Alors que 17 départements seront en alerte orange canicule demain, jeudi 28 mai, un phénomène inédit aussi tôt dans l'année, Sébastien Lecornu tiendra ce même jour une réunion interministérielle consacrée à cet épisode de grande chaleur. Fermetures de classes, annulations d'événements sportifs... Quelles mesures le gouvernement peut-il prendre ?
Bientôt une semaine qu'une vague de chaleur inédite par sa précocité frappe la France. Et cela devrait durer jusqu'à la fin du week-end. Résultat, alors que treize départements étaient déjà placés en vigilance orange canicule ce mercredi 27 mai, quatre de plus le seront demain, avec des pointes attendues à 39°C, selon Météo France. Mardi, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé qu'au moins sept personnes étaient décédées en lien avec cet épisode de forte chaleur.
Quelles mesures d'urgence le gouvernement peut-il prendre lorsque survient un tel événement climatique ? Ce sera l'objet d'une réunion interministérielle, présidée demain, jeudi 28 mai par Sébastien Lecornu, afin de "faire le point sur la préparation des services de l’Etat".
Depuis la canicule de 2003, qui a causé près de 15 000 morts, Météo France et Santé publique France assurent une veille et sont chargées de tirer la sonnette d'alarme dans le cadre du Plan canicule. Celui-ci définit quatre niveaux de vigilance : vigilance verte (veille saisonnière), vigilance jaune (pic de chaleur), vigilance orange (alerte canicule) et vigilance rouge (canicule extrême).
Le niveau de vigilance orange-alerte canicule (déclenché à partir de trois jours et trois nuits de fortes chaleurs consécutifs) prévoit notamment l'activation du centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic). A partir du niveau rouge, le Premier ministre peut activer la cellule interministérielle de crise (CIC) et décider de réquisitionner les moyens de transport, l'armée ainsi que les médias.
Toutefois, hormis cette situation extrême, ce sont surtout les établissements publics, les collectivités et les préfectures qui sont en première ligne pour prendre des mesures face aux canicules. Par exemple, à partir de la vigilance orange peuvent être activés différents plans : le plan bleu (qui concerne les établissements accueillant des personnes âgées ou handicapées), le plan blanc (la réorganisation des services hospitaliers), le plan rouge (adressé aux pompiers, pour faire face aux situations exceptionnelles) ou encore le plan vermeil (spécifique aux populations vulnérables).
C'est donc pour compléter ce panel de mesures que Sébastien Lecornu a convoqué, jeudi à 16h15, une réunion interministérielle sur la canicule. Y seront notamment abordées des questions relatives "à l'accueil du public, à l'état des nappes phréatiques, ou aux risques de feux de forêts", a annoncé Matignon. Une dizaine de ministres dont Stéphanie Rist, en charge de la Santé, seront présents.
Au-delà de l'épisode caniculaire que nous traversons, la réunion vise à "travailler à un plan d’endurance jusqu'en septembre, pour anticiper des événements comme par exemple des feux de forêts", car "les épisodes caniculaires démarrent de plus en plus tôt, il faut donc être prêts et prêts à durer".
Autre sujet sur la table : la situation des établissements scolaires. Le gouvernement ne devrait pas décider de fermer temporairement les classes, ni reporter les épreuves du baccalauréat, a annoncé le 26 mai le ministre de l'Education Edouard Geffray. Des exceptions "locales" peuvent toutefois exister, sur décision du préfet ou des collectivités, a-t-il précisé.
En revanche, il a assuré qu'il n'y avait pas "d'activité physique ou sportive dans les moments chauds de la journée". Par ailleurs, le ministère a envoyé des consignes aux directeurs et directrices d'établissement "sur l'aération des salles" ou encore "l'hydratation régulière des enfants".
Côté sport, la question de maintenir les événements du printemps se pose aussi, alors qu'une femme de 28 ans est morte à Lyon après une séance d'Hyrox le 24 mai. La ministre des Sports, Marina Ferrari, a prévenu qu’il "pourrait y avoir des annulations" en fonction "de l’évolution de la météo les prochains jours", alors que le tournoi de Roland-Garros a démarré sous plus de 30°C. Elle a rappelé que la législation impose l'annulation des compétitions seulement en cas de vigilance rouge.
Réduire les activités sportives, c'est la préconisation de sa collègue de la Santé, Stéphanie Rist, qui appelle les Français à se "méfier", suivre les messages de prévention et "boire de l'eau". "On n'est pas dans l'urgence", a-t-elle toutefois estimé ce mardi lors d'une visite du centre de crises de son ministère. "Pour l'instant, il n'y a pas de tensions particulières qui nous sont remontées [notamment aux urgences ou au Samu, NDLR] même s'il peut y avoir un peu plus d'appels, parce que les gens ne se sentent pas forcément bien quand il fait très chaud".
Sur X, la cheffe de file des Ecologistes, Marine Tondelier, a fustigé "l'impréparation du gouvernement". Elle demande la création d'un "congé climatique", sur le modèle de ce qui est appliqué en Espagne, permettant de ne pas travailler lors des épisodes de fortes chaleur ou de rester chez soi pour s'occuper de proches, comme les enfants qui ne vont pas à l'école lorsqu'il fait trop chaud. Les députés écologistes appellent également à la mise en place "plan grand chaud" inspiré du plan "grand froid" qui existe pour l'hiver et permet de débloquer des places d'hebrgement d'urgence pour les publics vulnérables.
Les députés de La France insoumise ont, quant à eux, publié un communiqué rappelant avoir déposé en novembre 2024 une proposition de loi pour faire face aux canicules. Celle-ci prévoit d'instaurer des "températures maximales en intérieur", une "pause légale en extérieur", ou encore la "suspension des chantiers en journée". Au micro de Sud Radio ce mercredi, Sébastien Chenu (Rassemblement national) a, pour sa part, réitéré la proposition de sa formation politique visant à mettre en place "un grand plan de climatisation de l’ensemble des services publics".