Des milliers de personnes ont convergé jeudi soir vers l'enclave espagnole de Ceuta, dans le nord du Maroc. Le président de la République a en conséquence demandé à Laurent Nuñez de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne". Le ministre de l'Intérieur a activé la "Force Frontière d’intervention rapide", "pour des contrôles en profondeur".
Environ 60.000 migrants ont traversé la frontière ces derniers jours entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, selon les autorités espagnoles. Les arrivées, qui n'ont pas cessé de la nuit, avaient continué ce vendredi matin, majoritairement des jeunes hommes et des adolescents. Au moins 34 d'entre eux sont morts noyés en tentant le passage de la frontière par la mer, a aussi indiqué le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
Sur place, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié la situation "d’attaque, d’atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne". L'armée a également été dépêchée afin de "rétablir l'ordre". Plus de 37.500 migrants sont retournés au Maroc, a annoncé vendredi après-midi le ministère espagnol de l’Intérieur.
Emmanuel Macron a réagi, indique l'AFP, en demandant à son ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne". Le président a par ailleurs fait savoir que la France se tenait prête à apporter aux autorités espagnoles "tout l'appui nécessaire", si celles-ci le demandaient, notamment via Frontex, l'agence de l'Union européenne chargée du contrôle des frontières.
Sur X, Laurent Nuñez avait annoncé un peu plus tôt ce vendredi l'activation de la "Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur". Le ministre de l'Intérieur a aussi précisé avoir "dès hier soir donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole".
"Je me suis entretenu hier avec mon homologue espagnol, on doit se parler aujourd'hui", a également indiqué Laurent Nuñez à l'antenne de RTL.
En juin, la Force frontière d’intervention rapide (FFIR) avait été déployée en marge du G7 à Evian. Dans une vidéo, la police nationale expliquait alors les "trois objectifs" du dispositif : "renforcer le contrôle des frontières", "lutter contre l'immigration clandestine" et "contre la fraude documentaire". Elle est composée de policiers nationaux, de gendarmes, de douaniers et de militaires de la force Sentinelle.
La situation en Espagne a fait réagir la classe politique française. Le prédécesseur de Laurent Nuñez à Beauvau, Bruno Retailleau, a estimé que "la régularisation de centaines de milliers de clandestins par Pedro Sánchez a créé un appel d’air". Le patron des Républicains et candidat déclaré à l'élection présidentielle va jusqu'à proposer de "mettre l'Espagne au ban des nations européennes", considérant que "les règles de Schengen avec l’Espagne ne sont plus tenables".
Dans un communiqué où il développe sa position, Bruno Retailleau plaide pour "la suspension de la libre circulation des personnes avec l’Espagne au sein de l’Union européenne", apportant son soutien à la position de la cheffe d'État italienne, Giorgia Meloni, qui souhaite suspendre l'espace Schengen avec l'Espagne.
Autre réaction, celle de Marine Le Pen. "Face aux entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol, la France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières", écrit la candidate du Rassemblement national sur X. "En 2027, nous stopperons cette folie en réservant la libre-circulation Schengen aux nationaux de l'UE", indique celle qui se projette déjà sur l'hypothèse de son élection à la présidence de la République.
Son allié Eric Ciotti (UDR) a dénoncé sur X cette "submersion migratoire", fruit, selon lui, du "socialisme et (du) macronisme qui dessinent le même visage de l’impuissance".
"Il n’est pas acceptable qu’un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent", a commenté un autre candidat à l'élection présidentielle, Édouard Philippe, sur X. Dénonçant "une forme d’impuissance migratoire", il ajoute qu'il proposera "que ce modèle soit remis totalement à plat" s'il accède à l'Élysée. L'ancien Premier ministre a par ailleurs estimé que la France devait exiger en urgence la réunion des ministres européens en charge de l'Immigration.
Le président de Renaissance, Gabriel Attal, lui aussi dans la course à l'Elysée, en appelle également à l'Union européenne, l'exhortant à "engager un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs".
Les leaders de gauche ont pour leur part dénoncé "l'instrumentalisation" de l'événement par la droite et l'extrême droite. "Accuser le plan de régularisation par le travail du gouvernement espagnol achevé le 30 juin, tout comme demander l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen alors que la ville autonome de Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, est déjà soumise à des mesures dérogatoires de contrôle aux frontières sont tout simplement des mensonges", a accusé le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.
"Plutôt que d'instrumentaliser la situation contre un gouvernement voisin d'un pays ami (...) nous devrions demander une coordination européenne pour de l’aide humanitaire", a pour sa part estimé le leader de La France insoumise et candidat à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon.
S'il était difficile vendredi matin de savoir ce qui avait provoqué cette soudaine arrivée massive de migrants, le Premier ministre espagnol a affirmé que la crise migratoire en cours à Ceuta était liée à une interprétation malhonnête "par les mafias" d'une récente décision de justice statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer. "Ce qui ressort des échanges que nous avons eus avec les autorités marocaines, c’est une lecture intéressée que les mafias de trafiquants d'êtres humains ont fait d’un arrêt de la Cour suprême" espagnole, a déclaré Pedro Sánchez.
Selon cet arrêt, "il n'est pas possible de reconduire à la frontière les personnes qui seraient arrivées en Espagne par la mer", a-t-il expliqué, ajoutant que "cette interprétation" s'était "répandue comme une traînée de poudre ces dernières heures".