Candidat déclaré à l'élection présidentielle, Gabriel Attal tient son premier meeting de campagne ce samedi à la porte de Versailles, à Paris. Ses principaux concurrents feront de même dans les prochaines semaines. Mais à l'ère du numérique, pourquoi continuer avec ces rendez-vous plus classiques ?
Ce samedi 30 mai, Gabriel Attal ouvre le bal des meetings de la campagne présidentielle. Le candidat de Renaissance, tout juste déclaré, rassemble ses troupes porte de Versailles, à Paris. Il ne sera pas le seul à se livrer à cet exercice dans les prochaines semaines. Jusqu'à l'été, chaque semaine ou presque, l'un des prétendants à l'Elysée montera sur scène pour donner à voir : Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) le 7 juin à Saint-Denis ; Raphaël Glucksmann (Place publique) le 13 juin aux Docks d'Aubervilliers ; Bruno Retailleau (Les Républicains) le 20 juin au Parc floral de Paris ; et Edouard Philippe (Horizons) le 5 juillet à l'Adidas Arena.
A l'instar de la publication d'un livre politique, la tenue de meetings est encore aujourd'hui un passage obligé dans une campagne électorale. Mais pourquoi avoir recours à un tel exercice, finalement très classique (hormis les innovations de Jean-Luc Mélenchon avec les hologrammes en 2017 et le rendez-vous "immersif et olfactif" en 2022), à l'ère des réseaux sociaux et du numérique ?
"C'est une mise dans l'atmosphère, avec un discours de mobilisation, d'espoir et de rassemblement", indique-t-on dans l'entourage de Gabriel Attal, où l'on estime qu'à ce stade, les Français doivent, à travers ces meetings, "ressentir la personnalité des candidats, comprendre pourquoi ils y vont et où ils veulent emmener le pays". "Sentir ce que les candidats ont dans les tripes, c'est ça qui se joue", poursuit son équipe.
A la tribune ce samedi, plusieurs prises de parole devanceront le discours de Gabriel Attal, parmi lesquelles celles de Paul Morlet, le fondateur de l'entreprise Lunettes pour tous, ou de Lesia Vasylenko, la présidente du groupe d'amitié France-Ukraine au Parlement ukrainien. L'ancien Premier ministre conclura la journée avec un discours d'une petite heure autour de ses quatre priorités : l'école, les salaires, les frontières et l'intelligence artificielle. "Autant, on assume de disrupter parfois certaines phases d'une campagne, autant il y a des passages obligés, des rites", reconnaît-on chez Renaissance. Les meetings sont de ceux-là.
"Force est de constater que ni le petit écran, ni les réseaux sociaux numériques n'ont eu la peau de cet outil incontournable du 'faire campagne'. Hier comme aujourd'hui, c'est encore en 'métinguant' que l'on devient 'présidentiable'", écrit Claire Sécail, dans son ouvrage Les meetings électoraux publié en 2020. Chargée de recherche au CNRS, cette dernière explique que le meeting électoral, qui est "au cœur du répertoire d'action collective depuis la fin du 19e siècle", s'impose "comme un dispositif idéalement dédié à la promotion du candidat et à la mise en scène de la ferveur qu’il suscite".
Mais qui dit rassemblement, dit chiffres. Forcément, lors de ces rendez-vous politiques, les regards se tournent aussi – surtout – vers la salle quels sont les élus assis au premier rang, qui sont les absents, les militants se sont-ils déplacés en nombre ? D'autant plus que, vu la succession de meetings annoncés, la comparaison entre les différents rendez-vous sera inévitable. Quel candidat mobilisera le plus ? Qui suscitera le plus de ferveur populaire ? Qui, pour résumer, fera la meilleure démonstration de force ?
"Il y a toujours des gens pour dire qu'un meeting, ça ne sert à rien, que c'est long, que ça coûte cher, ce qui est vrai. Mais c'est un passage obligé car ça nourrit les médias, qui diffusent l'événement, et envoie des images qui touchent plusieurs centaines de milliers de personnes", relate, sollicité par LCP, Alexis Braud, qui a organisé les meetings des candidats écologistes lors des dernières élections présidentielles. Il l'affirme, à ses yeux, "l'image est bien l'objet principal d'un meeting".
Les images sont si importantes que les partis ont pris la main sur leurs productions depuis plus de quinze ans. Nicolas Sarkozy était le premier, en France, avec sa campagne de 2007 à faire réaliser ses propres images des meetings et à les fournir directement aux médias. A l'époque, il avait fait appel à Renaud Le Van Kim, producteur spécialiste des grands événements et des émission à succès. Depuis, tous les mouvements s'y sont mis.
Pour Alexis Braud, si les organisateurs disent vouloir, en premier lieu, "galvaniser" les militants présents, le but premier est ailleurs. Eux étant la plupart du temps déjà convaincus. "Il faut mobiliser ses partisans, les rendre heureux, fiers, et leur donner de la force ; puis montrer cette force aux gens qui ne sont pas dans la salle", développe-t-il, filant la métaphore sportive : "L'ambiance d'un stade fait vraiment partie du match. Les gens, à l'extérieur, qui sont bien plus nombreux doivent pouvoir se dire, 'ça me ferait plaisir de vivre ça aussi’". Et ainsi de toucher un public plus large.