Des milliers de personnes ont convergé jeudi soir vers l'enclave espagnole de Ceuta, dans le nord du Maroc. En France, plusieurs personnalités politiques, parmi lesquelles le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, ont réagi. La "Force frontière d’intervention rapide" a été activée "pour des contrôles en profondeur".
Environ 40.000 migrants ont traversé la frontière ces derniers jours entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, selon une source policière à l'AFP. Les arrivées, qui n'ont pas cessé de la nuit, continuent ce vendredi matin, majoritairement des jeunes hommes et des adolescents. Au moins 18 d'entre eux sont morts noyés en tentant le passage de la frontière par la mer, a indiqué le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, qui évalue, lui, à près de 50.000 le nombre de migrants ayant franchi la frontière au cours des dernières 24 heures. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, est attendu sur place. L'armée a également été dépêchée afin de "rétablir l'ordre".
Sur X, Laurent Nuñez a annoncé ce vendredi l'activation de la "Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur". Le ministre de l'Intérieur a aussi précisé avoir "dès hier soir donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole".
"Je me suis entretenu hier avec mon homologue espagnol, on doit se parler aujourd'hui", a également indiqué Laurent Nuñez à l'antenne de RTL.
En juin, la Force frontière d’intervention rapide (FFIR) avait été déployée en marge du G7 à Evian. Dans une vidéo, la police nationale expliquait alors les "trois objectifs" du dispositif : "renforcer le contrôle des frontières", "lutter contre l'immigration clandestine" et "contre la fraude documentaire". Elle est composée de policiers nationaux, de gendarmes, de douaniers et de militaires de la force Sentinelle.
La situation en Espagne a fait réagir la classe politique française. Le prédécesseur de Laurent Nuñez à Beauvau, Bruno Retailleau, a estimé que "la régularisation de centaines de milliers de clandestins par Pedro Sánchez a créé un appel d’air". Le patron des Républicains et candidat déclaré à l'élection présidentielle va jusqu'à proposer de "mettre l'Espagne au ban des nations européennes", considérant que "les règles de Schengen avec l’Espagne ne sont plus tenables".
Dans un communiqué où il développe sa position, Bruno Retailleau plaide pour "la suspension de la libre circulation des personnes avec l’Espagne au sein de l’Union européenne", apportant son soutien à la position de la cheffe d'État italienne, Giorgia Meloni, qui souhaite suspendre l'espace Schengen avec l'Espagne.
Autre réaction, celle de Marine Le Pen. "Face aux entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol, la France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières", écrit la candidate du Rassemblement national sur X. "En 2027, nous stopperons cette folie en réservant la libre-circulation Schengen aux nationaux de l'UE", indique celle qui se projette déjà sur l'hypothèse de son élection à la présidence de la République.
Son allié Eric Ciotti (UDR) a dénoncé sur X cette "submersion migratoire", fruit, selon lui, du "socialisme et (du) macronisme qui dessinent le même visage de l’impuissance".
Il était difficile vendredi de savoir clairement ce qui a provoqué cette soudaine arrivée en masse de migrants. Des milliers de jeunes Marocains étaient rassemblés tard jeudi soir dans le centre de la ville de Fnideq, qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta, a constaté un journaliste de l'AFP, certains affirmant avoir entendu que "la frontière avait été ouverte".