prochains, peuvent donc totalement rebattre les cartes des prochaines élections sénatoriales, prévues en septembre 2026. A cette date, c'est la moitié du Sénat qui sera renouvelée. Ainsi, par exemple, le Rassemblement national a déjà annoncé vouloir tripler son nombre de sénateurs, rêvant de créer un groupe au palais du Luxembourg.

Ces dimanches 15 et 22 mars, les bulletins de vote glissés dans l'urne n'auront donc pas pour seule vocation d'élire les prochains maires des 35 000 communes françaises. Ils permettront aussi aux citoyens d'influer sur le travail législatif mais aussi sur l'avenir politique de la France.